Joe Biden organise demain un sommet mondial sur le climat. Il va annoncer de nouveaux engagements américains. Et il a invité 40 chefs d’État dont le chinois Xi Jinping, qui participera à distance. Washington fait le choix d’installer une « diplomatie du climat » avec Pékin, une bonne nouvelle. C'est le monde d'après.

Quelques manifestants écologistes ont défilé à vélo devant le Capitole à Washington à la veille du sommet climat organisé par Joe Biden
Quelques manifestants écologistes ont défilé à vélo devant le Capitole à Washington à la veille du sommet climat organisé par Joe Biden © AFP / CHIP SOMODEVILLA / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

C’est une bonne nouvelle d’abord parce que c’est la seule solution, le seul chemin possible pour éviter un réchauffement incontrôlable du climat. Les deux plus grandes puissances, qui sont aussi les deux plus grands pollueurs de la planète, doivent collaborer sur le sujet.

Les Européens montrent l’exemple en annonçant une réduction de 55% de leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050, mais cette bonne volonté ne suffira pas. A fortiori au moment où l’économie redémarre, avec un retour au monde d’avant par exemple sur le recours au charbon.

Washington et Pékin ont donc la clé et se tiennent par la barbichette. C’est pour ça qu’il faut espérer des annonces spectaculaires des deux capitales lors du sommet de demain.

Côté Biden, l’affaire parait entendue. Le président américain veut annoncer un plan ambitieux, avec une réduction de moitié des émissions de gaz polluant. Peut-être aussi des mesures sur les forages en énergie fossile ou sur l’interdiction des hydrofluorocarbures, ces produits nocifs utilisés dans les aérosols.

Côté chinois, l’annonce d’un objectif de neutralité carbone à l’horizon 2060 n’a été suivie pour l’instant d’aucune précision sur la façon d’y parvenir, donc on attend. Et il n’y aura pas de solution si Pékin ne se décide à fermer progressivement ses 600 centrales à charbon. Que les deux capitales avancent ensemble d’un même pas, c’est ça la « diplomatie du climat ».

Un canal pour éviter la guerre froide

Et puis il y a une autre bonne nouvelle, c’est tout simplement que les deux capitales se parlent ! C'est même crucial. Le climat est un peu la version moderne de la diplomatie du ping pong dans les années 70. Un moyen de conserver le contact, de faire baisser la pression dans la cocotte-minute en période de forte tension.

Et on sait à quel point le climat est électrique entre Pékin et Washington. Depuis son arrivée à la Maison Blanche, Joe Biden ne mâche pas ses mots contre la Chine. Et la première rencontre entre les deux puissances, le mois dernier en Alaska, était digne de la guerre froide.

Mais sur le climat, les deux géants sont prêts à discuter. Avec d’ailleurs deux hommes clés dans ce dispositif, deux diplomates expérimentés qui se connaissent de longue date : John Kerry et Xie Zhenhua. La semaine dernière à Shanghai, ils ont affirmé la volonté des deux capitales de coopérer sur le climat.

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On peut même rêver et imaginer un cercle vertueux, où chacun des deux pays, en quête de « soft power », désireux de se bâtir une image écologique positive, fasse assaut, concurrence de propositions audacieuses. Pour se poser en leader de la lutte contre le réchauffement.

Ça serait un peu l’inverse de la course aux armements : au lieu du toujours plus dans l’augmentation des risques, le toujours moins d’émissions toxiques. Y compris en imposant des normes environnementales dans les contrats sur les marchés des pays en voie de développement.

Le risque du chantage chinois

Ça c’est le rêve. Mais on n’est pas chez les Bisounours et il y a donc plusieurs risques. Par exemple que chacun tire la couverture à lui.

Washington peut en profiter pour imposer son leadership sur les nouvelles énergies renouvelables et la voiture électrique, tout en imposant un protectionnisme fort pour protéger les 2 millions d’emplois promis par Biden avec son plan climat.

Pékin peut faire du chantage. Sur le mode : ok si vous considérez que la priorité des priorités c’est le climat, alors on va faire des efforts ensemble, avec vous. Mais en échange, vous lâchez du lest sur le reste : les sanctions commerciales ou bien plus probablement les sujets de droits de l’homme (les Ouighours, Hong Kong, voire Taiwan). 

Enfin troisième risque : celui d’une sorte d’alliance entre la Chine et les Etats-Unis contre l’Europe. Les deux géants peuvent vouloir se répartir le gâteau commercial de la transition énergétique. Et surtout ils sont, ensemble, vent debout contre le projet européen de créer une taxe carbone aux frontières de l’Union des 27. C’est à l’Europe de tenir bon pour ne pas être le dindon de la farce.

Donc ne soyons pas naïfs : le réchauffement climatique reste un objet politique. Il ne sera pas traité par les grandes puissances d’une façon neutre, découplée de tous les autres enjeux, comme on pourrait l’espérer.

La diplomatie du climat n’est pas une affaire d’enfants de chœur. Les risques sont multiples. Mais à tout prendre, elle mérite quand même d’être explorée activement, vu l’enjeu.

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