Plusieurs militants pro-démocratie étaient dans le box aujourd’hui à Hong Kong. Ils ont tous été placés en détention. Un épisode supplémentaire révélateur du processus en cours : la Chine réprime et impose sa loi. Lentement et sûrement. Et pas seulement à Hong Kong. C'est "le monde d'après".

Les militants Joshua Wong, Ivan Lam et Agnès Chow lors de leur comparution devant le tribunal à Hong Kong ce 23 novembre
Les militants Joshua Wong, Ivan Lam et Agnès Chow lors de leur comparution devant le tribunal à Hong Kong ce 23 novembre © AFP / Miguel Candela Poblacion / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP

C'est réglé comme du papier à musique. Le pouvoir chinois avance. Avec une froide détermination. C’est planifié. Organisé. Pas à pas, jour après jour, Pékin dicte le tempo.

Ce matin, Joshua Wong, Ivan Lam et Agnès Chow n’ont eu d’autre choix que de plaider coupable. Ces trois militants emblématiques de la lutte pour les libertés à Hong Kong, assument leur opposition au pouvoir. Les voilà donc en détention. La semaine dernière, tous les députés pro-démocratie du Parlement local avaient démissionné. Pour protester contre l’exclusion de 4 d’entre eux, par fait du prince, par simple décision du pouvoir exécutif de Hong Kong à la solde de Pékin. Il n’y a donc, par effet en chaine, plus de Parlement digne de ce nom.

Et tout est à l’avenant, depuis la loi sur la sécurité nationale imposée par le pouvoir chinois l’été dernier : quand ils n’ont pas réussi à fuir à l’étranger, les opposants sont harcelés et arrêtés, les dirigeants d’université remplacés, la presse en partie muselée, les libertés restreintes.

Pékin détricote méthodiquement le statut « 1 pays, 2 systèmes » dont Hong Kong était censé bénéficier jusqu’en 2047. Il est bien loin le temps du million de manifestants et des 79 jours d’occupation du centre-ville par le « Mouvement des Parapluies ». Sans coup férir, Pékin impose son diktat à Hong Kong.

Le virus conforte la Chine dans son modèle

Et la même méthode s’applique sur tout ce que fait Pékin; là aussi c’est méthodique. 

Ça vaut pour la purge en cours dans l’appareil juridique chinois. Ça vaut évidemment pour la répression des minorités, notamment les Ouïghours. Le président chinois Xi Jinping concentre les pouvoirs sur sa personne. Et il avance ses pions parce qu’il est convaincu d’avoir raison. 

Une certitude encore accrue par les succès remportés par Pékin dans la lutte contre l’épidémie. Rappelons la situation : la Chine ne compte officiellement que 4634 morts et 86.000 cas. Une goutte d’eau rapporté à 1 milliard 300 millions d’habitants. Le virus est maîtrisé, et tant mieux si c’est grâce à une surveillance généralisée de la population via les codes QR de circulation. Ça s’appelle faire d’une pierre deux coups.

Par effet de contraste, les ravages de la 2ème vague de la pandémie en Europe combinés au chaos post électoral aux Etats-Unis confortent le pouvoir chinois dans sa promotion d’un modèle autoritaire : c’est plus efficace. Et cet argument porte auprès d’une grande partie de la population chinoise. En plus le vaccin pointe le bout de son nez : Pékin en possède 4 en phase de test, dont l’un déjà inoculé à 1 million de personnes. Et pour parachever le tout, l’économie chinoise redémarre : croissance, exportations, les indicateurs repartent au vert, pendant que l’Occident est embourbé dans la crise.

La Chine impose son ordre, elle se sent plus puissante et plus légitime chaque jour.

Le géant a des talons d'Achille

On peut donc se demander si à Hong Kong comme ailleurs, cette montée en puissance de la Chine est inexorable.

Xi Jinping se moque éperdument des critiques sur sa gestion initiale du virus, ou sur les droits de l’homme. Il raisonne en termes d’efficacité, de croissance économique, et de concentration du pouvoir. Conviction simple : mon modèle est le meilleur. Et ça marche sur la scène internationale. La preuve, avec la signature il y a 8 jours de ce vaste accord de libre-échange en zone Pacifique, le RCEP, avec les pays d’Asie du Sud Est, mais aussi le Japon, la Corée et l’Australie.

Pour autant, le film n’est pas terminé. Le colosse chinois a beau avancer méthodiquement, comme si le temps était de son côté, il conserve des pieds d’argile.

A l’intérieur du pays, la corruption et le manque de transparence sont destructeurs à moyen terme. La consommation interne ne suffira pas à porter l’économie. Sans oublier que des rivalités sont possibles au sein du parti communiste.

A l’extérieur, l’image de la Chine n’est pas bonne. Elle a les attributs de la puissance mais elle n’attire pas l’empathie et son discours multilatéraliste ne trompe personne. L’Europe détient d’ailleurs une partie de la clé, tout simplement parce que la Chine a besoin d’exporter. Cesser d’être naïf avec Pékin, hausser le ton sur le terrain commercial, ça reste le meilleur moyen, même indirectement, d’aider les militants pro-démocratie de Hong Kong et d’ailleurs.

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