L’Institut pour l’Economie et la Paix, un institut de recherche australien très sérieux a publié ce matin son rapport annuel sur le terrorisme. Et cet Index Global du Terrorisme, qui recense tous les actes terroristes dans le monde, ébranle plusieurs idées reçues sur le sujet. C'est le "monde d'après".

Plusieurs attentats à la bombe ont encore frappé Kaboul en Afghanistan le 21 novembre
Plusieurs attentats à la bombe ont encore frappé Kaboul en Afghanistan le 21 novembre © AFP / Haroon Sabawoon / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP

Premier constat de ce rapport : le terrorisme est en recul. En net recul.

Il continue de faire des ravages, c’est un fait, et les statistiques n’enlèveront rien à la douleur des familles de victimes. Mais les chiffres de ce rapport fouillé (plus de 110 pages) sont explicites : les groupes terroristes ont tué 13826 personnes dans le monde l’an dernier. C’est beaucoup. Mais c’est 15% de moins qu’en 2018.  Et sur 5 ans, la baisse, déjà observée l’an dernier (on en avait parlé ici même), s’accentue. Moins 59% en 5 ans. C’est significatif. Il y a un reflux du terrorisme. 

Le nombre de victimes a diminué dans 103 pays l’an dernier, et ce recul concerne toutes les régions de la planète, hormis l’Asie du Sud et l’Afrique Sub Saharienne, on va y revenir. Le nombre d’attaques et de victimes diminue en Europe, en Asie, en Russie, en Amérique du Sud, et même au Proche et au Moyen-Orient. Certains pays comme l’Algérie ou le Pérou n’ont connu aucun mort du terrorisme l’an dernier, un fait sans précédent depuis 2011.

Et ce repli semble s’être encore accéléré sur les premiers mois de 2020, en raison sans doute de l’épidémie de Covid. 13826 morts du terrorisme dans le monde en 2019. C’est 100 fois moins que le nombre de morts dans des accidents de la route. La comparaison peut paraitre déplacée, mais ça donne quand même un ordre d’idée statistique.

Les pays en paix globalement épargnés

Deuxième idée reçue : vu d’ici, on pourrait penser que l’Occident est particulièrement visé.

Faux : le terrorisme, nous dit cette étude, frappe d’abord et avant tout les pays en guerre. 96% des victimes du terrorisme se trouvent dans des zones de conflit, au Moyen Orient, en Afrique, en Asie. Seulement 4% des victimes se trouvent dans des pays en paix.

L’Afghanistan concentre 40% des victimes ! Les Talibans ont beau être engagés dans des négociations de paix, ils continuent de tuer à tour de bras : 5000 morts à leur actif ! Ils sont le plus sanglant des groupes terroristes au monde.

Viennent ensuite Boko Haram et le groupe Etat Islamique, et leurs victimes au Nigeria, en Irak, en Syrie, au Yémen, et dans la bande Sahélienne. Au Proche et au Moyen Orient, le démantèlement du groupe Etat Islamique se traduit dans les chiffres : il a tué 942 personnes l’an dernier, 600 de moins qu’en 2018.

En revanche la dégradation de la situation en Afrique Sub-saharienne saute aux yeux : le nombre de victimes est en hausse exponentielle au Burkina Faso ( 600% !) et augmente fortement aussi au Mali, au Niger, et au Sud-Est de l’Afrique dans un pays dont on parle rarement, le Mozambique.

La poussée du terrorisme d'extrême droite en Occident

Il y a évidemment aussi des victimes en Occident : 108 morts du terrorisme l’an dernier dans les pays Occidentaux.

Mais là aussi : idée reçue. A l’exception de quelques pays dont la France, régulièrement visée des individus se revendiquant du groupe Etat Islamique, le terrorisme principal qui frappe l’Occident est désormais le terrorisme d’extrême droite : les mouvements néo-fascistes ou suprémacistes blancs sont à l’origine de 89 des 108 victimes de l’an dernier dans le monde occidental, plus de 80% du total. Et là encore, le phénomène ne cesse de s’accentuer depuis 10 ans.

Il touche d’abord les États-Unis (on se souvient de la tuerie d’El Paso) et aussi l’Allemagne, le Royaume-Uni, le Canada, la Suède, la Nouvelle-Zélande. C’est un terrorisme nourri par les thèses conspirationnistes via les réseaux sociaux. Il ne frappe que les pays en paix.

Ce bilan statistique sur la poussée en Occident du terrorisme d’extrême droite peut aussi conduire à s’interroger sur la couverture médiatique des attentats liés au radicalisme islamique. Ces actes atroces existent sous nos yeux, à Nice ou Conflans Ste Honorine. Et il faut évidemment tout faire pour les combattre. Mais du point de vue statistique, ce terrorisme, depuis deux ans, tend plutôt à devenir secondaire en Occident.

S’il nous apparait central, c’est d’abord parce qu’il est fortement médiatisé, par les réseaux sociaux comme les médias traditionnels. Un effet de loupe en quelque sorte, qui fait des médias les idiots utiles d’un terrorisme islamique en quête de publicité.

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