Hier, 15 novembre on votait dans un petit pays de l’Est de l’Europe, la Moldavie. C’était la présidentielle. Et le résultat est un bon indicateur des soucis qui se multiplient dans le jardin de Vladimir Poutine. C’est le « monde d’après ».

La candidate pro-européenne Maia Sandu à l'issue de sa victoire à la présidentielle en Moldavie
La candidate pro-européenne Maia Sandu à l'issue de sa victoire à la présidentielle en Moldavie © AFP / Evgeny Odinokov / Sputnik / Sputnik via AFP

La Moldavie, dit comme ça, ça parait exotique et lointain. On n’en sait pas grand-chose si ce n’est que son nom a inspiré Hergé pour créer le pays imaginaire de la Syldavie dans les aventures de Tintin. Le fait est que la Moldavie c’est un confetti, 3 millions d’habitants sur un territoire grand comme la Normandie, enclavé entre la Roumanie et l’Ukraine. Alors pourquoi sortir la loupe pour y aller voir de plus près ? Vous allez comprendre.

On y annonçait hier un 2nd tour de la présidentielle très serré entre le président sortant pro russe Igor Dodon et l’opposante Maia Sandu, économiste de son état, pro-européenne. Au 1er tour, c’était 33/36. Il n’y a pas eu match. Maia Sandu l’emporte haut la main : 57,5% des voix avec l’appui massif des Moldaves de l’étranger, la diaspora. Soit dit en passant, le président sortant Igor Dodon a certes dénoncé des fraudes, mais il a très vite reconnu sa défaite. Le moldave pro-russe est plus respectueux des urnes que Donald Trump.

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Sa nette victoire, Maia Sandu, 48 ans, la doit en bonne partie à son engagement contre la corruption qui ravage le pays. Et à l’échec patent du gouvernement sortant dans la lutte contre la pandémie de Covid. Mais elle la doit aussi à sa volonté de développer les relations avec l’Europe, de solidifier l’État de droit cher à l’Union Européenne, bref de regarder vers l’Ouest. Mauvaise nouvelle pour Moscou.

Une alternance pro-européenne

Comme c'est quand même tout petit la Moldavie, on peut se demander évidemment si ça compte vraiment pour Vladimir Poutine. Et la réponse est oui. C’est petit mais c’est un symbole.

C’est une ex République Soviétique. Donc une zone d’influence naturelle. Et vu de Moscou, ça fait partie de ces zones tampon avec l’Ouest, qui assurent une profondeur stratégique à la Russie. Par-dessus le marché, Moscou a des troupes à demeure, plus de 1500 hommes en Transnistrie, une sorte de confetti dans le confetti, une région sécessionniste de la Moldavie.

Pendant la campagne de l’entre deux tours, Vladimir Poutine n’a d’ailleurs pas ménagé ses efforts pour soutenir le président sortant en promettant à la Moldavie un prêt de 200 millions d’euros en cas de victoire d’Igor Dodon. Ce dernier a d’ailleurs multiplié les voyages à Moscou et a proposé de rendre l’apprentissage du russe obligatoire à l’école. Et puis la Russie a dénoncé par avance une « ingérence de l’Ouest dans le scrutin », et, je cite, « un scénario révolutionnaire » fomenté par les Etats-Unis.

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Tout ça pour dire que Moscou prenait le scrutin très au sérieux. Résultat des courses : c’est donc un échec sur toute la ligne. Une perte d’influence russe dans la région. En plus, et ça c’est pour l’anecdote, il y avait un match Moldavie-Russie en football en fin de semaine dernière. Match nul 0-0, ce qui a le parfum d’une défaite pour le géant russe face au petit poucet moldave.

Devant l’ampleur de l'échec de son poulain, Vladimir Poutine n’a d’ailleurs eu d’autre choix aujourd’hui que de féliciter Maia Sandu pour sa victoire. Ça devait avoir un goût amer.

Des soucis en pagaille dans les ex Républiques soviétiques

Ce revers en Moldavie est révélateur, comme aurait dit Jacques Chirac, de ces « emmerdements qui volent en escadrille » pour Moscou. La Russie voit se multiplier les soucis à ses portes.

Il y a d’abord bien sûr la Biélorussie. Moscou continue de soutenir le dictateur Loukachenko et de porter à bout de bras l’économie biélorusse. Mais l’opposition ne cède pas : il y a eu de nouvelles manifestations ce week-end en Biélorussie, d’ailleurs violemment réprimées. Et on sent que la situation embarrasse la Russie.

Beaucoup plus à l’Est, en Asie Centrale, autre source d’embarras : le Kirghizstan. Là encore, vive tension depuis un peu plus d’un mois et des élections aux résultats très controversés. L’instabilité règne. Une présidentielle à haut risque se dessine en janvier. Moscou a beaucoup à perdre.

Ajoutons au paysage l’Ukraine, où rien n’est réglé. Et le Caucase, où la paix imposée par Poutine entre Arménie et Azerbaïdjan, pourrait laisser des séquelles du côté des perdants, les Arméniens.

Autant de pays où la Russie a des investissements directs, des accords de défense, des bases militaires. Autant de pays qui sont l’arrière-cour géostratégique de Moscou. Voir les sources de tension s’y multiplier doit certainement préoccuper le Kremlin. Avec une crainte ultime : que cette tension finisse par se propager un jour à la Russie elle-même.

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