C’est une première depuis l’arrivée au pouvoir du nationaliste Viktor Orban il y a dix ans. Les partis d’opposition hongrois ont décidé de faire front commun aux législatives 2022 dans l’espoir de faire chuter l’actuel premier ministre.

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban lors de son discours à la nation annuel, en février 2020
Le Premier ministre hongrois Viktor Orban lors de son discours à la nation annuel, en février 2020 © AFP / Attila KISBENEDEK / AFP

Tous unis contre Viktor Orban : l’opposition hongroise ne présentera qu’une seule liste aux législatives de 2022. C’est la promesse de la déclaration commune adoptée dimanche par les principaux partis d’opposition – socialistes, écologistes, centristes, et même l’ancien parti d’extrême-droite – qui espèrent ainsi mettre fin à dix ans de règne sans partage du parti nationaliste et conservateur Fidesz.

Au-delà des clivages, une alliance populaire anti-Orban est en train de se matérialiser en Hongrie. C’est la suite logique des municipales de 2019, lorsque les adversaires d’Orban étaient parvenus à mettre de côté les divisions qui leur avaient coûté si cher lors des précédents scrutins, pour remporter une dizaine de grandes villes, à commencer par Budapest. Un écologiste, Gergely Karacsony, est désormais à la tête de la capitale.

Cette stratégie d’union a permis pour la première fois de casser la dynamique de victoire du Fidesz, le parti de Viktor Orban, qui avait jusque-là raflé toutes les élections depuis une dizaine d’années. De quoi donner des idées pour les prochaines échéances nationales.

Tout sauf Orban : le même leitmotiv, de la gauche à l’extrême-droite

Beaucoup s’interrogent sur la présence dans cette alliance du Jobbik, parti venu de l’extrême-droite. Une formation qui longtemps défrayé la chronique avec ses prises de positions antisémites et anti-tsiganes. Contraint de se recentrer ces dernières années, le Jobbik s’est efforcé de faire ménage dans ses rangs, en présentant ses excuses pour les excès du passé. 

Ce toilettage idéologique ne convainc pas tout le monde. Mais les autres partis d’opposition semblent prêts à fermer les yeux dans l’espoir de renverser Orban. Or, le Jobbik semble être le seul parti à pouvoir tailler des croupières au Fidesz, surtout dans les zones rurales où il est encore très implanté. En clair, la gauche et les centristes n’y arriveront pas seuls.

Après des années où l’emprise idéologique du Fidesz était trop forte, on assiste peut-être enfin à une prise de conscience de l’opposition, qui ne peut plus rester spectatrice, alors que le parti de Viktor Orban réécrit la Constitution, met sous tutelle les médias, les institutions, la justice jusqu’à la Cour suprême… et va jusqu’à modifier la loi électorale : le gouvernement vient en effet de faire passer une réforme qui vise à morceler encore un peu plus l’opposition.

Viktor Orban a des raisons de s’inquiéter  

L’élection 2022 est encore loin, mais pour Viktor Orban, les sondages ne sont pas bons. La popularité du Fidesz commence à s’effriter, y compris dans ses bastions, et les nuages s’amoncellent. Des affaires de corruption dans l’entourage du 1er ministre ; un scandale sexuel à Bruxelles (l’histoire de ce député européen surpris dans une soirée gay en plein confinement) ; des couacs dans la gestion de la crise sanitaire. On ne peut pas dire qu’Orban soit au meilleur de sa forme.

Signe qui ne trompe pas, le Premier ministre hongrois vient de faire adopter une nouvelle modification constitutionnelle, qui vise à protéger les nombreuses fondations créées et contrôlées par le Fidesz. Ces fondations opaques, dans lesquelles des centaines de millions d’euros d’argent public ont été injectés, ont permis au parti de Viktor Orban de renforcer son contrôle sur la société hongroise, notamment les universités.

Avec ce tour de passe-passe, Orban semble préparer le terrain pour s’assurer qu’il conservera son emprise sur le pays, même s’il se fait évincer du pouvoir en 2022. La preuve que désormais, ce scénario ne lui semble plus impossible.

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