C'est une onde de choc : les accablantes responsabilités de la France dans le drame du génocide des tutsis au Rwanda mises en évidence dans les conclusions du rapport remis à Emmanuel Macron vendredi dernier sont lourdes de réflexion.

Les restes de victimes du génocide au Rwanda, au memorial du Génocide, à Kigali.
Les restes de victimes du génocide au Rwanda, au memorial du Génocide, à Kigali. © AFP / Steve Terril /AFP

La commission d'experts dirigée par l'historien Vincent Duclert a fouillé pendant deux ans dans les archives pour établir le rôle de la France avant, pendant et après le génocide au Rwanda.  Entre la France et le Rwanda, le poids de ce génocide est immense. Paris est accusée de complicité de génocide par l'actuel pouvoir rwandais, d'une part par son soutien actif avant le génocide, au président hutu Juvénal Habyarimana, à qui notamment Paris livrait des armes. Ensuite, pour l'actuel président rwandais, Paul Kagamé, qui était alors le chef de la rébellion tutsi, la France aurait également facilité le départ des génocidaires hutus vers la République Démocratique du Congo sous couvert de l'opération humanitaire Turquoise. 

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En deux mots : si le rapport écarte la complicité de génocide,  il établit de façon très dure les responsabilités françaises dans ce mécanisme dramatique. Une lecture purement ethnique et binaire, une obstination politique qui confine à la faillite intellectuelle, un aveuglement total à comprendre ce qui se jouait sur le terrain. C'est accablant.  

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Au centre du rapport revient en permanence la figure de François Mitterrand, alors président. A l'origine, il y a cette relation personnelle entretenue avec son homologue rwandais, le hutu Juvénal Habyarimana. François Mitterrand voit en lui un allié stratégique dans sa vision d'une Afrique francophone face à l'influence américaine.  

Auprès de François Mitterrand, il y a son état major personnel: deux militaires qui sont là pour le conseiller: le général Christian Quesnot, et son adjoint général Jean-Pierre Huchon. L'un comme l'autre ont, selon le rapport, "une vision ethniciste du Rwanda", qui vient appuyer la stratégie choisie par François Mitterrand.  

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Le rapport dénonce la tour d'ivoire du pouvoir, son aveuglement. Lorsque des diplomates, des experts, des militaires se hasardent à pointer du doigt les risques de dérives, les dangers  alors que les tentations génocidaires sont déjà visibles, la sourde oreille semble totale.  

Jeter de nouvelles bases

25 ans après le génocide des tutsis du rwandais, le rapport n'amène rien de fondamentalement nouveau, selon les nombreux spécialistes du dossier. Mais c'est la première fois que les choses sont ainsi mises à l'écrit, appuyées sur des archives pas toujours accessibles auparavant.  C'est la base nouvelle sur laquelle la France et le Rwanda peuvent envisager leur relation future. Il n'y a pas toujours pas, par exemple, d'ambassadeur de France au Rwanda. Mais au-delà, c'est tout le rapport de la France à l'Afrique qui peut éventuellement se redessiner, par un regard dépassionné et lucide sur ce qui s'est passé.  Les réactions sont nombreuses. A ce titre, l'interview hier dans le journal le Monde du général Jean Varret est à signaler. Il dirigeait la mission militaire française à Kigali juste avant le génocide, entre 1990 et 1993. 

A travers ses mots, on lit le contexte du drame rwandais, avec ces générations de militaires qui ont ont fait leur carrière juste après la décolonisation, la défaite d’Indochine, la guerre d’Algérie. Une armée dit-il  "qui reprenait confiance chaque petit succès dans les anciennes colonies, au Tchad, en Libye, en Côte d'ivoire"  et qui ne comprenait pas qu'au Rwanda l'avenir ne pouvait passer que "par un partage du pouvoir entre hutu et tutsi." 

La faillite de la realpolitik

Au poids de l'influence de l'armée s'ajoute la concentration de la décision à l'Elysée. Cette relation personnelle entre François Mitterrand et Juvénal Habyarimana, au point d'occulter la capacité à observer froidement la situation réelle, sans être capable d'utiliser ce lien privilégié pour freiner la dérive génocidaire qui se mettait en place alors. Fermer les yeux, au nom de la realpolitik sur du déni de démocratie et des attitudes totalitaires.  

Il est vrai qu'on ne fait pas de géopolitique avec de bons sentiments. Que les choses ne sont jamais simples ni binaires. C'est au nom de la realpolitik, que l'on s'abrite souvent pour justifier qu'on puisse vendre à tel ou tel régime des armes dont on sait le risque qu'elles soient utilisées dans un cadre inapproprié. Cette realpolitik qui sert à justifier encore le soutien à des pouvoirs autoritaires - au nom de la lutte contre le terrorisme par exemple.  

Selon Wikipedia, le mot "realpolitik" signifie à la fois abandonner ses idéaux pour composer avec la réalité mais aussi un manque de vision politique conduisant à un règlement uniquement à court terme des problèmes.  Le Rwanda est la faillite d'une vision éclairée de la realpolitik. Y réfléchir est le moins que l'on doive à la mémoire des 800 000 morts du génocide.

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