L'OTAN réunie à Bruxelles acte le réinvestissement des États-Unis dans l'Alliance Atlantique, Il n'est pas certain qu'elle soit pour autant sortie de la "mort cérébrale" dénoncée par Emmanuel Macron il y a un an et demi. C’est le monde d’après.

Emmanuel Macron lors d'un point presse après le sommet de l'Otan à Bruxelles
Emmanuel Macron lors d'un point presse après le sommet de l'Otan à Bruxelles © AFP / Thomas COEX / AFP

Il y a un petit côté nostalgie Canada Dry dans le sommet d’aujourd’hui. L’apparence, le goût de l’alliance retrouvée. Mais ça ne va peut-être pas plus loin. Au premier coup d’œil évidemment, ce qui frappe c’est le retour de l’Oncle Sam : le grand parrain américain is « back in business ». Loin de Donald Trump qui dénonçait l’obsolescence de l’Otan, Joe Biden y voit le socle sécuritaire de la grande alliance des démocraties libérales. 

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Tout le monde est de retour autour de la table, et ça s’achève par un communiqué commun qui désigne les ennemis : la Russie, comme au bon vieux temps des actes fondateurs du Traité, et la Chine désormais qualifiée de « défi systémique ». Les Européens augmentent progressivement leur contribution financière, les États-Unis brossent cette alliance dans le sens du poil. Retour aux fondamentaux : le malade semble sorti du coma.

Ambiguïtés sur la Chine ou l'Afghanistan

En fait l’Otan est, au mieux, en phase de réveil. Mais un simple communiqué commun ne signifie pas le retour à la vie cérébrale active. D’abord, les ambiguïtés demeurent. Citons quelques exemples.

  • L’unilatéralisme américain, ostensible lors de l’annonce récente du retrait militaire d’Afghanistan, sans consultation préalable des partenaires européens, notamment l’Allemagne, très engagée à Kaboul.
  • Le refus de rappeler la Turquie à l’ordre, alors qu’elle a multiplié les incartades, en Méditerranée ou en Syrie, et qu’elle achète du matériel militaire russe. Très paradoxal pour un membre de l’Alliance. 
  • La désignation de la Chine comme un défi systémique alors qu’on voit mal en quoi, à ce jour, Pékin menace militairement la zone Atlantique. L’expansionnisme chinois concerne bien davantage la zone Indo Pacifique, qui a peu de rapport avec l’Otan.

C’est le signe que Washington dicte le tempo de l’Otan, puisqu’on le sait, pour les États-Unis, la menace prioritaire désormais c’est la Chine.

Une stratégie floue sur la cyberguerre

Donc disons qu’il y a un retour aux affaires courantes. Mais l’Otan reste en état de mollesse cérébrale sur plusieurs sujets stratégiques qui vont définir l’avenir. Là encore, prenons deux exemples. 

La cyberguerre, avec ces attaques informatiques de plus en plus virulentes, ces derniers jours aux États-Unis, en Irlande ou à Porto Rico. La doctrine de l’Otan sur le sujet date de 2014, autant dire une éternité dans l’univers numérique.  Et les équipes de l’Otan affectées à cet enjeu restent minuscules. Les États-Unis ont mis aujourd’hui le sujet à l’ordre du jour. Mais l’Otan a du mal à avancer. Compliqué de coopérer sur un domaine où l’espionnage est la règle y compris entre alliés, et où officiellement, nous ne sommes pas censés avoir de stratégie offensive, uniquement une attitude défensive face aux attaques extérieures.

Deuxième exemple : la guerre en milieu urbain. Elle ne cesse de se développer, faisant d’ailleurs toujours plus de victimes civiles. Mais l’Otan y est peu préparée, prisonnière d’un logiciel classique sur les guerres de position entre armées. C’est la conclusion d’une note intéressante que vient de publier la Fondation pour la Recherche Stratégique. Et c’est inquiétant. Parce qu’en cas de conflit, les ennemis potentiels viseront d’abord les grands centres urbains, qui sont des centres névralgiques. Bref, le cerveau de l’Ota, continue de somnoler un peu.

L'Europe de la Défense pas prête

Donc si l’Otan est toujours en semi-coma, on est tenté de penser que c'est à l’Europe de la Défense de prendre la relève. C’est ce que pense une partie du pouvoir français. Mais le problème de l’Europe de la Défense est inverse de celui de l’Otan : l’Otan est un homme âgé qui a perdu de sa vivacité, l’Europe de la Défense elle reste un enfant à croissance lente. Il y a bien quelques dossiers qui progressent : le Fonds européen de défense, l’Initiative européenne d’intervention, quelques projets de matériel militaire. Mais globalement, l’Europe n’a toujours pas de défense autonome ou de capacité de projection commune sur un terrain militaire. L’incapacité de l’opération européenne Takuba à prendre le relais de l’opération française Barkhane au Sahel en est une illustration. 

On en est donc là, pris entre un projet européen toujours balbutiant et une structure atlantique un peu datée.Mais il ne faut pas s’y tromper : le retour des États-Unis version Biden est peut-peut-être un mirage. La tendance lourde des États-Unis est au désengagement militaire de la zone Atlantique et ça a commencé bien avant Trump. Pas sûr que Washington souhaite vraiment un vrai réveil cérébral de l’Otan.

Les invités
  • Jean-Marc FourJournaliste à France Inter. Directeur de l'information internationale de Radio France
Contact