"A ne pas confondre avec le mot fête !" En décembre 1998, le célèbre linguiste disparu cet automne nous redonnait le sens du mot de la période de la fin de l'année que nous traversons et celui, plus gai, de "festivités".

"Festivités" avec Alain Rey
"Festivités" avec Alain Rey © Getty / VICUSCHKA

Alain Rey : "Il ne faut pas confondre "festivités" et fêtes". Les fêtes désignent en particulier la période où nous nous trouvons : cette parenthèse entre Noël et le Jour de l'An chère aux pays de traditions chrétiennes. Les confiseurs et leur utile trêve nous permettent de souffler un peu. 

La fête a vaguement conservé sa valeur religieuse initiale. Mais le mot a dérivé vers des activités toutes profanes assumées par des mots de la même famille comme "festoyer", "festin", "festival" et même "feston" qui fut un ornement de fête, aujourd'hui évincé par les guirlandes de Noël et autres scintillants. "Festivités" qui vient de l'adjectif "festivus" en latin fait partie de cette sympathique série. Cet adjectif avait fourni au vieux français un adjectif : "festif" qui a disparu au XVIIIe siècle, avant de ressusciter grâce à l'anglais, "festiv". "Festif" est aujourd'hui très "in".

"Festivités" présente lui aussi une carrière à éclipse. 

Au Moyen-âge, il désignait une fête précise, et les réjouissances qui l'accompagnaient. Tombé aux oubliettes ensuite, le mot réapparaît à l'époque du Directoire. Il est surtout employé au pluriel et souvent avec un petit peu d'ironie. Par rapport à "fêtes", "festivités" apporte l'idée de gaîté et d'atmosphère exceptionnelle. 

Le cher Brillat-Savarin qui célèbre tout au long de La Physiologie du goût les plaisirs raisonnés de la table, y décrit les vaisselles raffinées, qui, écrit-il donnent au repas "une teinte de luxe et de festivité". La festivité est alors, on le voit, une qualité festive qui confère aux repas et aussi aux réunions, aux sorties, aux plaisirs sociaux, et parfois même aux programmes de télévision aujourd'hui un caractère exceptionnellement agréable. 

Les "festivités" pour employer le mot "à la moderne" ne sont pas toujours à la hauteur de ces intentions

C'est peut-être qu'on a fait primer la dépense, et quand on peut, le luxe sur l'essentiel qui est l'esprit de fête fondé sur l'oubli des soucis et des contraintes habituelles, et sur l'amitié sur l'affection sur le plaisir de l'échange, et celui du don. Voilà dans les fêtes et les festivités. 

Et même sans caviar, et même sans guirlande, l'esprit de festivités que je vous souhaite avec en prime une année sans trouble-fête. Mais ce serait miraculeux !"

=> Retrouvez la chronique précédente sur la parité 

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