Depuis plusieurs mois, à Bangkok et dans les autres grandes villes de Thaïlande, la jeunesse descend dans la rue pour réclamer des réformes et pointer du doigt la monarchie. Avec pour modèle revendiqué le mouvement de contestation pro-démocratie à Hong Kong.

En signe de ralliement, les manifestants lèvent trois doigts en l'air lors d'un rassemblement le 17 octobre
En signe de ralliement, les manifestants lèvent trois doigts en l'air lors d'un rassemblement le 17 octobre © AFP / Mladen ANTONOV

Jusqu’ici le mouvement est resté pacifique, mais ces derniers jours à Bangkok, la tension est montée d’un cran. Plusieurs leaders du mouvement arrêtés, un décret d’urgence adopté pour interdire les rassemblements politiques, une chaîne de télévision interdite, et le weekend dernier, des canons à eau déployés par la police. C’est peut-être le prélude à une réaction plus ferme des autorités thaïlandaises, qui ont fait preuve jusque-là de retenue.

Ce tour de vis ne décourage pas les contestataires. Même privés de porte-paroles, ils continuent de se rassembler par milliers tous les jours dans les grandes villes du pays. Pour l’instant, la situation en est là : ni violences, ni dégradations. Les jeunes thaïlandais ont réussi à fédérer autour d’eux de façon pacifique une frange de plus en plus importante de la population. Avec dans le viseur le chef de la junte au pouvoir, Chan-o-Cha, mais aussi la monarchie qui fait l’objet de vives critiques alors que récemment encore, il était inimaginable de s’en prendre directement au roi.

Bruce Lee et Hunger Games

A mesure que le ton se durcit, le mouvement semble s’inspirer de plus en plus des méthodes employées par les contestataires à Hong Kong, experts en matière de jeu du chat et de la souris avec les forces de l’ordre. La tactique est la même : s’organiser via des messageries cryptées, multiplier les lieux de rassemblements, se disperser très vite et de façon fluide. Un méthode baptisée ‘Be water’ (soyez comme de l’eau) et dont l’inspiration vient de l’acteur de films d’arts martiaux Bruce Lee.

On a vu apparaître d’autres points communs entre les deux mouvements : des tenues vestimentaires, des objets – casque et lunettes de protection ; parapluie en guise de bouclier contre les canons à eau – et des signes de ralliement, comme ce geste de la main, avec trois doigts levés, clin d’œil à la série de films Hunger Games qui décrit un futur totalitaire.

A Bangkok comme à Hong Kong mais aussi à Taiwan, c’est le même esprit créatif qui anime les contestataires. La même jeunesse urbaine et progressiste qui défile. Les mouvements se répondent. D’un côté, les manifestants thaïlandais scandant le slogan "Rendez l’indépendance à Hong Kong". De l’autre, le leader hong-kongais en exil Nathan Law apporte via Twitter son soutien à la contestation en Thaïlande. Une communauté de destin baptisée "Alliance du thé au lait" en allusion à cette boisson aussi appréciée à Bangkok qu’à Hong Kong et à Taipei. 

La crainte d'un nouveau drame

Faut-il craindre une radicalisation de ces manifestations et – comme à Hong Kong – à une vague de répression de la part des autorités ? La situation n’est pas la même. Le régime de Bangkok n’est pas celui de Pékin, et les velléités d’autonomie politique ne sont pas comparables. Malgré tout, la junte qui dirige la Thaïlande pourrait elle aussi être tentée de durcir le ton si la situation dégénère. Pour l’instant, il n’y a pas eu de débordements, mais comme à Hong Kong, des éléments radicaux pourraient tenter d’infiltrer les cortèges et jouer la stratégie du pire.

C’est le scénario que tout le monde redoute. La Thaïlande est encore traumatisée par un drame célèbre qui remonte à 1976 : le massacre de l’université de Thammasat. Un mouvement étudiant réprimé dans le sang. Bilan officiel : 46 morts. Or il se trouve que la mobilisation de ces derniers mois est partie du même endroit, de cette université symbole des droits de l’homme et de la démocratie et qui a toujours été l’épicentre des mouvements étudiants en Thaïlande.

Contact
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.