Le Parlement Européen a décerné jeudi le Prix Sakharov des droits de l’Homme à "l’opposition démocratique en Biélorussie". Un coup de pouce supplémentaire de l’Europe aux manifestants qui contestent depuis le mois d’août la réélection du président Loukachenko. Mais est-il vraiment en danger ?

Le président Loukachenko lors d'une cérémonie militaire le 23 septembre
Le président Loukachenko lors d'une cérémonie militaire le 23 septembre © AFP / BelTA / Sputnik

Une nouvelle mobilisation est prévue à Minsk ce week-end, mais depuis quelques jours le régime semble donner des signes d’ouverture. Ca ne paye pas de mine, mais c’est la preuve que derrière ses postures autoritaires et ses discours martiaux, Alexandre Loukachenko n’en mène pas large, et qu’il prend très au sérieux ce qui se passe en ce moment dans les rues de Minsk. 

Le dirigeant biélorusse n’a évidemment aucune intention de jeter l’éponge, comme le lui réclame l’opposition, mais sa stratégie consiste désormais à donner des gages à ses adversaires. Il a par exemple accepté de libérer plusieurs manifestants raflés par la police, après avoir rencontré longuement plusieurs d’entre eux la semaine dernière. Il s’est surtout lancé dans un simulacre de consultation démocratique. Les biélorusses ont jusqu’à ce week-end pour faire parvenir leur contribution, pour ‘amender la constitution’. Objectif : tenter de sortir de cette crise sans avoir à céder le pouvoir, et en donnant le sentiment d’avoir trouvé un compromis avec ses opposants.  

Amadouer l’adversaire, une stratégie payante ? 

En partie, oui. C’est en tout cas ce qu’ont pu constater des observateurs sur le terrain. La mobilisation a quelque peu faibli ces deux dernières semaines. Le week-end dernier notamment, les manifestants n’avaient jamais été aussi peu nombreux dans la rue depuis le mois d’août. Le régime Loukachenko mise sur l’essoufflement du mouvement. 

Et il contre-attaque, de plusieurs manières : d’abord en montrant des signes d’ouverture à moindre frais, ensuite en essayant de faire peur, avec l’annonce que désormais les forces de l’ordre pourront tirer à balle réelle sur les manifestants. Enfin, en organisant des contre rassemblements. Contrairement à ce qu’il avait fait dans les premières semaines de la contestation, Loukachenko ne se contente plus de réprimer, il envoie ses partisans dans la rue, pour montrer qu’il dispose toujours d’un soutien populaire. Voilà comment l’autocrate de Minsk espère sauver sa peau. 

L’opposition espère encore changer la donne 

Et le weekend à venir sera déterminant. Les rassemblements attendus ce dimanche pourraient être spectaculaires et marquer un tournant. Cela expliquerait peut-être pourquoi les manifestants étaient moins nombreux dimanche dernier, pour se "préparer pour le grand jour". Cette date du 25 octobre est symbolique, car c’est le jour même où se termine la consultation démocratique lancée par Loukachenko. C’est également le jour où la cheffe de l’opposition en exil, Svetlana Tikhanovskaïa a lancé un ultimatum pour que le président quitte le pouvoir. Au-delà de cette date, elle appelle à la grève générale. Un moyen d’inscrire le mouvement dans la durée, et lui permettre d’exister au moment d’entrer dans l’hiver. 

La saison rendra plus compliquée les grandes manifestations. Une course de fond plutôt qu’un sprint : les opposants vont devoir faire preuve de patience. Car malgré le soutien de l’Union Européenne, malgré le tapis rouge déroulé à l’opposante Tikhanovskaia à Berlin, Paris ou Bruxelles… L’homme fort de Minsk conserve jusqu’ici son soutien plus solide, son assurance-vie. Vous savez de qui je veux parler ? Vladimir Poutine, évidemment. 

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