Le Brésil vit des heures difficiles. A la situation sanitaire dramatique s’ajoute désormais une vraie crise politique entre le président d’extrême droite Jair Bolsonaro et l’Etat-major de l’armée. Les semaines, voire les jours qui viennent, s’annoncent incertains. C’est le « monde d’après ».

Des partisans de Bolsonaro défilent ce 31 mars devant la plage de Copacabana à Rio pour célébrer les 57 ans du putsch militaire de 1964
Des partisans de Bolsonaro défilent ce 31 mars devant la plage de Copacabana à Rio pour célébrer les 57 ans du putsch militaire de 1964 © AFP / MAURO PIMENTEL / AFP

Il a tout faux. Depuis un an, Jair Bolsonaro a tout faux sur la pandémie, un révélateur implacable de son irresponsabilité et de son obscurantisme.

Le président brésilien d’extrême droite n’en a pas raté une. Il a d’abord qualifié le virus de « petite grippe », puis il s’est fait l’apôtre de l’hydroxycholoroquine, s’est opposé au port du masque (il a fini par se raviser), a dénigré la vaccination, a cherché à empêcher toute mesure de confinement, a dénoncé « les pleurnicheries de la population ». Et il regarde la pandémie comme la volonté de Dieu. Il est très proche, rappelons-le, des Églises évangéliques.

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Résultat : le Brésil connait sans doute la situation sanitaire la pire au monde. Près de 4000 morts lors de la seule journée d’hier. 320.000 morts en un an (chiffre officiel) mais de nombreux médecins avancent un bilan réel deux fois plus lourd. Les hôpitaux sont débordés, les chances de survie en réanimation très faibles. Et la vaccination est lente.

Pour couronner le tout, la catastrophe est également économique et sociale. Le Brésil est en train de quitter le cercle des pays émergents, pour revenir dans ce qu’on appelle « la carte de la faim » : 1 Brésilien sur 3 vit en insécurité alimentaire. La grande pauvreté explose. Plusieurs entreprises internationales plient bagage. Le géant d’Amérique Latine est en régression. 

Un échec sur toute la ligne face au virus

Et le voilà donc en plus au bord de la crise politique: les événements des dernières heures sont encore plus inquiétants.

Jair Bolsonaro dévoile peu à peu un visage proche du fascisme des années 1930. Les similitudes sont frappantes. Cet ancien capitaine d’artillerie sans envergure est arrivé au pouvoir par les urnes, légitimement, il y a 2 ans et demi. Et désormais, il semble prêt à tout pour conserver ce pouvoir. En l’espace de 48h, il vient de renvoyer 6 ministres, dont ceux des Affaires étrangères et de la Défense. Et de faire face, un événement sans précédent, à la démission simultanée des 3 plus hauts gradés de l’armée, notamment le patron de l’armée de Terre, le général Edson Leal Pujol.

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Or de nombreux indices laissent penser que ces officiers ont refusé « une politisation des garnisons ». Autrement dit ils se sont opposés à la tentation de Bolsonaro d’envoyer l’armée pour empêcher les mesures de confinement décidées par des élus régionaux, voire pour prendre le contrôle du Parlement et de la Cour Suprême.

Il y a fort à parier que le dirigeant d’extrême droite n’a pas renoncé à cette idée. Il est soutenu par une partie des sous-officiers de l’armée, nostalgiques de la dictature militaire, et pas nécessairement en bons termes avec le haut commandement.

En plus, tout ça se produit à la veille d’une journée à forte portée symbolique : demain c’est le 1er avril, date de commémoration du putsch de 1964, qui avait instauré 20 ans de régime militaire au Brésil. Bref, le climat est délétère.

Un  bras de fer incertain face à l'état-major de l'armée

Et donc le contre-pouvoir, c’est en train de devenir l’état-major de l’armée, sacré paradoxe… Avec évidemment un autre risque : ces hauts gradés, qui ont toujours regardé le « petit » capitaine Bolsonaro avec condescendance, peuvent eux aussi avoir la tentation de prendre le pouvoir.

Au Brésil, l’état-major de l’armée continue de se sentir garant de l’unité nationale, détenteur du bien commun. L’armée apparait comme un garde-fou, aux yeux d’une partie de la société, par exemple une haute bourgeoisie qui finit par se lasser des incohérences de Bolsonaro. En 1964, c’est officiellement « au nom du peuple » que l’armée avait d’ailleurs pris le pouvoir. Puis la dictature s’était installée avec ses attributs : arrestation des opposants, torture, censure.

Il demeure, quand même, d’autres contre-pouvoirs. Lula, l’ancien président de gauche, leader autant charismatique que controversé, vient de revenir dans le jeu politique.

Et surtout il y a les dirigeants de régions et de grandes villes. Dans ce pays en partie décentralisé, nombre d’entre eux ont instauré des couvre-feux et des confinements, en conflit ouvert avec Bolsonaro. Cas emblématique : Sao Paulo, le poumon économique du pays, et son gouverneur Joao Doria, classé à droite, à qui l’on prête des ambitions politiques nationales. Il dénonce un « négationnisme » de Bolsonaro.

Dans cette démocratie jeune, non stabilisée, les ingrédients sont réunis pour rendre l’avenir proche imprévisible. Et pendant ce temps, les malades tombent comme des mouches. Le Brésil vit des heures sombres. 

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