C’est sans doute la plus spectaculaire des premières décisions de Joe Biden : comme promis le retour des États-Unis dans l'accord de Paris sur le climat. Mais il ne faut pas croire qu’il nous fait une fleur. C’est une décision calculée, qui vise à faire d’une pierre plusieurs coups. C’est le monde d'après.

Dès son installation à la Maison Blanche, Joe Biden a signé plusieurs décrets dont le retour des Etats-Unis dans les accords de Paris sur le climat
Dès son installation à la Maison Blanche, Joe Biden a signé plusieurs décrets dont le retour des Etats-Unis dans les accords de Paris sur le climat © AFP / Jim WATSON / AFP

Certains auront la tentation de s’extasier : ah formidable, le nouveau président américain n’a pas perdu une minute. Quelle rupture avec Donald Trump ! Biden mesure l’enjeu vital du climat et, en plus, non content de revenir dans l'accord de Paris, il prend d’autres décisions concrètes immédiates : arrêt de l’oléoduc controversé Keystone, moratoire sur les nouvelles exploitations pétrolières.

Mais il ne faut pas s’y tromper : Biden n’est pas écologiste par conviction, il l’est d’abord par raison. Il fait un calcul froid et rationnel. Avec trois objectifs.

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Le premier, c’est de viser à terme la domination technologique des États-Unis sur ce secteur des nouvelles énergies.

  • La voiture électrique : avec Tesla bien sûr et son patron Elon Musk l’homme le plus riche du monde, et aussi avec le géant historique General Motors, qui est en pleine conversion à l’électrique. But recherché : leadership sur les batteries, les stations de recharge, etc.
  • Les énergies renouvelables ensuite : le solaire, l’éolien. La mutation est déjà en cours depuis 5 ans aux États-Unis, elle s’est opérée malgré Trump, dans plusieurs États pro-actifs comme la Californie ou le New Jersey. La part de l’éolien et du solaire dans la production électrique a quadruplé en 10 ans. Et le charbon est en chute libre.

On sait la capacité de l’économie américaine à opérer des mutations rapides, pour maitriser les technologies et conquérir des marchés. 

Créer 2 millions d'emplois

Le calcul est donc d'abord économique, mais avec un volet social : créer des emplois. C’est le 2ème objectif de ce plan climat. C’est d’ailleurs comme ça que Joe Biden le vend aux Américains : un plan qui s’inscrit dans la mythologie de Franklin Roosevelt. Créer de la croissance et des jobs par des grands travaux. Biden, c’est dans son ADN, veut reconquérir cet électorat ouvrier séduit par Trump.

Avec ce plan climat de 2000 milliards de dollars, il vise la création de 2 millions d’emplois. Dont la moitié, 1 million, lié au business de la voiture électrique : la construction et l’entretien des véhicules et de 500.000 stations de recharge. Oui, 500.000 (la France en compte 28.000). L’autre million d’emplois sera lié aux renouvelables, et à la rénovation de 6 millions de bâtiments, commerciaux ou individuels.

Biden n’est pas dans une logique de décroissance. La priorité, c’est de créer de la richesse, grâce à la lutte contre le réchauffement climatique. Fait révélateur : son refus, pendant la campagne, de s’opposer à la technique de la fracturation hydraulique en Pennsylvanie. Elle est très controversée du point de vue de l’environnement, mais ça crée des emplois. Donc c’est la priorité, a fortiori dans un État clé pour le scrutin comme la Pennsylvanie.

Des jobs à la maison. Aux États-Unis. Des emplois made in USA pour des produits made in USA.

S'affirmer à nouveau comme un modèle

La logique est donc protectionniste, isolationniste, pas si loin de Trump finalement ! Et là on touche le troisième objectif de ce plan climat de Biden : un objectif diplomatique, international.

Et de un, se protéger spécifiquement de la Chine, voire la défier, comme le faisait Trump. Sauf que la méthode change. La lutte contre le réchauffement devient un instrument de la bataille avec Pékin. Concurrencer la Chine sur les nouvelles technologies énergétiques, peut-être imposer une taxe carbone aux frontières aux produits venant de pays insuffisamment décarbonés (comme la Chine), voire accuser Pékin de duplicité dans sa politique climatique.

Et de deux, se poser à terme en porte drapeau, en leader du monde décarboné. Un avatar de la version précédente « le leadership du monde libre ». C’est un enjeu d’image, de « soft power », un domaine où les États-Unis ont de l’expertise.  Et c’est dans cette logique qu’il faut comprendre la volonté affichée par Biden d’organiser prochainement un sommet des nations les plus polluantes pour établir de nouveaux engagements, plus contraignants, sur les réductions de gaz à effet de serre.

Tout ça n’a rien d’un plan romantique écolo Bisounours. Il y a un but de puissance.

Cela dit, tout ça c’est le plan climat sur le papier. Promesses de campagne, je rase gratis. Mais le financement de l’opération reste flou. Les écueils au Congrès s’annoncent multiples. La question du recours au gaz naturel sera difficile à résoudre, etc. Il y a loin de la coupe aux lèvres.

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