A 5 mois des élections générales en Allemagne, la course à la succession d’Angela Merkel s’éclaircit. En l’espace de 24h, les deux partis favoris du scrutin ont désigné leur leader : Armin Laschet pour des conservateurs désunis, Annalena Baerbock pour des Verts en rangs serrés. C'est le monde d'après.

La leader des Verts Allemands, Annalena Baerbock, lors d'un discours après sa désignation comme candidate peut espérer succéder à Angela Merkel
La leader des Verts Allemands, Annalena Baerbock, lors d'un discours après sa désignation comme candidate peut espérer succéder à Angela Merkel © AFP / ANNEGRET HILSE / POOL / AFP

Si vous regardez encore les élections en Allemagne comme un sujet austère et ennuyeux, il est temps de vous réveiller : la campagne électorale chez nos voisins est en train de devenir fascinante.

Côté centre droit, d’abord, c’est donc Armin Laschet qui va conduire les troupes. Mais que ce fut dur ! Il a fallu plusieurs semaines d’hésitation et plusieurs jours de querelle pour s’entendre sur son nom. Et ça s’est achevé par un vote nocturne hier soir, à moitié improvisé, au sein du comité exécutif de la CDU, le parti d’Angela Merkel. Puis il a fallu attendre plusieurs heures ce matin pour que le rival de Laschet, le bavarois Markus Söder de la CSU (parti frère de la CDU) concède la défaite.

Armin Laschet, même si a le mérite de plier sans rompre comme le roseau, entre en campagne affaibli.  Une grande partie de la CDU, dont plusieurs leaders et une forte majorité de la base militante, lui préférait Söder. Et seulement 4% des Allemands le regardent comme « un leader fort ». Si on ajoute que la CDU est affaiblie par une gestion contestée de l’épidémie et plusieurs scandales de dessous de table, ça fait beaucoup. 

A ce jour la CDU, estimée à 29% dans les sondages, reste favorite. Mais son avance n’a cessé de se réduire ces derniers mois. Laschet, 60 ans, peu charismatique, va devoir élabore un programme tout en recollant la vaisselle cassée. Un défi,

L'unité des Verts tranche avec la cacophonie du centre droit

A l'inverse, l'examen de passage est réussi pour la candidate écologiste et le contraste est saisissant. 24h plus tôt, hier matin, Annalena Baerbock a été désignée candidate à la chancellerie par son parti dans une chorégraphie d’unité très professionnelle. Un rêve de communicant.

Pas d’hésitation : le co-leader des Verts, Robert Habeck, s’est rangé sans ciller derrière Annalena Baerbock dont il a loué ostensiblement les qualités. Le parti écologiste avance en rangs serrés. Soit dit en passant, le contraste est frappant aussi avec des écologistes français souvent empêtrés dans les querelles de clocher.

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Et puis Baerbock incarne le renouvellement. 40 ans, seule femme candidate, tous les autres partis ont choisi des hommes. Cet ex-championne de trampoline a du ressort. Devenue spécialiste de droit international et des questions européennes, elle est réputée pour sa connaissance technique des dossiers et pour son pragmatisme. C’est une « realo » comme on dit outre Rhin, une réaliste. A l’image de ces écologistes allemands devenus familiers des compromis dans les 11 régions, les 11 Länder où ils siègent.

Aujourd’hui crédités de 21 à 22% des intentions de vote, les Verts auront peut-être du mal à rattraper la CDU et à déboucher en tête le 26 septembre prochain. Mais ils peuvent gagner quand même. Parce que le vainqueur sera celui qui sera le plus à même de bâtir ensuite une coalition.

Le départ de Merkel rouvre le champ du débat

Donc c’est suspense total, les jeux sont totalement ouverts

Le conservateur Armin Laschet reste le favori pour succéder à Angela Merkel. Mais l’écologiste Annalena Baerbock peut aussi espérer être la prochaine chancelière, par exemple dans une coalition que les Verts dirigeraient avec le centre gauche du SPD et les libéraux du FDP. Les écologistes, répétons-le, possèdent deux qualités qui ont du poids en Allemagne : ils sont unis, disciplinés, et ils savent passer des compromis.

La synthèse des derniers sondages à 5 mois du scrutin selon le site Bundestagswahl
La synthèse des derniers sondages à 5 mois du scrutin selon le site Bundestagswahl / Capture d'écran le 20.04.21 du site Bundestagswahl21.de

La campagne s’annonce donc passionnante parce qu’indécise. Passionnante aussi parce qu’elle marque le grand retour du débat chez nos voisins. Ces dernières années en Allemagne, la politique s’est souvent résumée à : faisons confiance à Merkel, « Mutti », Maman. Son départ, après de 16 ans de règne et une succession mal préparée, rouvre le champ du débat, sur la place de l’Allemagne dans la décennie à venir:

  • Vis-à-vis de la Chine, de la Russie et surtout de l’Europe : quelle priorité donnée à plus d’intégration européenne ?
  • Sur le climat et l’environnement : comment prendre des décisions compatibles avec les enjeux de l’industrie automobile et l’approvisionnement énergétique en Russie ?
  • Sur l’organisation du pays : quel avenir pour le fédéralisme alors que les régions sont souvent en conflit ouvert avec Berlin depuis le début de la pandémie ?

La politique, au sens le plus noble du terme, est de retour chez nos voisins. C’est majeur. Parce que notre avenir à nous aussi dépend en partie des choix de société que s’apprête à faire l’Allemagne.

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