Hier, trois soldats français ont été tués au Mali, ce qui porte à 47 le nombre de militaires français morts depuis le début de notre engagement en 2013. Ces nouveaux décès doivent nous interroger sur la stratégie à suivre dans toute cette zone du Sahel. Mais toutes les solutions sont mauvaises. C'est le monde d'après

Un détachement français de Barkhane lors d'une opération au Nord du Burkina Faso près du Mali en novembre 2019
Un détachement français de Barkhane lors d'une opération au Nord du Burkina Faso près du Mali en novembre 2019 © AFP / MICHELE CATTANI / AFP

La première option, c’est de ne rien changer, de continuer comme ça. Miser sur la force Barkhane, portée depuis l’an dernier à un peu plus de 5000 hommes. Compter sur les renforts européens de l’opération Takuba, pour l’instant des soldats estoniens et suédois. Et nourrir de l’optimisme après quelques succès militaires récents, notamment l’élimination du jihadiste Abdelmalek Droukdel.

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Seulement voilà tout ça ne mènera nulle part et Paris le sait très bien. L’intervention militaire est enlisée. L’hydre islamiste, amputée ici, réapparait ailleurs. Elle se propage vers l’Est au Niger, vers le Sud au Burkina Faso et au Bénin. Elle instrumentalise les conflits ethniques, se déplace rapidement sur ces terrains compliqués. Et elle possède des armes perfectionnées : on l’a vu hier encore avec cet engin explosif capable de faire sauter un véhicule blindé. A fortiori, tout un symbole, à Hombori, là précisément où le chef d’État major français François Lecointre est venu il y a 15 jours saluer une « amélioration ». C’est réussi.

Le territoire à contrôler est immense, 10 fois la France. Ramené à un contingent de 5000 hommes, ça veut dire que chaque soldat devrait surveiller à lui seul un territoire grand comme 10 fois Paris. Vous avez saisi : mission impossible, quels que soient le courage et la compétence de ces soldats. Rester, c’est donc se préparer à une facture élevée. Avec un coût financier faramineux (1 milliard d’euros cette année). Et surtout un coût humain qui va s’alourdir. Hier, trois jeunes hommes de 21, 23 et 28 ans. Il y en aura d’autres. Parce que cette guerre ne peut pas être gagnée. Donc rester, mauvaise solution.

L'enlisement ou le retrait 

La 2ème option, c'est de prendre ses cliques et ses claques, se retirer militairement. Et franchement c’est tentant. A quoi bon continuer à perdre des vies ? 

D’autres l’ont fait avant nous, l’histoire militaire est, aussi, faite de retraites : de la Bérézina à l’Afghanistan en passant par l’Irak ou le Viet Nam. On peut se dire également que nos soldats pourraient être mieux utilisés ailleurs, face à des menaces plus proches, russes ou turques. Et miser sur le fait que l’armée malienne va bien finir par être prête pour prendre le relais : ça fait des mois que nous sommes censés la former.

Sauf que non. Elle ne l’est pas. Et pas davantage au Burkina voisin. Retirer les 5000 hommes de Barkhane, ce serait donc offrir un boulevard aux deux nébuleuses terroristes présentes au Mali, le JSIM affilié à Al Qaida au Nord, et le groupe État islamique au Grand Sahara plus au Sud. Leur offrir sur un plateau une victoire symbolique : les communiqués de propagande triomphaliste seraient immédiats. Et leur offrir aussi potentiellement une victoire militaire et politique : ces deux groupes sont parfaitement capables de faire tomber les États centraux malien et burkinabé. Donc partir la queue basse, 2ème option, mauvaise solution aussi.

Une négociation à haut risque

La troisième option, c’est de changer de registre et on le sait : faire de la politique plutôt que du militaire. Accepter le débat et la négociation.

La discussion d’abord ici. On aurait bien besoin d’un grand débat public, parlementaire, transparent sur les buts de guerre au Sahel. La commission des affaires étrangères du Sénat semble vouloir l’initier pour le mois de février. C’est un premier pas. 

Et surtout la négociation là-bas. Les dirigeants de la région ne s’en cachent plus : ils veulent négocier avec les groupes armés. Y compris avec le JSIM lié à Al Qaïda, peut-être moins extrémiste que le groupe État Islamique. C’est évidemment très risqué. Les islamistes voudront imposer leurs vues sur l’éducation, la santé ou les droits des femmes. Ils voudront des garanties territoriales et des assurances pour les populations touareg ou peul depuis longtemps marginalisées.

Discuter avec des terroristes ? Inconcevable, dit Paris. Et le fait est que c’est un terrain politiquement très glissant. Il reste l’hypothèse d’agir en sous-main : fermer les yeux sur de telles négociations au niveau local. En aidant le pouvoir malien économiquement. Parce que le terreau de ces conflits, c’est aussi l’absence de services publics, d’écoles, de médecins, de routes, de réseaux électriques, d’adduction en eau.

Négocier avec des terroristes islamistes, même indirectement, ce n’est donc pas non plus une bonne solution. Mais c’est peut-être la moins mauvaise.

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