Le Sommet du G5 Sahel se déroule en partie à distance avec la participation de la France et des 5 pays de cette zone touchée par le terrorisme (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad). Mais cette organisation parait datée face à une menace djihadiste qui regarde vers le golfe de Guinée. C'est le monde d'après.

Carte de la situation militaire au Sahel établie par l'AFP fin décembre 2020
Carte de la situation militaire au Sahel établie par l'AFP fin décembre 2020 © Sipa / Kun TIAN, Gillian HANDYSIDE / AFP

Il y a quelques jours, tout début février, un homme de l’ombre a pris la parole. Cet homme, c’est Bernard Emié, le patron de la DGSE, autrement dit les services de renseignement français. On entend rarement le son de sa voix. Il est sorti de son silence pour alerter sur les projets d’expansion des groupes terroristes du Sahel vers le Sud.

Il faut regarder une carte pour comprendre. Les pays du Sahel, c’est une large bande d’Ouest en Est, essentiellement désertique. C’est là que les groupes djihadistes ont jusqu’à présent commis leurs principaux attentats, au Mali, au Niger, au Burkina Faso. Et puis juste en dessous, au Sud, comme s’ils étaient coiffés par le Burkina Faso, on trouve la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo, le Bénin et le Nigeria. Ce sont des couloirs naturels, des jonctions entre le Sahel désertique au Nord et le Sud humide jusqu’à l’Océan Atlantique, le Golfe de Guinée.

Progressivement, sans qu’on n’y prête une attention suffisante jusqu’à présent, ces pays sont à leur tour visés : 

  • Attentats de Grand Bassam en 2016 et de Kafolo en juin dernier en Côte d’Ivoire,
  • Prise d’otages dans le Nord du Bénin, 
  • Arrestations au Togo d’islamistes en provenance du Burkina.
  • Et on peut ajouter à la liste le Sénégal, plus à l’Ouest, qui affirme avoir démantelé plusieurs cellules djihadistes ces derniers mois.

Les terroristes sont sans doute implantés dans plusieurs villages du Nord des pays du Golfe de Guinée. L’espionnage des communications téléphoniques le laisse penser.

Le même terreau d'inégalités sociales

Le mouvement se propage plus au Sud parce que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

D’abord, les groupes djihadistes sont très mobiles, presque insaisissables. Chassés par les militaires dans une région, ils réapparaissent dans une autre, circulent très vite à moto, et font fi des frontières. A fortiori dans ces couloirs commerciaux traditionnels entre le Sahel et l’Océan. Ils s’implantent ensuite avec des stratégies très adaptées à chaque particularité locale.

Ensuite, les États du Golfe de Guinée sont certes un peu mieux structurés, mieux armés, moins pauvres que ceux du Sahel. Mais ils n’ont pas davantage de coordination des renseignements. Et ils peuvent être tentés par une répression qui poussent les victimes dans les bras des islamistes.

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Enfin et surtout, les groupes terroristes trouvent dans le Nord de ces pays (Côte d’Ivoire, Ghana, Togo, Bénin, Nigeria) un terreau social similaire à celui du Sahel. Ce sont des régions délaissées par les pouvoirs centraux implantés au Sud, près de l’Océan, des régions qui manquent d’infrastructures et de services publics. Même au Ghana, le plus développé et le plus démocratique des pays de la région, le taux de pauvreté dans le Nord du pays est trois fois supérieur à la moyenne nationale.

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On retrouve aussi, comme dans la zone Sahélienne, des contentieux entre éleveurs nomades et agriculteurs sédentaires, et des rivalités entre Musulmans et Chrétiens. Ce terreau social crée un sentiment de déclassement. Et les djihadistes savent utiliser cette frustration en promettant monts et merveilles. 

La tentation des richesses du Sud

En regardant vers le Sud du Sahel, les djihadistes ont au moins trois objectifs.

Ils cherchent à se constituer des bases arrière, des zones de repli face aux opérations militaires en zone Sahel. Ils en profitent pour développer leurs trafics de contrebande (d’armes, de drogues, de métaux précieux) : le terrorisme dans ces zones frontières c’est aussi du banditisme de droit commun. Et ils lorgnent évidemment vers les richesses du Sud et du Golfe de Guinée : l’accès à la mer, c’est mécaniquement lucratif. En plus dans le Sud il y a des ressources, par exemple du pétrole. Tout cela est tentant.

Pour toutes ces raisons, une déstabilisation des pays du Golfe de Guinée aurait plus de conséquences encore que celle déjà en cours au Sahel. Y compris pour la France si on met dans la balance les quelque 20.000 expatriés français vivant en Côte d’Ivoire. Peut-être faut-il donc envisager de transformer le G5 Sahel en un G10 ou G12 Afrique de l’Ouest. Sinon c’est prendre le risque de se retrouver à nouveau avec un coup de retard sur les djihadistes.

Les exemples du Mali et du Burkina le démontrent : pour enrayer le cercle vicieux et désamorcer le sentiment d’abandon qui nourrit les islamistes, il faut des programmes de développement ambitieux. Mais une fois que les terroristes ont pris le contrôle d’une zone, elle devient inaccessible. Il est trop tard pour mettre en place des services publics. C’est ça se retrouver avec un coup de retard.

Les pays du Golfe de Guinée n’en sont pas encore là. Mais la menace devient palpable.

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