Ce matin, le trompettiste Ibrahim Maalouf, à l’occasion de son 40ème anniversaire, nous offre 40 mélodies, mais surtout, le plus émouvant de tous ses albums…

Il y a dans le vibrato d’Ibrahim une impérieuse supplique, qui exprime toute l’urgence du monde, d’un monde parfois mis à mal, d’un Orient déchiré, par l’incurie, la violence, ou la tragédie accidentelle d’une explosion, une de plus, qui affecta son Beyrouth natal, Beyrouth, qui est presque entrée dans le langage commun pour exprimer la dévastation… C’est Beyrouth ici… 

Mais aussi, il y a un sentiment extatique que seul l’Orient peut engendrer. Beyrouth encore, c’est ainsi qu’Ibrahim a nommé la mélodie prenante qui va suivre, un chromatisme plaintif suivi d’un arpège ascendant, et puis une résolution majeure, la possibilité d’un bonheur, entrevu furtivement. Un bonheur qui passerait simplement par la paix, le refus d’accumuler les malheurs les uns après les autres. Beyrouth qu’il arpenta après la guerre, et l’on entend sa promenade méditative sur les ruines de son Paradis perdu.

La trompette d’Ibrahim, juste accompagnée par son fidèle guitariste, François Delporte, n’a peut-être jamais atteint une telle puissance émotionnelle, sonnant comme un enfant qui jouerait tantôt un appel solennel, tantôt une ritournelle envoûtante. La ritournelle, cette comptine, un ear worm, un ver d’oreille, les Anglais désignent ainsi ces mélodies entêtantes qui vous restent dans la tête toute la journée. C’est ça aussi, le talent d’Ibrahim, composer des ritournelles et les développer en fugues lyriques et débridées soutenues par des rythmiques implacables qui à force d’être retenues explosent comme des feux d’artifice...

En rejouant ses plus belles mélodies dans le plus simple apparat, il y a une prise de risque  ?

C’est ça qui est bon. Sur un fil et pourtant encore plus d’intensité, encore plus d’émotion. Et puis ces duos, Sting, Marcus Miller, Matthieu Chedid, Alfredo Rodriguez et bien d’autres, ses amis qui l’ont accompagné et qu’il a accompagné tout au long d’un parcours qui fait rêver plus d’un musicien, remplir Bercy au son d’une trompette orientale. Si on lui avait dit ça enfant, au Conservatoire d’Etampes, l’aurait-il cru ? C’est pas de l’intégration réussie ça ? 

La Trompette classique relevée par les épices de son Liban originel... Quand tes origines deviennent des parures qui viennent orner l’éducation universelle que tu as reçue, c’est là qu’il est le futur. Quant à moi, je pense avec regret à ces concours d’improvisation au début du 20ème siècle qui réunissaient dans le Caucase les meilleurs musiciens Azéris, Arméniens, Géorgiens, pour des joutes de poésie et de musique improvisée qui duraient des semaines, quand aujourd’hui, on n’entend plus que le bruit des bombes..  Allez Ibrahim, un dernier son pour la route…

  • Légende du visuel principal: Ibrahim Maalouf en 2019 © AFP / VALERY HACHE
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