Un mois après le coup d’état militaire en Birmanie, les manifestations se poursuivent. Face à la répression qui se durcit, Facebook a décidé de fermer tous les comptes liés à l’armée birmane. Une décision tardive pour le réseau social, longtemps accusé d’avoir laissé prospérer les discours de haine en Birmanie.

Des jeunes birmans dans un internet-café de Rangoun, avant le coup d'Etat de février 2021
Des jeunes birmans dans un internet-café de Rangoun, avant le coup d'Etat de février 2021 © AFP / Sai Aung MAIN

Mieux vaut tard que jamais, diront les mauvaises langues. Cela fait des années que la junte birmane utilise abondamment Facebook pour répandre de fausses informations, attiser la haine communautaire, et maintenant justifier les violences contre les manifestants. 

Il y a quelques jours, une page intitulée True News, et alimentée par les services d’information de la junte, a déjà été interdite. Elle avait notamment servi l’an dernier à orchestrer une campagne pour dénoncer la fraude électorale des dernières élections remportées par le parti d’Aung San Su Kyi. Désormais, tous les comptes liés à l’armée birmane (sur Facebook et Instagram) seront donc fermés. "Les risques de voir l’armée abuser de nos plate-formes sont trop grands" selon le communiqué de l’entreprise de Mark Zuckerberg.

Fake news et photos truquées

Les leçons du passé ont-elles enfin été tirées ? Au moment du génocide des Rohingyas (10 000 morts et 700 000 déplacés vers le Bangladesh), Facebook a joué a un rôle crucial dans la propagation des discours de haine contre la minorité musulmane, à coups de fausses informations et de photos truquées. 

A l’époque, le réseau social n’a pas su agir efficacement. Une passivité coupable dénoncée par une commission d’enquête des Nations Unies. Mark Zuckerberg a même dû venir s’en expliquer devant le Congrès américain. En 2018, plusieurs comptes de personnalités ont finalement été interdits, dont celui du chef de l’armée, et celui du moine nationaliste Wirathu, un militant anti-musulman très influent en Birmanie, et très suivi sur Facebook, puisqu’il comptait des centaines de milliers d’abonnés.

Des mesures jugées insuffisantes

Sous la pression internationale, Facebook également renforcé son système d’alerte, pour tenter d’identifier plus tôt les discours de haine, et recruté une soixantaine de personnes parlant birman pour prendre en charge les signalements des utilisateurs. 

Un premier pas, mais totalement insuffisant, comme le faisait remarquer l’ONG Amnesty International qui a fait la comparaison : en Allemagne, Facebook a embauché pas moins 1200 personnes pour faire le même travail en langue allemande. L’enjeu est considérable : en Birmanie, plus de la moitié de la population utilise Facebook, 30 millions d’utilisateurs, le réseau social est accessible partout, sur tous les téléphones, même les moins coûteux. Et la junte a très vite très bien compris l’intérêt d’utiliser Facebook pour toucher le plus grand nombre et faire passer son idéologie.

Réseau coupé après le putsch

Mais dans cette guerre de l’information, le vent est peut-être en train de tourner. Depuis le coup d’état, le mouvement pro-démocratie est en train de se structurer via les réseaux sociaux. Raison pour laquelle la junte a pris la décision, juste après le putsch, de couper l’accès à Facebook. Une mesure typique des régimes autoritaires. Depuis, le réseau est à nouveau accessible, mais les coupures d’internet sont fréquentes. Comme si la junte avait réalisé que Facebook pouvait être une menace, après avoir été pendant des années son meilleur allié. 

De son côté, le plus puissant des réseaux sociaux semble prendre la situation très au sérieux, et a décidé cette fois de ne pas laisser s’installer l’impression qu’elle observe en simple spectateur ce qui est en train de se passer en Birmanie. 

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