Réunion diplomatique sous tension avec la Chine ce soir en Alaska. Échange de noms d’oiseaux hier avec la Russie. La diplomatie façon Biden démarre sur les chapeaux de roue. Le nouveau président américain y va fort. Plus fort qu’on ne s’y attendait. Peut-être même trop fort. C’est le « monde d’après ».

Joe Biden à sa descente d'hélicoptère sur la pelouse de la Maison Blanche le 17 mars
Joe Biden à sa descente d'hélicoptère sur la pelouse de la Maison Blanche le 17 mars © AFP / Drew Angerer / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Ce n’est pas Sleepy Joe, Joe l’endormi, comme l’avait surnommé Donald Trump pendant la campagne. C’est plutôt Sylvester Stallone version Rocky Balboa. Biden est à l’offensive et il frappe fort.

Hier, c’était donc avec la Russie. Ce n’est pas tous les jours que Vladimir Poutine se fait traiter de « tueur ». C’est ce qu’a fait Joe Biden, dans un entretien sur ABC. Les ronds de jambe de la diplomatie ça sera pour une autre fois. Et le président américain menace, je cite, de 

« Faire payer la Russie pour son ingérence dans les élections américaines ». 

Moscou est furieux, se dit « attaqué » et rappelle son ambassadeur à Washington Anatoli Antonov.

Et aujourd’hui, c’est le tour de la Chine. Anchorage en Alaska accueille donc ce soir la première réunion au sommet entre les deux pays depuis l’arrivée de Biden. De chaque côté de la table, les diplomates de plus haut rang : Blinken et Sullivan côté américain, Wang Yi et Yang Jiechi côté chinois. Et les États-Unis ont déjà annoncé la couleur : 

« nous avons besoin d’actes, la Chine ne tient jamais ses promesses »

Au menu : la bataille commerciale bien sûr et aussi les droits de l’homme (Hong Kong, les Ouighours) sans oublier l’expansionnisme militaire chinois autour de Taiwan.

Pékin dénonce déjà une « intrusion dans ses affaires intérieures ». Le sommet ne va pas rassembler à une partie de campagne. On pourrait citer d’autres exemples : sur la Corée du Nord, sur l’Afghanistan, la diplomatie Biden est en mode offensif. Elle montre ses muscles. Rocky je vous dis !

Plus dur que Trump

Ceux qui dénonçaient par avance la « mollesse » de Biden en sont donc pour leurs frais ! En fait, Biden est pour l’instant plus dur en affaires que Trump. Donald Trump faisait le fier à bras. Mais au bout du compte, il faisait aussi ami-ami avec le russe Poutine ou avec le nord-coréen Kim Jong Un. Et sur la Chine, le sujet le plus important, sa tactique était exclusivement commerciale, faite de coups de comm’ ponctuels. Mais au final pas de stratégie globale. Joe Biden y va plus fort. Il dénonce, dans leur ensemble, les velléités hégémoniques de la Chine, critique aussi bien la militarisation et le non-respect des libertés que le dumping commercial.

Finalement, c’est comme si Trump avait été l’apéritif. Pendant 20 ans, de Clinton à Obama, les États-Unis ont essayé de s’entendre avec Pékin, en espérant que cette ouverture favoriserait une démocratisation du régime chinois. C’est l’inverse qui s’est produit. Avec Trump, les États-Unis ont commencé à en prendre conscience. Mais le vrai tournant est peut-être en train de s’opérer sous Biden. Washington regarde désormais Pékin comme le grand adversaire stratégique. Œil pour œil, dent pour dent. 

Et puis ne l’oublions pas, au-delà du cas chinois, Biden est plutôt un interventionniste en matière internationale. Il était par exemple favorable à la guerre en Irak. Trump, répétons-le, était incohérent et fantasque, mais pas va-t’en guerre. C’était un peu le Professeur Lockhart dans Harry Potter, mèche volante et effets de manche. Et puis c’est tout. Certainement pas Rocky.

Une nouvelle guerre froide 

La question c'est de savoir si Rocky, en diplomatie, ça peut marcher. Et ça reste à prouver. Côté pile, « Rocky Biden » a l’intelligence de ne pas faire cavalier seul comme le faisait Trump. Les États-Unis version Biden verrouillent leurs alliances :

  • A l’Est : le chef de la diplomatie Antony Blinken était au Japon et en Corée ces dernières heures. Et il courtise l’Inde et l’Australie.
  • A l’Ouest : c’est le grand retour potentiel de l’alliance transatlantique. Le même Blinken sera à Bruxelles la semaine prochaine pour une réunion de l’OTAN.

Washington recolle la vaisselle cassée avec les amis traditionnels et assure ses arrières. C’est le retour de la vieille notion américaine de « containment », un cordon sanitaire collectif autour des adversaires.

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Mais attention, côté face, la Russie, et plus encore la Chine, ne vont pas s’en laisser compter. Pékin est droit dans ses bottes. Sûr de son fait. En plein essor économique et militaire. Persuadé que le temps long lui profite. Le président chinois Xi Jinping a engagé trois plans quinquennaux. Autrement dit la Chine regarde à 15 ans et se voit alors numéro un mondial, revenu à la place qui fut la sienne pendant plusieurs siècles. Biden, lui, n’a que 4 ans devant lui. Et il va bien falloir discuter quand même avec Pékin, par exemple sur le climat.

Rocky va donc devoir négocier. Sinon on est parti par une nouvelle guerre froide et elle peut être pire que la précédente.

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