Les États-Unis sont à nouveau confrontés à un afflux de migrants. Le sujet a été éclipsé par la pandémie, la relance économique et les crises avec la Chine et la Russie. Mais il redevient central. Et Joe Biden confie tout le dossier à sa vice-présidente. Un cadeau potentiellement empoisonné. C'est le monde d'après.

Kamala Harris le 24 mars à Washington
Kamala Harris le 24 mars à Washington © AFP / OLIVIER DOULIERY / AFP

C’est la première grosse épine dans le pied de Joe Biden. Le nouveau président américain est en passe de réussir ses 100 premiers jours : la vaccination avance à grands pas aux Etats-Unis, son plan de relance massif a été globalement bien accueilli.

Et voilà le hic : le retour de la crise migratoire à la frontière avec le Mexique. Les candidats à l’immigration affluent à nouveau. Rendus pleins d’espoir par le discours empreint d’humanité de Biden, qui tranche avec les rodomontades de Trump. Pour le seul mois de février, 100.000 personnes en situation irrégulière ont été arrêtées à la frontière. C’est énorme. C’est sans précédent depuis 20 ans.

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Et un phénomène nouveau prend de l’ampleur : le nombre croissant de mineurs isolés qui cherchent à franchir la frontière. 10.000 environ en quelques semaines, parfois très jeunes, 6 ans, 7 ans. Ils sont sans leur famille et se retrouvent entassés dans des conditions précaires.

Le sujet est en train de déclencher une controverse politique aux Etats-Unis, d’autant que la presse a pour l’instant peu d’accès à ces camps de détention de mineurs. Difficile donc de savoir ce qui s’y passe exactement. L’aile gauche du parti démocrate en appelle à la compassion. Les républicains et Trump, à l’inverse, dénoncent une faillite des contrôles de sécurité et un risque de propagation du virus avec les migrants. Le débat a tout pour empoisonner Joe Biden.

Le premier gros défi pour la vice-présidente

Et c’est là qu’apparait Kamala Harris ! Le président lui confie donc le dossier ! On avait presque oublié la vice-présidente. Parce que Joe Biden, depuis sa prise de fonction, il y a deux mois, occupe le devant de la scène sur tous les sujets. Il est très présent, marque des points, ne commet pas d’erreurs. 

Alors que, souvenez-vous, au moment de l’investiture le 20 janvier, c’était elle la vedette. Première femme vice-présidente, métisse de surcroit, et 20 ans de moins que le patron. C’est elle qui suscitait la fascination. Mais depuis elle est un peu retournée en coulisses. Sans véritable portefeuille, sans gros dossier à gérer.

Coucou, la revoilà. Et pour le coup, question gros dossier à gérer, elle est servie. C’est d’abord une marque de confiance de la part de Joe Biden. En lui donnant la responsabilité du sujet migrants, dit le président, j’envoie un message : nous prenons le sujet au sérieux, les gens sauront que 

« Quand elle parle, c’est le président qui parle »

Il s’agit donc d’une vraie délégation de pouvoir : la vice-présidente monte en grade.

Ça c’est pour la forme. Mais c’est vrai aussi sur le fond. La voilà en charge d’un enjeu structurel, majeur sur la scène politique intérieure américaine. Avec en plus une dimension internationale : elle va devoir négocier avec le Mexique et les autres pays d’Amérique Centrale (Guatemala, Honduras, Salvador). Un bon moyen d’acquérir des galons diplomatiques. Bref, ce n’est pas un passe-temps pour amuser la galerie. 

Le pari de la régularisation des sans papiers

C’est du sérieux mais ça peut donc constituer un cadeau empoisonné. L’immigration c’est le sujet sur lequel tout le monde se casse les dents depuis plusieurs décennies, la « patate chaude » par excellence puisqu’il faut concilier des exigences contradictoires sur un thème ultra-sensible.

Côté pile, c’est l’occasion de trancher avec l’absence totale de compassion de Trump qui n’hésitait pas à séparer des familles de migrants. L’occasion aussi de répondre aux attentes d’un électorat latino qui a voté à 60% pour Biden. Côté face, c’est le défi de ne pas apparaître laxiste, dans un pays qui se vit depuis 20 ans comme une forteresse assiégée.

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Gérer mes choix

L’enjeu est de taille : redéfinir une politique migratoire cohérente, avec un nouveau Citizenship Act. Le dernier à l’avoir fait aux Etats-Unis, c’est en fait Reagan il y a 30 ans. Il avait régularisé 3 millions de personnes et opté pour le regroupement familial. Il va falloir faire des choix : 

  • Peut-être régulariser une nouvelle fois, comme s’y est engagé Biden (ça peut bénéficier à 11 millions de personnes). 
  • Décider si la priorité est donnée à l’immigration choisie par la qualification professionnelle.
  • Et, le plus compliqué, trouver des arguments pour convaincre les populations d’Amérique Centrale de rester chez elles, alors qu’elles sont confrontées au chômage, à la corruption, à la violence des gangs.

Si Kamala Harris sort par le haut de ce dossier empoisonné, elle verra singulièrement augmenter ses chances de succéder à Joe Biden dans moins de 4 ans et de devenir la première femme présidente des Etats-Unis. Dans le cas contraire, si elle s’enlise dans ce dossier migrants, elle peut perdre toute chance.

C’est un pari à quitte ou double.

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