Au Royaume-Uni, le Parti conservateur de Boris Johnson est réuni cette semaine à Manchester pour son Congrès annuel. Le Premier ministre britannique a des raisons de se réjouir, mais il est aussi confronté à ses premières difficultés sérieuses post-Brexit.

Boris Johnson au deuxième jour du Congrès du parti conservateur lundi 4 octobre 2021 à Manchester.
Boris Johnson au deuxième jour du Congrès du parti conservateur lundi 4 octobre 2021 à Manchester. © AFP / OLI SCARFF

Si l'on se met dans la peau d’un militant du parti conservateur, on aura quelques raisons d’applaudir avec ferveur Boris Johnson lors de son discours mercredi 6 octobre à la tribune du Congrès des conservateurs.

D’abord, les Tories, se portent bien. Ils devancent assez nettement l’opposition travailliste dans les intentions de vote. 

Par ailleurs, le Labour qui tenait son Congrès la semaine dernière a exposé ses divisions, entre l’aile gauche et les modérés qui soutiennent le chef du Parti, Keir Starmer.

Les Conservateurs, plutôt unis, ont toujours une large majorité à la Chambre des communes. Merci Boris, qui a conduit le parti à la victoire il y a deux ans. 

La gestion de la pandémie de Covid a été efficace. Certes, le bilan est lourd (au moins 68.000 morts), mais les restrictions ont été limitées et la campagne de vaccination a été un modèle du genre. 

Enfin, Boris Johnson avait promis des partenariats avec d’autres pays pour compenser la sortie de l’Union européenne, le fameux concept de « Global Britain ». Pas très clair jusqu’ici. Mais en septembre, le Royaume-Uni a signé un accord militaire avec les Etats-Unis et l’Australie, l’alliance AUKUS. Cerise sur le gâteau : la France est furieuse de ce sale coup et de la perte du contrat des sous-marins avec Canberra.

File d'attente dans les stations-service

Mais les dernières semaines ont été moins réjouissantes. Premières images embarrassantes : les files d’attente devant les stations-service. Conséquence du Brexit : le Royaume-Uni manque de main d’œuvre bon marché, notamment de chauffeurs routiers qui venaient souvent d’Europe de l’est, pour livrer du carburant. Les automobilistes se sont rués sur les pompes à essence. Des stations ont dû fermer leurs portes. La situation reste tendue à Londres et dans le sud-est de l’Angleterre. Quelque 200 militaires ont été déployés aujourd’hui pour livrer du carburant. 

Ces soucis d’approvisionnement touchent les supermarchés. Boris Johnson lui-même a admis que certaines marchandises pourraient manquer à Noël. Scénario cauchemar pour le gouvernement. 

Le Royaume-Uni cherche aussi des bouchers, des employés d’abattoir. 120.000 porcs pourraient être tués puis incinérés. Impossible de les traiter et de découper la viande. Il n’y a pas assez de travailleurs. 

Le gouvernement a décidé la semaine dernière d’accorder plus de 10.000 visas provisoires pour trouver de la main d’œuvre.

Autre problème : la hausse des prix du gaz. Comme partout, y compris en France, elle est liée à plusieurs facteurs, dont la reprise soudaine de l’économie. Mais outre-Manche plus qu’ailleurs, le manque de vent a joué un rôle important : les éoliennes n’ont pas tourné à plein régime. La flambée des prix est donc encore plus impressionnante. 

Et au Royaume-Uni, les tarifs sont plafonnés pour protéger les consommateurs. Plusieurs fournisseurs ont donc mis la clé sous la porte.

Les conservateurs réfléchissent à d'autres hausses d'impôt

Et face à cela, la stratégie de de Boris Johnson n’est guère lisible. La force de Boris Johnson c’est d’être parvenu à séduire les électeurs des classes défavorisées qui avaient l’habitude de voter à gauche, en faveur des travaillistes. 

Aujourd’hui, ce sont eux, les ouvriers, les bas salaires, qui sont les premières victimes de la hausse des prix de l’énergie. Ils pourraient se détourner des Conservateurs, d’autant que le dispositif de chômage partiel mis en place pour amortir les effets économiques de la pandémie de Covid vient d’être stoppé, la semaine dernière.

Pour éviter l’effondrement du système de santé, Boris Johnson a aussi dû accepter une hausse des prélèvements sociaux, et il n’exclut pas d’autres augmentations d’impôts. Presque un gros mot chez les Conservateurs.

Sur la durée, il sera difficile de satisfaire à la fois les classes ouvrières qui se sont jetées dans bras de Boris Johnson et les électeurs libéraux fidèles aux Tories. 

Autre défi : couper définitivement les liens avec l’UE, en finir notamment avec le protocole nord-irlandais, cette frontière entre la Grande-Bretagne et l’Irlande du Nord, pour éviter d’en récréer une autre entre les deux Irlande. 

Mais Bruxelles ne semble pas disposé à faire des concessions, et pas de chance, c’est la France, pas très anglophile ces temps-ci, qui prendra la présidence de l’Union en janvier.

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