États-Unis, France, Allemagne et Royaume-Uni doivent se réunir demain pour se pencher sur le dossier crucial du nucléaire iranien. Ce matin l’Ayatollah Khamenei a réclamé « des actes » à Washington en vue d’un retour dans l’accord. La négociation est possible, mais il faut faire vite. C'est le monde d'après.

Le guide suprême iranien l'ayatollah Khamenei, lors d'une intervention par vidéo ce 17 février, a réclamé des "actes" de la part des Etats-Unis sur le dossier du nucléaire
Le guide suprême iranien l'ayatollah Khamenei, lors d'une intervention par vidéo ce 17 février, a réclamé des "actes" de la part des Etats-Unis sur le dossier du nucléaire © AFP / KHAMENEI.IR / AFP

Le nucléaire iranien, c’est le grand sujet diplomatique des semaines à venir. Et le temps est très limité pour revenir dans le cadre de l’accord rejeté par l’ex administration Trump, et surtout pour éviter que l’Iran ne se dote de la bombe. Pourquoi est-ce un compte à rebours ? 

La première échéance c’est lundi prochain, avec théoriquement l’entrée en vigueur d’une loi votée par le Parlement iranien et qui restreindrait beaucoup les inspections internationales. Un mauvais engrenage. Si les Occidentaux veulent l’éviter, ils doivent envoyer un signe de bonne volonté à Téhéran avant lundi.

La deuxième échéance, et la plus importante : c’est mi-avril, dans deux mois. A cette date les candidatures à la présidentielle iranienne prévue le 18 juin, seront validées. Après l’Iran entrera en campagne électorale. Et si aucune négociation ne s’est enclenchée avant, les durs, les conservateurs partiront favoris du scrutin. Ils ruent déjà dans les brancards, par exemple Mohammed Ghalibaf, l’actuel président du Parlement.

Le plus probable, avec eux, c’est une poursuite des infractions iraniennes à l’accord. Des infractions qui ne cessent de s’accroitre : uranium enrichi à 20%, recours à l’uranium métallique. Au rythme actuel, Téhéran semble en capacité de se doter de la bombe d’ici un an à un an et demi. C’est le scénario du pire. Un mois s’est déjà écoulé depuis l’installation de l’équipe Biden. Il ne reste plus que deux mois pour arrêter le processus. Tic tac, tic tac.

Une équipe expérimentée 

Le souci, c'est qu'on repart de très bas : « Zéro confiance dans les États-Unis », c’est la formule employée par un diplomate iranien. Et une confiance faible dans les Européens qui n’ont pas été capables de faire respecter l’accord, à partir du moment où Trump a claqué la porte. Dans l’autre sens, il y a aussi beaucoup de méfiance, et pour cause, vis-à-vis de l’Iran. Et même une extrême défiance en Israël et en Arabie Saoudite.

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Quellss sont néanmoins les raisons d’espérer ? La première, c’est la composition de l’équipe diplomatique américaine : Anthony Blinken, Jake Sullivan, Robert Malley, des hommes qui connaissent par cœur le dossier nucléaire pour l’avoir piloté sous Obama, et qui connaissent par cœur leurs homologues iraniens. 

La deuxième, c’est le besoin de Téhéran de sauver son économie en misant sur une levée des sanctions américaines. Chômage en augmentation, inflation à 30%, appauvrissement des classes moyennes, chute de la monnaie, division par 4 des revenus du pétrole, fuite des grandes entreprises européennes… L’Iran, même en contournant partiellement l’embargo américain, paie le prix fort. 

Enfin la troisième raison d’espérer, c’est la capacité des Européens à jouer les intermédiaires : à l’échelon de l’Union Européenne (c’est prévu dans l’accord sur le nucléaire) ou à l’échelon de la troïka Paris / Londres / Berlin. C’est aussi pour ça que la réunion de demain est importante.

Une partie de poker menteur

Évidemment, on peut se dire que ce n’est pas si compliqué, une déclaration conjointe de Téhéran ou de Washington. Washington dit « nous levons les sanctions, nous revenons dans l’accord ». Et en même temps Téhéran dit « nous arrêtons l’enrichissement, nous revenons dans l’accord ». C'est simple sur le papier. C'est compliqué dans les faits.

D’abord, il y a l’affichage : chacun veut, symboliquement, que l’autre fasse le premier pas. Vous cédez les premiers, nous cèderons ensuite. Je te tiens, tu me tiens par la barbichette. Mélange d’orgueil, de partie de poker et d’enjeu de politique intérieure. C’est la question de la chorégraphie du rapprochement, du « séquençage », c’est le jargon des diplomates.

La solution, c’est peut-être que les États-Unis envoient, les premiers, des signaux mais discrets : un allègement de l’embargo pétrolier, une levée partielle du gel des avoirs bancaires iraniens (ça se compte en dizaines de milliards de dollars dans une vingtaine de pays). 

Et pour compliquer un peu plus la chorégraphie, les Occidentaux ne veulent pas  se contenter d’un retour à l’accord nucléaire, le JCPOA comme on dit en anglais, Barjam comme on dit en Iran. Les Occidentaux veulent aussi mettre sur la table deux autres dossiers : les ingérences iraniennes au Proche et au Moyen-Orient et le programme balistique conventionnel de l’Iran (les missiles, les drones, dont le rayon d’action s’est beaucoup accru). Téhéran ne veut pas entendre parler de ce dernier point, vu la prolifération des armes dans toute la région.

Au vu de tout ça, deux mois c’est décidément très court pour adopter ne serait-ce qu’un calendrier de négociation acceptable par tous. Il va en falloir du talent diplomatique.

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