Pour la première fois depuis plus de 60 ans, le parti communiste cubain, cet après-midi, a porté sa tête un dirigeant qui n’appartient pas à la famille Castro : Miguel Diaz Canel. La suite sera donc mécaniquement différente. Toute la question c’est de savoir jusqu'à quel point. C'est le monde d'après.

Le nouveau leader cubain Miguel Diaz Canel à la tribune du congrès du parti communiste cubain le 18 avril
Le nouveau leader cubain Miguel Diaz Canel à la tribune du congrès du parti communiste cubain le 18 avril © AFP / Ariel LEY / ACN / AFP

Le compte Twitter du parti communiste cubain l’a annoncé il y a 2 heures : « Elegido Miguel Diaz Canel primer secretario del partido comunista ». Miguel Diaz Canel est élu premier secrétaire du parti communiste. Dit comme ça, ça n’a l’air rien. En fait, c’est une page d’Histoire.

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Pour comprendre, il faut réaliser que 80% des 11 millions de Cubains ont moins de 60 ans. Autrement dit, 4 Cubains sur 5 n’ont jamais connu que les Castro au pouvoir, depuis la révolution de 1959, il y a 62 ans. Fidel d’abord, le lider maximo charismatique, mort en 2016. Puis son frère Raul, le cerveau, l’organisateur. Aujourd’hui âgé de 89 ans, Raul Castro a donc formellement passé la main cet après-midi. Son successeur à la tête du parti, donc à la tête du pays, Miguel Diaz Canel, n’a que 60 ans. Au-delà d’un individu, c’est toute la génération de Castro qui s’en va, par exemple Ramiro Valdès, 88 ans.

La nouvelle génération qui accède au pouvoir est née après la révolution, elle brandit rarement les noms des fondateurs du communisme, Marx ou Lénine. Et elle est composée de civils qui n’ont pas connu la lutte armée : avec Diaz Canel, fini les treillis militaires à la tribune. Cuba va donc découvrir qu’il y a une vie après Castro. C’est en soi un bouleversement. 

500% d'inflation 

Et ce n’est pas le seul parce que les changements économiques ont déjà débuté; la mutation a débuté sous Raul Castro. Un peu à la chinoise : une ouverture progressive à l’économie de marché.

Les voyages à l’étranger ont été autorisés, tout comme les ventes de voiture, ou l’accession à la propriété privée. Plus de 10% des Cubains travaillent désormais à leur compte : on les appelle les cuentapropistas. Enfin réforme majeure mise en œuvre au 1er janvier de cette année : la fin du système à deux monnaies, le peso convertible d’un côté et le peso cubain de l’autre, pour la vie de tous les jours.

Mais il y a une énorme différence avec la Chine : à Cuba, la situation économique est catastrophique. Parce que les ressources du pays sont plus limitées et parce que l’embargo américain s’est encore durci ces dernières années avec Trump : 280 sanctions supplémentaires. Le bateau cubain est donc en train de couler : 

  • Le produit intérieur brut a reculé de 11% l’an dernier (un record),
  • L’inflation est délirante (500% prévus cette année),  
  • Les denrées de base deviennent rares ou hors de prix et les colas (les files d’attente) s’allongent devant les magasins.

Pour ne rien arranger, l’épidémie de Covid, longtemps maîtrisée, se met à flamber. 

Problème : il n’y a plus personne pour payer la facture.  Pas même le Venezuela de Maduro, il est lui aussi en faillite. Bref l’explosion sociale menace. Mais difficile de prédire si ça va accélérer ou geler les réformes économiques…

Les réseaux sociaux vecteur de désobéissance civile

Ce qui s’annonce encore plus compliqué, c’est l’évolution politique parce que pour l’instant, c’est le statu quo. D’ailleurs, le slogan de Miguel Diaz Canel résume l’affaire : Somos Continuidad. Nous sommes la continuité. Une main de fer. Pas question d’abandonner le régime du parti unique et d’instaurer du pluralisme ou des élections au suffrage direct. 

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

L’armée, puissante en coulisses, et le parti, qui revendique 700.000 militants, veulent continuer à tout contrôler. La répression des opposants et de la presse indépendante devrait donc rester la norme : Cuba occupe le 171ème rang mondial (sur 180) dans le classement de la liberté de la presse de Reporters sans Frontières. 

Cela dit, là encore, la situation sociale pourrait précipiter les choses. La contestation et la désobéissance civile gagnent du terrain via les réseaux sociaux. Au « Somos continuidad », répond le slogan « Se acabo » (C’est fini) sur Twitter, Instagram, Facebook. Et via des clips musicaux très populaires. La grogne passe désormais d’abord par l’Internet mobile. Et dorénavant, il n’y aura donc plus la figure tutélaire d’un Castro pour mettre tout le monde d’accord.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Enfin n’oublions pas un dernier acteur : Washington. Jusqu’à présent, Joe Biden n’a quasiment rien dit sur le dossier de Cuba. Qu’il adopte une position dure à la Trump, et ce sera pain bénit pour les conservateurs et les militaires : un alibi parfait pour continuer à réprimer. Qu’il tende la main, et alors il y a une petite chance que l’après Castro soit vraiment autre chose que 62 ans de Castro !

Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.