Le ton monte à nouveau entre Chinois et Occidentaux, Français en particulier. Pékin annonce des sanctions contre des chercheurs et parlementaires. Cela intervient après des propos agressifs de l’ambassade de Chine à Paris contre le chercheur Antoine Bondaz. Pas très diplomatique mais révélateur. C'est le monde d'après.

Lu Shaye, ambassadeur de Chine à Paris, n'y va pas de main morte sur les réseaux sociaux
Lu Shaye, ambassadeur de Chine à Paris, n'y va pas de main morte sur les réseaux sociaux © AFP / Martin BUREAU / AFP

C’est l’histoire d’une évolution spectaculaire, une métamorphose. En très peu de temps, la diplomatie chinoise est passée de la réserve à l’offensive. Elle s’est totalement désinhibée.

Pendant de longues années, en suivant les recommandations de Deng Xiao Ping elle a joué profil bas. Modération, langue de bois. Ne pas attirer l’attention, passer inaperçu. Les choses ont commencé à changer avec l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2013. Mais le vrai tournant, c’est un discours de ce même Xi Jinping, il y a 2 ans, appelant les diplomates chinois à adopter, je cite, « un esprit combattant ».

Ce changement de logiciel repose sur une conviction : la certitude de posséder le meilleur modèle pour affronter les défis de ce siècle. Autoritarisme politique (y compris au mépris des droits de l’Homme), mélange d’étatisme et de libéralisme économique. C’est plus efficace que le modèle occidental dépassé. Voilà la conviction chinoise.

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De nombreux diplomates, soucieux de plaire au pouvoir central, ont alors décidé de cesser d’être des « agneaux » pour devenir des « loups ». Ce sont les mots qu’ils utilisent eux-mêmes. C’est comme ça que l’on se retrouve avec ce vocabulaire peu diplomatique de l’ambassade de Chine à Paris contre l’universitaire Antoine Bondaz, qualifié explicitement de « petite frappe » et indirectement de « hyène folle ». Les mots sont d’autant plus forts que le fond de la controverse porte en l’occurrence sur un thème tabou pour la Chine : Taïwan.

La conviction de posséder le meilleur modèle

En même temps, la Chine a changé de logiciel parce qu’elle est de fait beaucoup plus puissante et que ça nous plaise ou non, la Chine assume sa puissance retrouvée. Elle a des motifs objectifs de fierté et il est donc logique qu’elle ne reste pas un "agneau". Ces motifs, ils sont multiples.

Il y a d’abord bien sûr la puissance économique. Seul grand pays à avoir échappé à la récession l’an dernier, elle devrait afficher 6 à 8% de croissance cette année et peut espérer devenir la 1ère force mondiale d’ici 15 ans. Avec des investissements majeurs dans les hautes technologies. Et cette force profite aussi bien aux riches (la Chine compte désormais le plus grand nombre de milliardaires au monde) qu’aux plus démunis : près de 90 millions de Chinois ont été sortis de la pauvreté depuis 10 ans.

Il y a aussi la puissance militaire (avec un budget de la Défense en forte hausse), la puissance scientifique (la Chine est le pays au monde à avoir déposé le plus de brevets l’an dernier), la puissance spatiale (avec un programme très ambitieux).

Ajoutons les succès face au virus : « seulement » 4600 morts, une épidémie maîtrisée, deux vaccins mis au point. Et enfin l’arrière-plan : la grandeur d’une civilisation millénaire, qui pendant de longs siècles a dominé la planète.

Une agressivité contreproductive 

Donc oui, la Chine de 2021 a le droit de redresser la tête et d’exprimer de la fierté. Sauf que là ça va plus loin : c’est de l’agressivité, on pourrait même dire de l’arrogance : se sentir tellement supérieur qu’on en devient agressif. De l’arrogance avec un arrière-goût de colère revancharde sur les humiliations accumulées depuis le 19ème siècle, les guerres de l’opium et la prise de contrôle britannique de Hong Kong.

Mais cette arrogance risque fort d’être contreproductive.  Elle nuit à l’image de la Chine. Une image déjà terriblement détériorée en Occident : selon une enquête du célèbre institut Pew conduite à l’automne dernier dans 14 pays, 80% des Occidentaux ont une image négative de la Chine. C’est énorme. En résumé : tout le monde reconnait sa puissance économique mais personne n’a confiance. 

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C’est moins vrai dans les pays en voie de développement où la diplomatie chinoise se traduit d’abord par des projets d’infrastructure. Mais à terme, cette même arrogance peut y faire les mêmes dégâts.

Cet excès d’agressivité peut même devenir le talon d’Achille de Pékin. Et les élites chinoises sont suffisamment intelligentes et cultivées pour le mesurer. Il y a quelques mois, l’ex vice-ministre des affaires étrangères Fu Ying avait d’ailleurs alerté sur les risques pour l’image de la Chine. Sauf que le logiciel autoritaire du pouvoir communiste emporte tout sur son passage.

Répétons-le : la puissance retrouvée de la Chine justifie sa fierté et, quels que soient nos désaccords avec elle, cela mérite en tout cas notre respect. Mais son excès d’arrogance peut lui attirer beaucoup d’ennemis.

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