Facebook a bloqué sur son site toutes les pages d’information des médias en Australie. Des représailles par anticipation pour bloquer une loi visant à contraindre le réseau social à rémunérer les médias pour l’utilisation de leurs contenus. Ce précédent est inquiétant et nous concerne tous. C'est le monde d'après.

Facebook a bloqué les pages des médias australiens aujourd'hui
Facebook a bloqué les pages des médias australiens aujourd'hui © AFP / Xosé Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Regardez ce photomontage: Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, côte à côte avec le dictateur nord-coréen Kim Jong Un. C’est la Une du journal West Australian aujourd’hui : le premier ministre de cette province d’Australie Occidentale a en effet choisi de comparer les deux hommes : 

« Facebook se comporte comme la Corée du Nord »

Par le passé, Hillary Clinton avait d’ailleurs elle aussi déjà comparé Mark Zuckerberg à un chef de régime autoritaire.

La Une du journal  West Australian / capture d'écran
La Une du journal West Australian / capture d'écran / The West Australian

Premier enseignement de cet épisode : la méthode employée par Facebook témoigne d’une arrogance qui fait froid dans le dos. Subitement, alors même que des négociations étaient en cours avec le pouvoir australien, le réseau social a fermé le robinet la nuit dernière. D’un coup. A leur réveil, les Australiens ont découvert le vide sur toutes les pages Facebook des médias locaux et aussi sur les pages d’un certain nombre d’organismes de service public. Le tout en pleine pandémie de Covid et en pleine saison des feux de forêt là-bas, alors que le besoin d’information est crucial.

Bref la censure. C’est vertigineux. De l’humiliation et de l’intimidation pure et simple pour empêcher l’adoption d’un projet de loi. Facebook refuse d’admettre que les revenus publicitaires de la presse souffrent de la diffusion des contenus d’information sur les réseaux sociaux. Alarmant, s’inquiètent les ONG. Autoritariste, fustige le gouvernement australien.

Les fake news coutent moins cher que l'information

Le réseau social ne se considère pas comme un média. Il se veut un simple relais, et il souligne que les contenus de la presse ne représentent que 4% du trafic numérique. L’argument n’est guère recevable. Ce n’est que 4% pour Facebook mais dans l’autre sens, pour l’économie des médias c’est beaucoup plus. Les contenus d’information vivent de plus en plus via les réseaux sociaux, qui peuvent représenter la moitié de leur lectorat. Or la presse est en souffrance financière. 

L’Australie est le premier au pays au monde à vouloir instaurer un système coercitif global pour contraindre Facebook à rémunérer l’information. Mais Facebook ne veut pas payer. Et surtout pas payer d’amende en cas d’infraction au futur système.

Et là… pause. Nous parlons bien de Facebook : 85 milliards de dollars de chiffres d’affaire l’an dernier (+50% en 2 ans), 29 milliards de bénéfice (+58% en 1 an), près de 700 milliards de capitalisation boursière. 

Le plus grand réseau social au monde met plus d’ardeur à refuser de financer l’information professionnelle qu’il n’en met à limiter la propagation des fake news et des théories complotistes. Un petit rappel : le scandale Cambridge Analytica pour influencer le vote des Britanniques sur le Brexit, les ingérences russes dans l’élection américaine de 2016, la propagation du conspirationnisme d’extrême droite du réseau QAnon. A chaque fois via Facebook.

C’est le 2ème enseignement de cette histoire : ce qui compte pour Mark Zuckerberg c’est l’argent. Et les propagations des fausses rumeurs ça coute beaucoup moins cher que le travail journalistique.

Briser la dépendance au réseau social

Évidemment, le réseau social profite aussi du fait que les États, les individus, sont devenus accros à Facebook, ce qui nous conduit au 3ème enseignement de cette bataille australienne.

Le monde est devenu dépendant de Facebook : 1 milliard 700 millions d’utilisateurs quotidiens, près de 2 milliards et demi si on y ajoute les filiales Instagram ou WhatsApp. 1 habitant de la planète sur 3. Facebook c’est le plus grand État au monde, le plus grand empire, le plus grand outil potentiel de manipulation des masses par la logique des algorithmes. Cette logique qui nous enferme dans des bulles avec ceux qui partagent le même avis que nous. Et en plus c’est un asservissement volontaire.

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Ce bras de fer australien nous envoie un signal : il est peut-être temps de se réveiller. De ne pas se laisser intimider. De reprendre le contrôle. De sortir de cette dépendance, de ce quasi-monopole.

« Les géants de la technologie ont changé le monde mais ça ne veut pas dire qu’ils sont censés le diriger ».

Voilà la réponse du gouvernement australien qui n’entend pas céder. Il veut maintenir son projet de loi. Et il a d’ailleurs convaincu un autre géant du secteur, Google, de signer un accord avec les médias locaux pour rémunérer leurs contenus.

L’Australie annonce aussi vouloir chercher des alliés : l’Inde, les États-Unis, les Européens. Tant mieux : ce bras de fer en Australie nous concerne tous.

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