Trois semaines après les élections aux États-Unis, les résultats officialisés progressivement ont beau confirmer la victoire de Biden, l’obstruction systématique de Trump semble rendre la tâche du nouveau président très difficile. Mais Biden a des atouts pour surmonter le blocage. C'est le "monde d'après'.

Joe Biden, lors d'un discours le 25 novembre chez lui dans le Delaware, a une nouvelle fois appelé à la réconciliation des Américains à l'occasion de la fête de Thanksgiving
Joe Biden, lors d'un discours le 25 novembre chez lui dans le Delaware, a une nouvelle fois appelé à la réconciliation des Américains à l'occasion de la fête de Thanksgiving © AFP / Ville/Pays Wilmington, Etats-Unis Crédit CHANDAN KHANNA / AFP

Joe Biden a plus d’atouts qu’on ne croit.

Le premier c’est la grande légitimité de sa victoire. Brisons-la avec le numéro de claquette de Trump : les contentieux électoraux déclenchés par son équipe ont quasiment tous échoué. La vérité mathématique, c’est que Biden l’emporte nettement. Il est, au bout du compte, facilement vainqueur.

Sur le cumul du vote national d’abord, même si ça ne compte pas aux États-Unis, il a obtenu plus de 80 millions de voix, un record historique depuis 1900. C’est 6 millions de plus que Trump, 4 points d’écart en pourcentage, c’est considérable. 80 millions de voix, c’est aussi 10 millions de plus qu’Obama en 2008.

Biden l’emporte tout aussi nettement sur le système des grands électeurs. 306 contre 232. Le même succès que Trump il y a 4 ans. Indiscutable. Biden est dans la moyenne des 50 dernières années. 306, c’est plus qu’Obama en 2012, plus que Bush en 2000 ou 2004. Il est élu confortablement.

Il reste l’enjeu du Sénat. Pour pouvoir réformer, Biden a besoin d’une majorité démocrate au Sénat. Et c’est possible, contrairement aux premières estimations : il faut pour cela que les démocrates l’emportent lors des deux élections partielles qui auront lieu le 5 janvier en Georgie. Les sondages les placent au coude à coude avec les Républicains. Or les électeurs démocrates seront très mobilisés.  Et à l’inverse une démobilisation des Républicains est possible, a fortiori si le président sortant savonne la planche de leurs candidats.

La capacité de nuisance de Trump dans son propre camp

Voilà qui nous conduit au pouvoir de nuisance de Trump. On se focalise sur ce pouvoir de nuisance à l’endroit de Biden. Mais Trump peut également nuire à son propre camp. C’est en fait le 2ème atout de Biden.

D’un côté, les Démocrates, boostés par la victoire, vont faire front uni malgré leurs désaccords idéologiques internes. En plus les premières nominations de Biden sont habiles, bien accueillies dans son camp : une équipe expérimentée, autant de femmes que d’hommes, et aussi des noirs, des latinos.

De l’autre côté, le parti républicain pourrait sortir affaibli de l’épisode en cours. Et divisé entre Trumpistes fidèles et républicains légalistes qui ont commencé à lâcher le président. Trump, uniquement motivé par son égo et son ambition personnelle, va probablement chercher à se venger de ces légalistes. En les qualifiant de traitres. Voilà qui peut semer la zizanie dans son camp et pousser quelques élus républicains, notamment au Sénat à voter avec les démocrates sur certains projets de loi. On pense à Mitt Romney ou Lisa Murchowski. Ça peut suffire à faire passer certaines réformes.

Une relance économique qui peut faire consensus

Biden est capable de faire passer des réformes, aussi parce qu’il possède la science du compromis : c’est un vieux loup de mer qui connait tous les arcanes de Washington. Et surtout, la pandémie (270.000 morts aux Etats-Unis) peut lui profiter politiquement. C’est son 3ème atout. Je m’explique.

Qui va vraiment s’opposer, dans le contexte, même dans les rangs républicains, à l’adoption d’un énorme plan de relance économique de mille milliards de dollars ? A fortiori si ce plan prévoit des exemptions d’impôts pour les classes moyennes, des aides ciblées dans certains États républicains, et une logique de création d’emplois publics, façon Roosevelt et son New Deal il y a 90 ans ? Biden est en capacité de trouver des alliés au Congrès pour engager son plan de réforme, qui passe par une relance de la demande et de la consommation intérieure.

L'écueil du complotisme et des "vérités alternatives"

Reste l’écueil principal. Biden va quand même avoir du mal à convaincre les électeurs de Trump ! Les Etats-Unis sont profondément divisés.

Selon plusieurs enquêtes, entre la moitié et les trois quarts des électeurs de Trump le suivent aveuglément et le croient quand il parle d’une élection truquée. L’absence de toute preuve ne les empêche pas d’adopter cette « vérité alternative » qui a tout du mensonge. Biden aura bien du mal à « panser les plaies » comme il le promet, à rétablir le contact avec cette immense partie du corps électoral, abreuvé aux thèses complotistes.

Le conspirationnisme, la défiance vis-à-vis des faits et de la vérité, c’est l’autre épidémie qui gangrène les États-Unis. Et soit dit en passant, nous ne sommes pas à l’abri, de ce côté-ci de l’Atlantique, de la même menace.

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