A un mois du Brexit, une certitude : l'Ecosse restera au cœur du débat politique au Royaume-Uni. Les indépendantistes écossais du SNP viennent de tenir leur Congrès annuel et leur rêve semble à portée de main.

Nicola Sturgeon, Première ministre d'Ecosse, au Parlement régional de Holyrood, à Edimbourg, le 26 novembre 2020
Nicola Sturgeon, Première ministre d'Ecosse, au Parlement régional de Holyrood, à Edimbourg, le 26 novembre 2020 © AFP / ANDY BUCHANAN

« Je n’ai jamais été aussi certaine que nous réaliserons l’indépendance ».  C’est Nicola Sturgeon qui parle. La Première ministre d’Ecosse a pris la parole samedi au Congrès de son parti, le SNP, un Congrès virtuel cette année.

Et tous les intervenants ont tenu à peu près le même langage. Logique pour un parti nationaliste et séparatiste. Oui mais cette fois, toutes les planètes semblent alignées.

D’abord les sondages sont très encourageants pour le SNP : les quatorze dernières enquêtes d’opinion sur le sujet ont toutes donné le oui à l’indépendance vainqueur, entre 51 et 59%. 

Ensuite les circonstances. Près des deux tiers des Ecossais ont dit non au Brexit en 2016. A l’approche de l’échéance, ils ne veulent pas quitter l’Union européenne.

Pour les Ecossais, Londres n'a pas su gérer la pandémie

Par ailleurs, Londres, disent-ils, prend de mauvaises décisions. La preuve avec la pandémie de Covid. Les conservateurs au pouvoir ont tardé à adopter des mesures de confinement. En Ecosse, les chiffres du virus ne sont guère meilleurs, mais d’après un récent sondage, 74% des Ecossais estiment que Nicola Sturgeon a fait du bon travail dans ce domaine. Ils ne sont que 19% à dire la même chose de Boris Johnson.

Boris Johnson justement. C’est peut-être lui le meilleur agent de recrutement des indépendantistes. 

Depuis les années Thatcher, dont ils gardent un mauvais souvenir, les Ecossais se méfient beaucoup des conservateurs britanniques. Et pour eux, l’actuel Premier ministre incarne cette droite anglaise bien née, qui méprise les autres provinces du Royaume. Autant se réfugier dans les bras du SNP, parti de gauche, pro-UE, loin de la suffisance de Westminster. 

Boris Johnson, lui, multiplie les provocations. 

A la mi-novembre, il a estimé que la plus grande autonomie donnée à l’Ecosse il y a 20 ans était une « catastrophe ».

Ces propos ont été tenus à l’abri des caméras, lors d’une discussion avec des élus conservateurs, mais ont fuité dans la presse.  

Boris Johnson refuse un référendum en Ecosse

Il faut rappeler que depuis 1999, l’Ecosse a son propre Parlement, qui a beaucoup de responsabilités : la santé, l’éducation, le logement… 

Et manifestement, les Ecossais sont satisfaits du travail des indépendantistes. Le SNP est au pouvoir depuis 2007 et part grand favori des élections de mai prochain.

Le parti veut d’ailleurs faire du scrutin un référendum sur le référendum. S’il l’emporte, il verra dans la victoire un feu vert des Ecossais pour organiser une nouvelle consultation.

Boris Johnson refuse ce vote. Il rappelle régulièrement que la question a été réglée pour au moins une génération lors du référendum de 2014. 55% des Ecossais avaient dit NON à l’indépendance.

Le Premier ministre de l’époque, David Cameron, avait accepté la consultation. Or, il faut l’accord de Londres pour que les résultats d’un référendum soient contraignants. 

Donc même si les Ecossais veulent un nouveau référendum et si les sondages donnent le oui vainqueur, la route vers l'indépendance est encore longue.

Les nationalistes du SNP explorent d’autres pistes. Ils envisagent une grande assemblée du parti en janvier pour discuter des moyens légaux permettant d’accéder à l’indépendance si Westminster continue à refuser un référendum.

Mais de toute façon, rien ne sera possible sans une victoire nette des indépendantistes aux élections locales de mai prochain.

Ils doivent pour cela donner encore des garanties aux électeurs : 

  • l’Ecosse peut-elle être autonome sans l’aide financière de Londres ? 
  • En conservant la livre sterling ?  

En clair, les indépendantistes écossais ont-ils les moyens de leurs ambitions ? Voilà une question à laquelle ils n’ont jamais vraiment su répondre. 

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