Emmanuel Macron s'exprime ce soir sur les suites du confinement. Angela Merkel, elle, réunira demain les patrons des 16 régions allemandes sur le même sujet. Et le contraste est saisissant entre la France et l’Allemagne : la gestion du virus révèle deux régimes politiques très différents. C'est le monde d'après.

Angela Merkel le 22 novembre lors du sommet virtuel du G20 alors qu'elle fêtait ses 15 ans au pouvoir
Angela Merkel le 22 novembre lors du sommet virtuel du G20 alors qu'elle fêtait ses 15 ans au pouvoir © AFP / HANNIBAL HANSCHKE / POOL / AFP

En forçant un peu le trait, on pourrait dire : d’un côté la monarchie, de l’autre la démocratie.

Entendons-nous bien, mon propos n’est pas de comparer les résultats sanitaires des deux pays dans leur lutte contre l’épidémie. S’il y a eu 3 fois plus de morts en France, les explications ne sont pas uniquement politiques.Non mon propos c’est de constater à quel point l’épidémie est un révélateur des différences entre les deux sociétés.

Premier constat : en Allemagne, le compromis et la consultation sont prioritaires. C’est une conséquence directe du fédéralisme. Et c’est pour ça que demain, Angela Merkel va réunir les chefs de tous les Länder, de toutes les régions. Comme elle le fait en gros toutes les deux à trois semaines. Objectif : trouver un compromis sur l’évolution des restrictions pour le mois de décembre. Le système est horizontal. Les pouvoirs et les responsabilités sont partagés entre l’Etat central et les régions. De temps à autre ça crée un peu de cacophonie, on en a constaté par exemple ces derniers mois entre la Bavière et la Rhénanie du Nord. Mais ça a le mérite d’imposer la recherche d’un terrain d’entente. Le consensus est une vertu cardinale.

En France, à l’inverse, le compromis est soupçonné d’être entaché de collaboration ou de compromission. On préfère les querelles. Donc pas de compromis. Conséquence : c’est vertical, les décisions tombent d’en haut.  Ça saute aux yeux sur la gestion du virus. En France, il y a donc un risque de penchant autoritaire.

Les libertés au centre en Allemagne

En Allemagne, la question des libertés est centrale. Le mot revient à 25 reprises dans la Loi Fondamentale, l’équivalent de notre Constitution. Et depuis le début du confinement en mars, le débat est permanent et transparent chez nos voisins, sur l’équilibre à trouver entre restrictions sanitaires et préservation des libertés. Les juges en sont les garants. Le pouvoir judiciaire allemand a été saisi à plus de 250 reprises sur les limitations liées au confinement. Et parfois les juges ont mis fin aux restrictions, par exemple en autorisant des réouvertures de bars à Berlin. On y réfléchit à 3 fois avant de limiter les droits. Sans doute parce qu’avec les dictatures nazie et communiste, on a déjà payé pour voir. 

Article du journal allemand Die Zeit sur la gestion de la pandémie en France
Article du journal allemand Die Zeit sur la gestion de la pandémie en France / Die Zeit

La France, elle, gère la crise dans un Conseil de défense qui n’est guère transparent. Conseil de défense, tout est dit. C’est la métaphore guerrière, présente depuis la première intervention d’Emmanuel Macron. Et c’est logique : la Vème République s’est bâtie sur un logiciel militaire, en pleine guerre d’Algérie. L’arsenal répressif est donc toujours prêt à sortir, et avec l’assentiment d’une grande partie de la population. On le voit aussi avec la loi sur la « sécurité globale ». 

La presse allemande n’en revient d’ailleurs pas. Pour elle, certaines mesures françaises sur le confinement, comme les autorisations de déplacement, relèvent, je cite, d’un 

« d’Absurdistan autoritaire ».

Allemagne horizontale et France verticale

Et tout ça renvoie au rôle du chef. En Allemagne, la chancelière doit rendre des comptes devant le Parlement, en toute transparence. Et elle ne concentre pas tous les pouvoirs. En France, tout est pyramidal. C’est une monarchie républicaine. Le chef de l’État doit décider de tout, tout le temps. C’est la tradition bonapartiste, revue et corrigée façon de Gaulle avec l’instauration de l’élection du président au suffrage universel direct en 1962. Le principe du plébiscite. Ça comporte d’ailleurs une part de risque : le chef de l’État est seul, en première ligne. On le voit avec la gestion de la pandémie.

Répétons-le : il ne s’agit pas d’établir un lien de causalité entre ces différences de régime politique et les résultats sanitaires dans la lutte contre le virus. Mais de dresser un constat sur le fossé entre les deux sociétés. Là où les Français attendent un ordre d’en haut « Restez confinés » (pour mieux à la fois obéir à cet ordre et le contester), les Allemands, eux, décident collectivement « Nous allons nous confiner ». C’est très différent.

Il y a quelques jours, le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung signait un édito au vitriol sur la France. On y lit cette phrase : en France, « Die Spitze ist immer recht, selbst wenn Sie irrt ». En France, le sommet a toujours raison, même quand il se trompe.

Et de conclure : « Es braucht ein demokratisches Update ». Il est temps de faire une mise à jour démocratique.

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