C’est une victoire sans appel et un succès par procuration pour l’ancien président bolivien Evo Morales, exilé en Argentine. Le candidat socialiste Luis Arce vient d’être élu dès le premier tour de la présidentielle en Bolivie. Une bouffée d’oxygène pour la gauche sur un continent qui penche de plus en plus à droite.

Luis Arce, au centre, célèbre sa victoire dès le premier tour de la présidentielle bolivienne
Luis Arce, au centre, célèbre sa victoire dès le premier tour de la présidentielle bolivienne © AFP / RONALDO SCHEMIDT

Depuis son exil argentin, Evo Morales peut savourer sa revanche. L’ancien président bolivien, poussé à la démission en novembre dernier après des accusations de fraude électorale, va pouvoir revenir par la grande porte. Son candidat (et ex-ministre de l’économie) Luis Arce, vient d’être largement élu dès le premier tour de l’élection présidentielle ce dimanche. Une victoire éclatante, un an après la crise politique qui a précipité l’exil de l’ex-figure de proue de la gauche latino-américaine.

Sur le papier, la victoire est belle. Elle peut laisser penser que les Boliviens, nostalgiques des années Morales, accueillent à bras ouvert le retour au pouvoir du MAS (Mouvement vers le Socialisme). La réalité est plus contrastée : si la droite – qui a administré le pays pendant l’année écoulée – est lourdement sanctionnée, c’est d’abord pour sa gestion calamiteuse de la crise du Covid. La Bolivie est l’un des pays les plus touchés au monde en nombre de morts par million d’habitants, et rien ne dit que le MAS aurait fait mieux au pouvoir. Plus globalement, les électeurs ont exprimé leur désir de retour à la normale après une année très agitée politiquement et socialement, depuis la chute d’Evo Morales. Il y a donc sans doute une part de nostalgie dans ce vote, nostalgie pour une époque de stabilité politique et économique désormais révolue.

L'héritier de Morales

Le candidat du MAS a beaucoup joué sur cette corde sensible pendant la campagne. Si quelqu’un peut revendiquer l’héritage d’Evo Morales, c’est bien lui. Luis Arce est considéré comme le principal architecte de la politique économique des années Morales. Mais cette fois, sa tâche s’annonce autrement plus compliquée. La situation a changé du tout au tout. Les socialistes ne pourront pas s’appuyer sur ce qui a longtemps constitué leur atout majeur : le prix élevé des matières premières, qui a permis dans les années 2000 de financer des mesures sociales généreuses. Une politique fermement ancrée à gauche et érigée en modèle par beaucoup de formations de gauche à travers le monde.

La chute des cours des matières premières a fragilisé le pays, la dette s’est creusée, les tensions sociales sont à vif. Le constat vaut pour beaucoup d’autres pays latino-américains, affligés des mêmes maux. Mais ce retour de la gauche au pouvoir reste un contre-exemple en Amérique Latine. 

Plus que jamais, le continent penche à droite. La vague rose du début des années 2000 semble bien loin. Après l’Argentine en 2015, la quasi-totalité du continent a rebasculé à droite : Chili, Colombie, Paraguay, Brésil (avec l’élection de Jair Bolsonaro en 2018)… Ajoutez à cela le régime Maduro, fragilisé au Venezuela, et il n’y a eu ces dernières années que la victoire au Mexique d’Andres Manuel Lopez Obrador - alias AMLO - pour donner du baume au cœur à la gauche.

Le retour de la gauche en Amérique latine ?

La victoire du camp Morales en Bolivie marque-t-elle un début de renaissance ? Difficile à dire. La période très particulière, en pleine crise du Covid, tend à brouiller les cartes. Mais un retour de la gauche semble peu probable à court terme. Y compris au Chili où un mouvement de contestation fait rage depuis des mois. 

Sous la pression des manifestants, le gouvernement de droite de Sebastian Pinera a accepté d’organiser un référendum pour modifier la constitution héritée de Pinochet. Le vote a lieu le week-end prochain. Étonnamment, la gauche ne semble pas tirer profit de ce mouvement, ou très peu. Une gauche beaucoup trop divisée, et victime d’un phénomène général – en Amérique Latine comme ailleurs – la profonde défiance vis-à-vis des partis traditionnels.

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