Les musiciens qui publient des livres c’est assez fréquent, les écrivains qui sortent des disques c’est plus rare. En cette rentrée littéraire l’autrice Chloé Delaume se lance avec un premier album « Les fabuleuses mésaventures d'une héroïne contemporaine ».

Prolongement musical de son dernier roman « Le cœur synthétique », qui vient de paraître au Seuil, l’album de Chloé Delaume n’est pas un bonus. C’est une œuvre à part entière.  

Un mariage un peu funèbre, où les synthés des années 80 épousent l’écriture souvent « lucidaire » de la romancière. Oui à la fois lucide et suicidaire. 

D’une manière générale, l’incursion des écrivains dans la musique est souvent plus déroutante, et même plus risquée, que celle des musiciens dans la littérature.  

Les troubadours plumitifs sont d’ailleurs plus nombreux que l’inverse. En France, Bertrand Belin, Mathias Malzieu ou Dominique A publient régulièrement. Et Olivia Ruiz vient de triompher en librairie. 

Aux Etats-Unis, on peut évidemment citer l’immense Patti Smith ou le prix Nobel de littérature, un certain Bob Dylan. 

« Murder most foul » morceau fleuve qui retrace l’histoire de la violence américaine s’écoute autant qu’il se lit. Mais si la continuité est évidente pour un poète-musicien, faire chanter un écrivain c’est autre chose. Michel Houellebecq par exemple ! Son album « Présence humaine » sorti en 2000 sur le label Tricatel constituera pourtant un sommet du genre. Attention, c’est culte. 

Les classes moyennes, le célibat : les thèmes de la littérature "houellebecquienne" rencontrent une atmosphère de porno 70’s. Et dans cet album, Michel Houellebecq parvient même à chantonner ! Ce qui est rarissime. 

Car les écrivains en musique sont plutôt adeptes du chanté-parlé, c’est ce qu’on appelle, en anglais le « spoken word ». Et le héros du genre c’est l’écrivain de la « beat generation » William Burroughs et sa voix inimitable.

Au panthéon de la littérature en musique figure ainsi cet album «Dead City Radio » orchestré dans les années 90 par la crème de la scène expérimentale new-yorkaise.  

Mais celui qui a probablement le mieux réussi à passer de la littérature à la musique, c’est incontestablement Boris Vian.  

Sortie en 1955 « La complainte du progrès » n’a rien perdu de sa justesse comme la longue liste de chefs d’oeuvres enregistrés par Boris Vian. Après avoir tourné le dos à la littérature, il avait choisi d’investir totalement la musique , devinant, peut-être, que le son serait le support littéraire de demain !  

  • Légende du visuel principal: En cette rentrée littéraire l’autrice Chloé Delaume se lance avec un premier album « Les fabuleuses mésaventures d'une héroïne contemporaine ». © AFP / ULF ANDERSEN / AURIMAGES
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