Deux sièges de sénateurs seront en jeu dans l'Etat de Géorgie le 5 janvier. Si les démocrates, majoritaires à la Chambre des représentants, remportent ces deux duels, ils prendront aussi le contrôle du Sénat. Ils ne partaient pas favoris, mais à deux semaines du vote, les deux scrutins sont désormais très indécis.

Le pasteur Raphael Warnock, l'un des deux candidats démocrates au Sénat pour le second tour du 5 janvier 2021, en meeting le 21 décembre à Columbus. Il est opposé à la sénatrice Kelly Loeffler.
Le pasteur Raphael Warnock, l'un des deux candidats démocrates au Sénat pour le second tour du 5 janvier 2021, en meeting le 21 décembre à Columbus. Il est opposé à la sénatrice Kelly Loeffler. © Getty / JESSICA MCGOWAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / GETTY IMAGES VIA AFP

C’est une sorte de présidentielle bis qui va se jouer en Géorgie le 5 janvier prochain.

Les enjeux sont colossaux. Joe Biden et Donald Trump ont fait escale en Géorgie ces dernières semaines. La vice-présidente élue Kamala Harris était hier encore sur place à Atlanta. Si les Démocrates, majoritaires à la Chambre, remportent ces deux élections, ils auront aussi le contrôle du Sénat. Ils pourront par exemple faire adopter leur plan de lutte contre la pandémie ou des investissements dans la transition écologique.

Dans le cas contraire, Joe Biden aura beaucoup moins de marge de manœuvre. Il pourra gouverner par décrets, comme l’a fait Trump, mais la classe politique est aujourd’hui très polarisée, et les Républicains, c’est presque un principe, refuseront de soutenir les projets démocrates.

Alors quels sont ces deux duels en Géorgie ?

Le premier oppose le Démocrate Raphael Warnock à la Républicaine Kelly Loeffler.

Warnock est pasteur dans l’ancienne église de Martin Luther Kingà Atlanta. Il pourrait devenir le premier sénateur noir de Géorgie. Son adversaire le présente comme un gauchiste radical et dangereux. 

Dans le second duel, le Démocrate Jon Ossoff, 33 ans, ancien journaliste d'investigation, défie le vétéran David Perdue.

Dans les deux cas, les candidats démocrates mettent en doute l’intégrité de leurs rivaux républicains, accusés de conflit d’intérêt et d’avoir profité de la pandémie pour s’enrichir personnellement. 

Mais comme en novembre, le grand sujet de la campagne c’est Donald Trump. Le 3 novembre dernier, Joe Biden a remporté la présidentielle en Géorgie d'une courte tête. Une première depuis Bill Clinton en 1992.

Le facteur Trump

Donald Trump refuse toujours d’admettre sa défaite au plan national et la Géorgie fait partie de ces Etats où il dénonce, sans preuves, des fraudes massives.

L’actuel président est allé assez loin. Il s’en est pris au gouverneur de Géorgie, Brian Kemp, un de ses fidèles soutiens. Trump estime qu’il n’aurait pas dû faire campagne pour lui il y a deux ans. « J’ai honte » de l’avoir fait, dit-il. Il lui reproche de ne pas avoir fait annuler le résultat de l’élection. 

Voilà qui pose un gros problème aux candidats républicains au Sénat. L’armée des pro-Trump de Géorgie continue à défendre leur champion, à se battre contre le résultat de la présidentielle. 

Hier par exemple, lors d’un meeting des deux Républicains Kelly Loeffler et David Perdue, ils étaient des centaines à hurler « Fight for Trump » ou « Stop the Steal », « Arrêtez le vol » de l’élection.

Or, comme le 3 novembre, la clé de ces sénatoriales, ce sera la participation : quel est le camp qui mobilisera le mieux ses troupes ?

Les militants qui n’ont d’yeux que pour TRUMP pourraient renoncer à voter. A quoi bon se rendre aux urnes si l’actuel président n’est pas sur le bulletin ? 

La démographie a changé en Géorgie

Mais les Républicains ont tout de même de bonnes raisons d’espérer une victoire. D’abord il leur suffit d’une victoire sur les deux élections pour conserver la majorité au Sénat.

Ensuite, l’Histoire plaide en leur faveur. Il y a eu huit seconds tours en Géorgie au mois de janvier depuis 1992 (c’est l’une des particularités de cet Etat), et à sept reprises, les candidats républicains ont gagné du terrain par rapport au vote de novembre.

Car la Géorgie est un Etat plutôt conservateur, attaché aux valeurs chrétiennes, à la baisse des impôts et des dépenses publiques.

Mais comme un peu partout dans le sud des Etats-Unis, la démographie a changé. Les Blancs diplômés sont de plus en plus nombreux à voter démocrate. 

Dans la banlieue nord d’Atlanta par exemple, Bidn l’a emporté de 11 points en novembre là où Barack Obama avait perdu de 23 points en 2012.

Enfin bien sûr, la mobilisation des Noirs, très nombreux à se déplacer pour la présidentielle, sera un facteur-clé.  Beaucoup rêvent de voir le pasteur WARNOCK au Sénat. 

Reste la grande inconnue des sondages. Match nul pour le moment dans les deux duels…  et ça tombe bien, plus personne ne croit aux sondages aux Etats-Unis. 

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