Les Pays-Bas sont aux urnes. Depuis hier et jusqu’à demain soir. Grand favori de ces législatives : le premier ministre sortant Mark Rutte pourrait décrocher un 4ème mandat de suite. Et ce scrutin sera riche d’enseignements, y compris pour les autres pays européens. C'est le monde d'après.

Le premier ministre néerlandais ne se déplace qu'à vélo, même pour aller au Palais Royal
Le premier ministre néerlandais ne se déplace qu'à vélo, même pour aller au Palais Royal © AFP / REMKO DE WAAL / ANP MAG / ANP via AFP

Vu d’ici, ça peut paraître un brin rasoir des élections aux Pays-Bas, ces terres longtemps marquées par l’austérité du protestantisme calviniste. Et bien détrompez-vous : ce scrutin est captivant à plusieurs égards.

D’abord, si Mark Rutte l’emporte, comme c’est très probable, cet homme de 54 ans, au pouvoir depuis déjà 11 ans, deviendra, dès l’automne prochain et le retrait d’Angela Merkel, le dirigeant d’Europe Occidentale en poste depuis le plus longtemps.

Et sa personnalité nous dit quelque chose de notre époque. Son surnom, c’est Teflon Rutte. Parce que tout lui glisse dessus. Même les violentes émeutes contre le confinement qui ont secoué le pays fin janvier. Même un récent scandale qui a privé des milliers de familles d’allocations sociales.

Mais Rutte résiste et Rutte sourit. Cet homme d’1m93, amateur de piano, est presque toujours de bonne humeur, l’air heureux. Et il renvoie une image simple : il vit depuis longtemps dans une maison modeste de La Haye et se déplace à vélo.

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Ensuite, c’est un caméléon pragmatique. Il va sans doute bâtir dès jeudi sa 4ème coalition, et à chaque fois il en modifie la composition, selon les résultats. Peut-être cette fois-ci avec les Écologistes et les Chrétiens démocrates. Ses critiques lui reprochent de n’avoir aucune idée à lui. Il répond : 

« Si vous voulez une vision, allez chez l’opticien ! »

« Il parle à gauche, mais il agit à droite », affirme une partie de la presse néerlandaise, qui le compare à Emmanuel Macron. Il répond qu’il est prosaïque. Et ça marche.

Une campagne marquée par la pandémie

Une deuxième raison rend ce scrutin intéressant à observer : ce sont les premières élections d’importance en Europe depuis le début de la pandémie. Et elles ouvrent une séquence électorale soutenue : l’Allemagne suivra à l’automne, puis la France dans un an.

Pendant cette campagne aux Pays-Bas (une campagne au demeurant plutôt terne), l’enjeu sanitaire a tout emporté sur son passage. La campagne ne s’est pas faite sur l’immigration, comme l’espérait l’extrême droite de Geert Wilders, 2ème force du pays. Elle ne s’est pas faite davantage sur le climat ou l’environnement, malgré les espoirs de GroenLinks, le parti écolo qui avait le vent en poupe il y a un an. Et elle ne s’est pas faite non plus sur l’économie, qui aurait sans doute d’ailleurs profité à Mark Rutte : taux de chômage inférieur à 4%, endettement maîtrisé.

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Non la campagne s’est faite sur la gestion de l’épidémie. Et Rutte donne l’impression d’avoir globalement maîtrisé la situation. Même si la campagne de vaccination tâtonne comme ailleurs en Europe, les Pays-Bas présentent un bilan correct dans l’ensemble, comparable à celui de l’Allemagne. Et le premier ministre n’a pas hésité à imposer un confinement strict. C’est là-dessus qu’il semble devoir être jugé. 

Avis aux autres gouvernants européens : tant que l’épidémie est là, elle va dicter les élections.

Un Européen à plusieurs visages

Ça veut dire aussi que si Rutte gagne à nouveau demain soir, il va se retrouver renforcé au sein de l’Union Européenne et c’est le troisième aspect intéressant de ce scrutin néerlandais. Tout leader réélu en Europe est mécaniquement renforcé dans le subtil équilibre des pouvoirs parmi les 27. Mark Rutte, en devenant bientôt le dirigeant à la plus grande ancienneté dans l’Union, est donc appelé à peser. D’autant que les Pays-Bas font partie des membres fondateurs. Et que l’Allemagne et la France vont être un peu affaiblies, parce qu’en campagne électorale.

La question, c’est de savoir quelles positions le « caméléon » va adopter sur l’Europe. L’an dernier, il était le porte-drapeau des « durs en affaire », le « club des frugaux » comme il s’est surnommé : avec le Danemark, l’Autriche, la Suède, les pays partisans de l’orthodoxie budgétaire, du refus de l’endettement collectif. Les fourmis contre les « cigales du Sud ».Un diplomate européen affirme que Rutte, depuis le Brexit, a un peu pris la place des Britanniques dans ce rôle de rabat-joie à la table européenne. Il est devenu « Monsieur Non ».

Mais Mark Rutte, comme on l’a dit, a plusieurs facettes. Ces derniers mois, il a aussi pris des positions en faveur d’une Europe « puissance » (un mot longtemps tabou à Bruxelles), en faveur d’une intégration européenne plus forte, sur la défense, l’éducation ou la santé. Ou en faveur de la majorité qualifiée sur certaines décisions, contre cette règle d’or de l’unanimité qui souvent empêche l’Europe d’agir.

Quel Européen deviendra le caméléon néerlandais s’il rempile, c’est tout sauf un détail pour l’avenir des 27.

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