L’Organisation Mondiale de la Santé l'affirme : ce n’est pas parce que la pandémie recule en Occident que le problème est réglé. Au niveau mondial, le virus se propage plus rapidement que la vaccination.C’est le monde d’après.

La vaccination, comme ici à New Delhi, progresse lentement en Inde où le nombre de victimes quotidiennes reste très élevé
La vaccination, comme ici à New Delhi, progresse lentement en Inde où le nombre de victimes quotidiennes reste très élevé © AFP / Mayank Makhija / NurPhoto / NurPhoto via AFP

En termes polis, ça s’appelle une illusion d’optique. En termes crus, de l’égoïsme vaccinal, regarder son nombril. Comme la pandémie recule significativement en Occident depuis quelques semaines, il est tentant de penser que l’affaire est derrière nous. 

Se féliciter du nombre décroissant de décès quotidiens, du nombre croissant de personnes vaccinées, de la reprise économique spectaculaire. Et profiter de la réouverture des terrasses. En se disant, ça y est, c’est fini. C’est derrière nous.

C’est faux. Lors de la seule journée d’hier, le virus a tué 10780 personnes dans le monde et en a contaminé près de 376.000 autres, c’est presque autant que lors des pics de fin janvier début février. Et encore ne parle—t-on là que des chiffres officiels.

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Simplement aujourd’hui, ce n’est plus l’Occident qui est dans la tourmente : plus de 80% des victimes se trouvent ailleurs dans le monde. En Inde où la tragédie continue : 4000 morts par jour en moyenne, plus de 7000 lors de la seule journée de jeudi dernier. Et aussi en Asie du Sud, dans certains pays d’Afrique. Et en Amérique Latine, où l’Argentine, l’Uruguay, la Colombie, le Brésil sont dans la tourmente : 2000 morts par jour au Brésil, où l’obscurantisme du président d’extrême droite Jair Bolsonaro continue de faire des ravages.

La situation n’est absolument pas sous contrôle au niveau mondial.

Zéro vacciné dans plusieurs pays d'Afrique

Avec les engagements du G7, les pays riches semblent en avoir pris conscience. Il y a cette promesse qui claque : le don d’un milliard de doses aux pays pauvres. 1 milliard, ça en jette. Mais la vérité c’est qu’on est loin du compte. Pour l’OMS, c’est trop peu et trop tard.

D’abord, c’est comme pour le Téléthon, il faut voir si ces promesses se concrétisent vraiment. D’autant qu’elles consistent en partie en une aide au dispositif international Covax, pas en doses de vaccin en tant que telles. Ensuite, le besoin réel est évalué par l’OMS à 10 fois plus : 10 milliards de doses pour vacciner pleinement 70% de la population mondiale. Et pour l’instant, Covax n’a pu distribuer que 85 millions de doses, une goutte d’eau.

En plus, les pays riches font de l’épargne : ils ont des réserves ou des commandes estimées à 4 milliards de doses, beaucoup plus que ce dont ils ont besoin pour vacciner leur propre population. Résultat : pour l’instant 50% des injections ont bénéficié à 15% de la population mondiale, les riches.

A l’inverse : dans de nombreux pays, la vaccination en est au stade zéro. Par exemple au Tchad ou en Haïti. Zéro vacciné. Et à peine plus de zéro au Bénin, au Soudan du Sud ou au Burkina Faso. Et puis il faut aussi aider ces pays à stocker les doses dans les fameux super réfrigérateurs, et mieux encore à terme à les fabriquer eux-mêmes.

Donc résultat, oui le virus progresse plus vite que le vaccin.

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Le risque du boomerang sanitaire et économique

Et l'erreur serait de se dire "tout cela est vrai mais plus chez nous". C’est la bêtise de l’égoïsme vaccinal. Pour deux raisons.

La première est sanitaire. Plus on tarde à vacciner l’ensemble de la population mondiale, plus la probabilité augmente de voir apparaitre de nouvelles mutations du virus qui vont nous revenir en boomerang. Inévitable selon l’OMS.

On en a l’illustration sous les yeux, avec ce début de rebond épidémique en Angleterre : près de 8000 cas par jour, 2 fois plus qu’en France, à 90% liés au variant indien. C’est sans doute lié à la forte communauté indo-pakistanaise sur le sol britannique. Mais ça vaudra demain pour une autre communauté dans un autre pays. Imparable dans un univers mondialisé.

La deuxième raison est économique. Le fossé se creuse entre pays riches et pauvres. En Inde, en Amérique Latine, où la pandémie reste incontrôlée faute de vaccination, les nouvelles classes moyennes apparues ces dernières années, replongent dans la pauvreté. Par centaines de millions de personnes. En Afrique la famine menace dans de nombreux pays.

Des années de progrès sont anéanties. Avec des effets en chaine incontrôlables : tensions sociales, politiques. Et à terme exode migratoire massif vers les pays riches. Inévitable là aussi.

Combattre « l’apartheid vaccinal » n’est pas seulement un devoir moral vis-à-vis de nos frères humains. Ça relève aussi de l’intérêt bien compris pour nous-même.

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