La Pologne et la Hongrie ont bloqué le plan de relance européen, 1800 milliards d’euros qui vont devoir attendre. Ces deux pays refusent que le versement des fonds dans les différents pays soit conditionné au respect de l’État de droit. Jusqu'à quand l'Europe acceptera de prendre des coups ? C'est le monde d'après.

Le premier ministre hongrois Viktor Orban lors du sommet européen d'octobre
Le premier ministre hongrois Viktor Orban lors du sommet européen d'octobre © AFP / JOHANNA GERON / POOL / AFP

Je vais le dire de façon triviale, pardonnez-moi, mais c’est dans ces termes-là qu’un diplomate européen m’en a parlé : « Les Hongrois et les Polonais se foutent de notre gueule ». Le fait est qu’il y a de ça. 

Première baffe : ces deux pays multiplient depuis des années les atteintes à l’État de droit, socle fondateur de l’Union Européenne. Contrôle des juges par le pouvoir et pression sur l’ensemble de la magistrature, ça c’est pour la Pologne. Tutelle sur la presse et sur l’enseignement, corruption sur les marchés publics, le tout mâtiné d’antisémitisme, ça c’est pour la Hongrie. Et dans les deux cas, atteintes revendiquées aux droits de la communauté LGBT.

Et quand l’Union Européenne menace enfin de sanctionner ce mépris des droits, deuxième baffe : la Hongrie et la Pologne se vengent en faisant du chantage, il n’y a pas d’autre mot. Leur argumentaire est le suivant : « Nous ne voterons pas le plan de relance européen pour limiter la casse économique liée à l’épidémie, si son versement est conditionné au respect de l’Etat de droit ». Et comme ce plan doit être adopté à l’unanimité, tout est bloqué. Les victimes économiques de la pandémie apprécieront.

Tout juste peut-on reconnaitre à Budapest et Varsovie le mérite de ne pas avancer masqués : c’est comme Trump, ils avaient annoncé la couleur sur leur intention de tout bloquer. Mais bon, en résumé, l’Europe se prend une claque : Paf !  Et après c’est l’autre joue : re Paf !

Une Europe resserrée

Résultat: certains diplomates en ont franchement ras-le-bol.

A dire vrai, on ne comprend plus pourquoi les Européens continuent de se laisser défier ouvertement par la Pologne et la Hongrie, qui représentent seulement 2 pays sur les 27 de l’Union, et 10% de la population totale.  En plus ce ne sont en rien des membres fondateurs du projet européen.

Alors pourquoi l’Europe se montre-t-elle si timorée dans les sanctions depuis des années ? Quelques condamnations devant la Cour de Justice européenne, une procédure dite de l’article 7 mais qui est condamnée à échouer. La Norvège, qui n’appartient pas à l’Union, est autrement plus courageuse dans ses sanctions.

Alors bien sûr, il n’est pas possible d’exclure ces deux pays de l’Union. Mais pourquoi, dans ce cas, ne pas imaginer après tout un nouveau traité européen, avec des membres qui adhèrent vraiment aux mêmes valeurs ? Quitte à ce que ce club soit plus resserré. Et surtout avec une règle de fonctionnement à la majorité qualifiée, pas cette loi d’airain de l’unanimité qui bloque toute décision. Le vivre ensemble, ce n’est pas l’unanimité en permanence.

Pour le dire autrement, il est temps de faire monter les enchères, de faire comprendre à la Pologne et à la Hongrie qu’on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre : les aides européennes mais sans le respect des valeurs européennes. Faites votre choix : dedans ou dehors.

Le risque de céder au chantage

Sauf que tout ça c’est risqué, donc improbable dans le logiciel européen.

Il y a d'abord le risque d’abord de renvoyer une image de division européenne et de déclencher un mouvement centrifuge, où, dans la foulée du Brexit, d’autres pays chercheraient à quitter l’Union. Le risque ensuite de pousser la Pologne ou la Hongrie dans d’autres bras, mais c’est déjà un peu le cas pour la Hongrie qui fait des affaires avec la Chine et avec la Russie.

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Par peur du risque, et par force de l’habitude, le plus probable c’est donc la quête d’un compromis avec Budapest et Varsovie, lors des prochains Conseils Européens. Un compromis pour sortir de l’impasse budgétaire et débloquer l’argent dont tant d’Européens, petites entreprises en tête, ont besoin. Mais à quel prix se fera ce compromis, pour convaincre la Hongrie et la Pologne d’abandonner leur chantage ? Sans doute avec des formulations alambiquées pour dire que finalement on ne va pas examiner de trop près le respect de l’Etat de Droit.

Si c’est ça la solution, elle est mauvaise. Ça porte un nom : céder au chantage. Et n’oublions pas que dans ce cas, des hommes et des femmes paieront l’addition en bout de ligne, en Pologne comme en Hongrie : des militants d’opposition, des juges, des enseignants, des militantes féministes, des homosexuels, des journalistes, tous contraints de subir le diktat de régimes qui s’éloignent un peu plus chaque jour de la démocratie.

C’est un prix élevé.  Accepter de le payer, ce serait pour l’Europe, perdre son âme.

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