La Chine a publié hier ses nouvelles prévisions de croissance, révisées à la hausse. Tout un symbole alors que 2020 s’achève : la Chine est qu’on le veuille ou non, le grand gagnant de l’année. C’est le « monde d’après ».

Les ventes de détail, comme ici dans ce supermarché de Pékin, repartent à la hausse en Chine
Les ventes de détail, comme ici dans ce supermarché de Pékin, repartent à la hausse en Chine © AFP / WANG Zhao / AFP

C’est Noël avant l’heure. La Chine devrait terminer 2020 avec une croissance de 3%, 5% au dernier trimestre. Alors c’est vrai, il y a une dizaine d’années, c’était près de 10%. Mais c’est quand même à faire pâlir d’envie toutes les autres économies du G20 (les pays les plus riches), et particulièrement les économies occidentales. En ce mois de décembre, quasiment tous les indicateurs sont au vert à Pékin : les investissements, la production industrielle, l’emploi, la consommation.

L’économie chinoise reste portée d’abord par les exportations qui ont fortement augmenté depuis 6 mois. + 21% sur un an, si on regarde le mois de novembre. L’impact du ralentissement mondial a donc été faible, tout simplement parce que la Chine a fabriqué les produits dont la planète avait besoin : les masques en quantité phénoménale, ou les ordinateurs rendus encore plus nombreux par le confinement et le télétravail.

Mais c’est aussi un redémarrage par la consommation intérieure, donc par la confiance intérieure. Ça a débuté par les plus riches qui ont, par exemple, recommencé à acheter des voitures de luxe, on l’a vu au Salon de l’automobile de Pékin en septembre. Et c’est maintenant vrai aussi des classes moyennes. Les ventes de détail ont augmenté de 5% le mois dernier. Je vous dis : Noël avant l’heure.

Un contraste saisissant avec les États-Unis

Ça c’est pour l’économie, mais il n’y a pas que l’économie ! En fait, en cette fin d’année, c’est carton plein pour Pékin. L’ultime symbole date de la nuit dernière : la sonde spatiale chinoise Chang e5 a, comme prévu, ramené sur Terre des échantillons de roche lunaire. Ce n’est pas anecdotique : la Chine n’est que le 3ème pays au monde à y parvenir, après les Etats-Unis et l’Union Soviétique des années 70. Elle devient une puissance spatiale c’est un motif de fierté et d’unité nationales.

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Et tout est l’avenant. L’année avait pourtant mal commencé, avec l’apparition de l’épidémie de Covid à Wuhan et sa dissimulation partielle. Mais elle s’achève en fanfare. La bataille contre le virus semble gagnée malgré quelques cas isolés. Et l’un des vaccins chinois a déjà été inoculé à plus d’un million de personnes. Le pouvoir a renforcé son contrôle politique : Hong Kong mis sous l’éteignoir, les musulmans ouïghours réprimés, les grands chefs d’entreprise comme Jack Ma mis au pas. On peut ajouter un grand accord commercial avec les voisins asiatiques, ou des prouesses technologiques avec un record mondial de vitesse pour un calculateur informatique.

Pour couronner le tout, le grand rival est au plus mal : les États-Unis sortent affaiblis d’un processus électoral cacophonique et demeurent plongés dans l’épidémie, face à une 2ème vague incontrôlée, plus de 310.000 morts. Le fait est là : XI Jinping sort vainqueur de l’année 2020.

Une nouvelle guerre froide

La Chine n'a pas pour autant un boulevard devant elle. Il y a un hic : c’est la méfiance, voire le rejet qu’elle inspire, en particulier en Occident.

L’Union Européenne est sortie de sa naïveté face au dumping commercial et au piratage des technologies. Et les États-Unis, version Biden seront sans doute plus coriaces que les Etats-Unis version Trump qui cherchait surtout un deal. La nouvelle administration démocrate voit dans Pékin un rival structurel dont il faut se désarrimer commercialement. La Chine doit donc s’attendre à un durcissement international dont sa balance commerciale pourrait faire les frais. Une nouvelle guerre froide s’annonce, face à un Occident que Pékin juge en déclin mais qui conserve des leviers financiers et politiques.

C’est pourquoi la Chine s’y prépare. C’est le raisonnement qu’on devrait voir à l’œuvre dans le plan quinquennal annoncé pour le printemps 2021 à Pékin : faire porter désormais la croissance par la consommation intérieure, pour moins dépendre des exportations. Avec des mesures de soutien à la demande des consommateurs, et des grands travaux d’infrastructure sur les transports ou l’énergie, en particulier autour des grands pôles urbains, Pékin, Shanghai, Shenzhen. Le tout évidemment en profitant des avancées technologiques pour renforcer la surveillance de la population.

Bref, le pouvoir chinois est en train de jouer une partie de go. Et parce qu’il a maîtrisé la pandémie, il a un coup d’avance.

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