Ce jour là, très ému, Alain Rey faisait sa dernière chronique sur France Inter. L'occasion de dire "salut"

Alain Rey
Alain Rey © Getty

Quel vocable choisir lorsque le mot de la fin est vraiment final? 

Adieu me paraît décourageant. En outre, pour ceux qui n'y croient pas au ciel, la formule serait soit hypocrite, soit fictive. 

Au revoir n'est pas pertinent à la radio et au réentendre ne se dit pas. Dommage. Reste salut et saluez. 

Donc salut, c'est le mot de la fin

Son registre du salut est meilleur que celui du départ qui parle de séparation ou de celui du regret. Regret de ne pas retrouver à la prochaine rentrée, ces auditrices et ces auditeurs que j'ai appris à un peu connaître et à beaucoup respecter. Des centaines m'écrivent et me "courriellent". Je les remercie et les salue donc avec reconnaissance. Ils ne peuvent imaginer à quel point leur amitié est tonique. 

À ceux qui apprécient mes histoires de mots, je redis : 

Ce sont les mots qui ont du talent et non ceux qui en parlent. 

Or, il faut parler de ce qui est dit au nom de la lucidité et de la vérité. Aucun mot le matin ne m'a jamais déçu. Tous ont quelque chose à dire et c'est autre chose que ce que profère les langues de bois. Pas une fois en treize ans de chroniques. Un mot choisi m'a laissé tomber. Tous révélaient de petites ou de grandes vérités, à commencer par les mauvais traitements qu'on leur fait subir. Je salue donc à la fois les auditeurs de France Inter et les mots de la langue française. Les premiers sauront se passer de mes propos. Les seconds se sentiront un peu plus délaissés. Ils en ont l'habitude. 

Une chaîne de radio est un lieu de sons et de signes, musique et paroles. De musique, on continuera d'en parler. Des voix, on en ouïra d'inouï. Mais des paroles, des mots, des words, des wörter, des palabras, des paroles, paroles. En sera t il encore question? 

Et du français, toujours aimé, mais souvent bousculé, oublié, ignoré. Deux institutions en sont garantes. L'École, les médias. Or, elles sont, ou bien malades ou bien coupables. Seuls les francophones peuvent les sauver, et la sauver cette langue. Et les francophones, c'est vous, c'est nous tous. 

Le salut, c'est ce qui sauve. C'est au moins le souhait de sauvegarde et de santé. Aujourd'hui, ça veut dire aussi bien "bonjour", que votre jour soit bon, que "au revoir" ou "au réentendre". Et à bientôt. A+ dit-on aujourd'hui. 

Salut et Fraternité n'est pas seulement une formule révolutionnaire. J'ajouterais auditeur cher, salut et liberté et salut et merci à mes amis et amies de France Inter qui sont venus si nombreux dans ce studio. Salut, je ne vais pas énumérer des noms propres, vous l'avez fait tout à l'heure. Salut à tous et bonne chance à France Inter. 

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