Au moment où la crise diplomatique bat son plein entre Paris et Washington, l’institut de recherche de l’École Militaire publie un rapport sur les réseaux d’influence de la Chine, rapport dévoilé par France Inter. Comme si Paris renvoyait dos à dos Washington et Pékin. Au risque de l’isolement.

Le ministre des affaires étrangères Jean Yves Le Drian a vivement critiqué l'attitude des Etats-Unis
Le ministre des affaires étrangères Jean Yves Le Drian a vivement critiqué l'attitude des Etats-Unis © AFP / Attila KISBENEDEK / AFP

Ils ne sont fiables, ni les uns. Ni les autres. Ni les Américains ni les Chinois. Voilà le sentiment qui tend à émerger devant cette double actualité. Et c’est peut être précisément l’effet recherché par les pouvoirs publics français.

D’un côté, il y a donc les Américains. On a compris : le gouvernement français se sent trahi par Washington. Et d’abord par Washington, plus encore que par l’Australie. Le rappel des ambassadeurs à Paris, geste assez rare, est surtout l’expression d’un sentiment désagréable de s’être fait rouler. De ne jamais avoir été correctement prévenus de ce qui se tramait en coulisses. Ce n’est pas la rupture du contrat qui pose problème en soi. C’est la question de la confiance.

Verdict : Washington pas fiable.

Et dans la foulée, voici donc ce rapport édifiant de l’institut de recherche de l’École militaire. 650 pages, une somme d’une ampleur sans précédent, qui décrit par le menu tous les relais d’influence de la Chine en France, et surtout toutes ses manœuvres de désinformation. Des opérations de plus en plus professionnalisées. Verdict à la lecture des 650 pages : Pékin pas fiable non plus. 

Autrement dit, résultat des courses de la séquence complète, vu de Paris : on a bien raison de se méfier des Américains comme des Chinois. 

Un rapport qui tombe à pic

Évidemment un rapport de chercheurs ne peut pas être mis sur le même plan qu’une crise diplomatique ! A ceci près que ce l’IRSEM n’est pas un institut de recherche tout à fait ordinaire. Il est certes composé d’une soixantaine de chercheurs, pour moitié résidents, pour moitié associés. Ce sont des professionnels de tous horizons, basés dans plusieurs pays. Et ce rapport a probablement été conduit en toute indépendance.

Néanmoins, l’IRSEM est aussi l’institut de recherche de l’École militaire. Autrement dit, rattaché au ministère des Armées. De ce point de vue, on a du mal à penser que cette somme de 650 pages sur la Chine n’a pas été, à tout le moins, lue au plus haut sommet de l’État, avant publication. Et si le document avait déplu, il ne serait peut-être pas paru. 

Autrement dit, la publication de cette enquête n’est sans doute pas faite pour déplaire au gouvernement français. Ce n’est sans doute qu’un hasard du calendrier mais elle tombe à pic pour rappeler qu’il faut se méfier aussi de la Chine. Déduction logique de cette double défiance :  la seule position sage, pour la France, dans le grand enjeu géostratégique de la zone Indo Pacifique, c’est de se tenir à distance des deux grandes puissances, Pékin comme Washington.

Le pari du Ni Ni, malin et risqué à la fois

Ce pari du Ni Ni est à la fois intelligent et risqué.

C’est intelligent parce que de fait, il est peut-être prudent de ne pas se laisser entraîner dans un face à face dangereux entre grandes puissances. Il y a des bruits de bottes en Mer de Chine méridionale. La marine chinoise ne cesse de se développer. Et une offensive militaire, par exemple sur Taïwan, n’est pas à exclure, un jour ou l’autre. Les États-Unis n’auraient alors d’autre choix que de riposter. Et il ne serait pas forcément pertinent pour la France de se laisser embarquer dans le conflit.

C’est intelligent aussi, parce que c’est une nouvelle façon pour Paris de réaffirmer la nécessité d’une indépendance européenne en matière de Défense. C’est un appel du pied, en particulier aux Allemands, pour accélérer l’Europe de la Défense. Vu que d’un côté la Chine est un rival « systémique », c’est la formule de Bruxelles. Et de l’autre, on ne peut plus faire totalement confiance aux États-Unis, donc à l’OTAN.

Enfin c’est malin sur le plan de la tactique politique. Alors que la campagne électorale présidentielle débute, ça permet à Emmanuel Macron d’adopter une posture gaullienne : la grandeur de la France, son indépendance, qui n’est le valet de personne mais veut parler à tout le monde d’égal à égal.

Bref, ça se défend. Mais c’est risqué. D’abord parce que les grandes puissances américaine et chinoise regardent la posture française d’un œil un peu condescendant. Et surtout parce que la probabilité est élevée de se retrouver tout seul sur cette position. Nos voisins européens misent toujours sur l’OTAN, sur la suprématie militaire américaine et n’ont pas coupé le cordon avec Washington.

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