Ce soir c'est l’ultime débat télévisé entre candidats en Allemagne, à trois jours d’élections qui vont tourner la page de 16 ans d’Angela Merkel. Dans les sondages le SPD social-démocrate fait la course en tête. Question : le centre gauche est-il de retour en Europe, ou est-ce un effet d’optique ?

Olaf Scholz et le SPD, ici en meeting à Cologne le 22 septembre, font la course en tête dans les sondages en Allemagne
Olaf Scholz et le SPD, ici en meeting à Cologne le 22 septembre, font la course en tête dans les sondages en Allemagne © AFP / Malte Ossowski / SVEN SIMON / SVEN SIMON / dpa Picture-Alliance via AFP

Il y a encore 3 ou 4 mois, personne n’aurait misé un centime sur une victoire des sociaux-démocrates chez nos voisins. Le SPD était englué autour de 15% et son candidat, Olaf Scholz encore surnommé « Scholzomat », pour son côté automate. La lente descente aux enfers de la social-démocratie semblait se poursuivre.

Et la victoire semblait destinée, soit une nouvelle fois à la CDU de centre droit dépositaire de l’héritage Merkel, soit aux Écologistes un temps grisés par les sondages.

Tout a changé pendant l’été. Scholz a refait son retard, en imposant une image de calme et de compétence. Et désormais toutes les enquêtes pré-électorales mettent le SPD en tête, vers 25/26%. 4 points devant la CDU, 10 points devant les Verts. On verra dimanche à 18h. Mais comme le vote par anticipation devrait bien atteindre 30%, le temps devient compté pour renverser la tendance.

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Et si le SPD se retrouve aux manettes, il promet déjà quelques mesures authentiquement social-démocrates : hausse du salaire minimum de 2€, amélioration des allocations chômage, hausse de la fiscalité des plus riches, investissements publics dans les crèches, les énergies renouvelables, le numérique. Des axes qui seront sans doute confortés s’ils font alliance au gouvernement avec les écologistes. Donc oui, il y a potentiellement là un retour inattendu du centre gauche.

Le retour d'une puissance publique légitime

En plus il n’y a pas que l’Allemagne et là aussi, c’est un peu la surprise du chef pour les sociaux-démocrates en Europe, qui paraissaient entrainés dans un irrémédiable déclin partout sur le continent.

A cet instant, les 5 pays du Nord de l’Europe sont dirigés par le centre gauche : Danemark, Suède, Norvège, Finlande, Islande, même si l’Islande vote également dimanche et pourrait basculer à droite. A cette liste ajoutons des pays du Sud : Espagne, Portugal.

Le dernier à avoir assisté au retour des sociaux-démocrates c’est la Norvège il y a quelques jours. Le probable futur premier ministre norvégien Jonas Gahr Störe évoque 

« le retour d’une force motrice de la social-démocratie »

Même en Suède, juste avant l’été, les sociaux-démocrates donnés perdants ont réussi à rester au pouvoir. Et sur ce coup, je l’avoue, je m’étais trompé en pronostiquant l’inverse. Au temps pour moi.

Alors comment expliquer cette renaissance social-démocrate ? Je vois au moins deux raisons

Et de un, la pandémie de Covid a rendu ses lettres de noblesse à l’Etat Providence. L’intervention de la puissance publique, par le système de santé, par le soutien à l’économie (le « quoi qu’il est en coûte) redevient légitime. Or c’est l’une des marques de fabrique de la social-démocratie. En Allemagne, une nouvelle génération d’économistes prône ouvertement une politique d’endettement et de dépenses publiques.

Et de deux, le centre droit devenu central en Europe ces 20 dernières années, est confronté à l’usure du pouvoir. Un classique. Merkel en est l’exemple type. Usure d’autant plus forte que le centre droit subit la rivalité idéologique des droites radicales voire extrêmes.

Une illusion d'optique liée à un paysage politique éclaté

Est-ce pour autant le grand retour du centre gauche ? Non, c'est un effet d’optique, un trompe-l’œil.

D’abord, toutes ces victoires électorales récentes sont souvent des victoires petit bras. 25/26% des voix. Très en-dessous des 35 ou 40% des 20 dernières années du 20ème siècle. Les sociaux-démocrates ont une illusion de victoire, alors qu’ils font seulement la moins mauvaise performance des grands partis, dans un paysage politique de plus en plus éclaté en 1000 morceaux, et de plus en plus radicalisé.  On est loin de ce qu’on appelait le Lagerkampf en Allemagne, le duel bipolarisé des deux grands partis.

Ensuite, il y a des succès de circonstance. Par exemple, cette fois-ci en Allemagne, si le SPD est donné en tête, c’est aussi parce que son leader Olaf Scholz est apparu, à titre individuel comme le véritable héritier de Merkel. Un gage de rigueur et de stabilité. Ce n’est pas un tournant idéologique.

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Enfin, l’éclatement du paysage politique contraint à des gouvernements de coalition. Et ça relève parfois du gymkhana. Par exemple, en Suède, j’y reviens, où certes le centre gauche a sauvé sa tête, mais au prix d’un montage baroque avec les écologistes et le centre droit. 

On pourrait tout à fait assister à la même scène en Allemagne. Les votes, s’ils sont très disséminés, pourraient imposer une coalition à trois. Par exemple sociaux-démocrates / Verts / Libéraux. Et là ça devient la carpe et le lapin. Vu que les Libéraux sont les gardiens du temple de l’orthodoxie budgétaire. On ne dépense pas. Dans ce cas, pas sûr que se mette en place une politique de centre gauche.

Bref, attention au miroir déformant. Il n’y a pas de retour à une adhésion massive aux idées de la social-démocratie. 

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