L’année 2020, qui s’achève, aura été marquée évidemment par l’épidémie de Covid. Et le plus flagrant quand on regarde la carte du monde, c’est à quel point la gestion de la pandémie aura conduit au fil des mois, à la restriction des libertés presque partout sur la planète. C’est le « monde d’après ».

Les QR code et le traçage numérique sont devenus la règle en Chine, ici dans le métro de Pékin
Les QR code et le traçage numérique sont devenus la règle en Chine, ici dans le métro de Pékin © AFP / Ville/Pays Beijing, Chine Crédit Zhang Chenlin / XINHUA / Xinhua via AFP

Commençons par les dictatures et les régimes totalitaires. Pour eux, le virus c’est pain bénit. C’est ce que démontre une grande enquête publiée mi-décembre par l’institut suédois IDEA, un think tank spécialisé sur l’état de la démocratie dans le monde.

90% des régimes autoritaires ont profité de la pandémie pour imposer des mesures liberticides. Avec deux formes principales.

La première, c’est l’instauration de la surveillance généralisée, via les technologies numériques. L’exemple type c’est la Chine. Codes QR, reconnaissance faciale, le fichage du milliard 400 millions de Chinois s’est accéléré, au nom de la lutte contre la propagation du virus. La pandémie est tombée à pic pour un président chinois Xi Jinping désireux de renforcer son contrôle sur la population. On retrouve le même phénomène dans d’autres pays, par exemple le Viet-Nam : épidémie contrôlée, mais surveillance systématique et censure sur les réseaux sociaux.

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La deuxième facette, c’est la répression des grands mouvements de contestation socialequi avaient marqué 2019. Le virus a servi d’alibi idéal pour mettre toutes les contestations sous l’éteignoir, en Algérie, en Égypte, en Turquie ou au Nicaragua. Interdiction des rassemblements au nom de la lutte contre l’épidémie, et par la même occasion, arrestation d’opposants, de journalistes, de blogueurs, etc.

Bref, la pandémie c’est l’argument de rêve pour tous les potentats.

La dérive des démocraties

Les démocraties s’en tirent à peine mieux. Toujours selon cette étude de l’institut suédois IDEA, 66 élections ont été annulées ou reportées au cours de l’année. Et près de la moitié des démocraties ont adopté des mesures de restriction des libertés sans lien avéré avec l’impératif sanitaire.

L’état d’urgence a été instauré dans près de 60% des démocraties, et le confinement a d’abord mécaniquement réduit la liberté de mouvement et de circulation. Ça, ça peut se défendre du point de vue sanitaire. 

Mais il y a plus troublant :

  1. Les stratégies de surveillance numérique, en démocratie aussi. C’est flagrant en Israël, ou à Singapour. Où le traçage des malades est opéré avec les moyens habituellement réservés à la lutte antiterroriste.
  2. Les atteintes à la liberté d’expression ou à la liberté de la presse, prétendument pour combattre les fausses informations sur l’épidémie. Il suffit de regarder la Hongrie ou la Pologne.
  3. Le renforcement systématique des pouvoirs de l’État central : législation par ordonnances en France, limitation de l’autonomie des régions en Espagne.

Et bien sûr, les atteintes aux libertés sont encore plus manifestes dans les démocraties les moins stabilisées, les plus récentes :

  • Usage de la force au Sri Lanka,
  • État d’urgence à durée indéterminée aux Philippines, 
  • Report des élections quasiment sine die, peut-être en juin prochain, en Éthiopie.

Le risque de s'habituer à l’état d'urgence

Pour 2021, il y a une inconnue : c’est la situation sanitaire, puisque c’est elle qui est brandie pour justifier ces atteintes aux libertés.

Mais quand bien même l’épidémie refluerait, il n’est pas dit que les libertés perdues en chemin reviennent toutes. D’abord parce que le processus était engagé avant la pandémie : toujours selon l’institut IDEA, le virus a simplement accéléré une évolution, une érosion démocratique déjà enclenchée.

Ensuite parce qu’on s’habitue. C’est la formule du juriste américain Douglas Rutzen

« Il est facile d’instaurer des pouvoirs d’urgence, difficile de les déconstruire »

Les gouvernements s’habituent à avoir plus de pouvoirs, à exercer la contrainte, a fortiori dans un contexte de replis nationalistes. Et les populations, elles aussi, s’habituent à voir leurs libertés restreintes par un État invasif. Ça peut même aller plus loin :  réclamer des hommes forts au nom d’une prétendue efficacité. 

L’État d’urgence peut donc très bien devenir la règle dans un mélange de lutte contre la pandémie et contre le terrorisme.

Pourtant, les exemples de la Nouvelle Zélande, de Taïwan ou de la Norvège le démontrent : il n’est pas besoin d’être autoritaire et d’attenter aux libertés pour être efficace contre le virus. On peut être une démocratie transparente et s’en sortir très bien.

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