Ce lundi, dans de nombreuses régions d’Allemagne, les écoles ont rouvert leurs portes après plus de deux mois de fermeture. Face à la pandémie de Covid, l’Allemagne ne fait plus figure de bon élève comme au printemps dernier. Les chiffres de contamination restent élevés, la vaccination est jugée trop lente

21 février 2021, un centre de vaccination attend les patients à Grosshartmannsdorf, en Saxe.
21 février 2021, un centre de vaccination attend les patients à Grosshartmannsdorf, en Saxe. © AFP / ROBERT MICHAEL / DPA-ZENTRALBILD / DPA PICTURE-ALLIANCE VIA AFP

Rappelez-vous, cet été encore le monde entier vantait les mérites de l’Allemagne : taux de contamination très bas ; mortalité faible ; la politique de test et de traçage des malades était présentée comme un modèle ; le système de santé semblait irréprochable ; et tous les Allemands respectaient les mesures de distanciation sociale.

L'exemple allemand appartient au passé. Le bilan dans le pays est aujourd’hui de 68.000 morts, pas si loin finalement des 84.000 morts en France. Les restrictions sont sévères : bars et restaurants fermés, mais aussi les commerces non essentiels.

Les écoles sont ouvertes après deux mois de fermeture, mais très partiellement, dans 12 des 16 Länders. Seuls les élèves des petites classes, jusqu’à l'équivalent du CE2, ont pu retrouver leurs camarades. Et les effectifs sont limités. 

Les chiffres de contamination ont beaucoup baissé ces dernières semaines mais un plateau a été atteint, et le nombre de cas remonte légèrement depuis quelques jours. Le pays parle déjà d’une 3ème vague liée au variant anglais.

Seuil abaissé à 35 cas pour 100.000

Les mesures de restriction étaient limitées en Allemagne jusqu’à l’automne. La seconde vague de la pandémie a donc été violente. Les chiffres de contamination ont augmenté brusquement.

A partir de novembre, le pays a pris des mesures de confinement sévères, et il a fallu attendre fin décembre pour que les chiffres commencent à baisser.  

La chancelière Angela Merkel a fixé un premier objectif pour déconfiner : passer sous le seuil des 50 cas pour 100.000 habitants sur sept jours. Mais début février, elle a abaissé ce plafond à 35. Or, aujourd’hui, l’Allemagne dépasse les 60 cas pour 100.000 habitants.

Les commerces et restaurants resteront fermés jusqu’au 7 mars. Et la mesure pourrait être prolongée. Le variant anglais est très présent et on voit mal comment les chiffres pourraient baisser suffisamment dans les deux semaines à venir.

Pendant ce temps, la campagne de vaccination piétine. Les chiffres sont comparables à la France. Un peu moins de 4% de la population a reçu une première dose de vaccin.

Des mesures qui manquent de clarté

Le plan d’action allemand suscite beaucoup questions.

D’abord, la population ne comprend pas toujours les raisons pour lesquelles la campagne de vaccination est si lente alors que les contribuables ont en partie financé le vaccin Pfizer-BioNTech. Sur ce point, l’Allemagne a péché par solidarité en laissant l’Union européenne négocier la livraison des vaccins pour les 27.

Ensuite, Angela Merkel est apparue très prudente en abaissant le seuil des contaminations de 50 à 35 cas pour 100.000. Il faudra donc attendre encore plus longtemps avant la levée du confinement.  

3ème point : les Etats-régions n’appliquent pas les mêmes mesures. Certains ont rouvert leurs écoles, d’autres non. C’est propre au système allemand mais parfois, des ambitions politiques semblent dicter les décisions. Markus Söder par exemple, le ministre-président de la Bavière, applique des mesures très strictes dans sa région, et se verrait bien succéder à Merkel en septembre. 

Enfin, les aides promises par l’Etat tardent à parvenir aux commerçants, aux entreprises touchés par la pandémie. 

La réputation de l’Allemagne, leader économique de l’UE, modèle d’organisation, est donc un peu entachée. Mais Angela Merkel est convaincue qu’il faut être prudent, procéder par étapes, pas comme en France, qui a assoupli les mesures trop tôt à ses yeux.

On saura peut-être dans quelques mois si l’une des deux stratégies a été plus payante. En tout cas, l’Allemagne l’emporte déjà sur un critère : dans le baromètre CEVIPOF de la confiance politique publié aujourd’hui, les Allemands affichent un bien meilleur moral que les Français.

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