« Billie Holiday ne chantait que la vérité » raconte son amie Sylvia Syms dans un documentaire qui sortira demain au cinéma. Un film guidé par 200 heures de témoignages inédits.

La chanteuse Billie Holiday enregistre l'album "Lady in Satin" au studio Columbia Records en décembre 1957 à New York City, New York.
La chanteuse Billie Holiday enregistre l'album "Lady in Satin" au studio Columbia Records en décembre 1957 à New York City, New York. © Getty / Michael Ochs Archives

D’où vient cette voix ? Comme sortie des entrailles rougeoyantes de la terre et traversée des plus âcres souffrances... C’est celle reconnaissable entre toutes de Billie Holiday. On y entend le monde se fissurer.  

Extrait Film « Billie »

« Billie Holiday ne chantait que la vérité » raconte son amie Sylvia Syms dans un documentaire qui sortira demain au cinéma. Un film guidé par 200 heures de témoignages inédits. Musiciens, amants, amis, proxénètes et agents du FBI : tous ont été interrogés, dans les années 70, par une journaliste qui tentait de percer le secret de la voix de Billie et donc de sa vie. 

De trop battre le cœur de Billie Holiday s’est arrêté le 17 juillet 1959 elle avait 44 ans.  

Pourquoi les chanteuses de blues qui sont « au top » meurent-elles toutes si tragiquement se demande le crooner Tony Bennet ? Billie lui aurait répondu que comme tous les musiciens de blues elles « essaient de vivre 100 jours en un seul ». 

Mais si l’alcool et les drogues y sont pour beaucoup, ils ne suffisent pas à comprendre son inéluctable destin ni son incroyable charge vocale.  

Extrait « God bless the child »

« Beni soit l’enfant qui s’en est sorti tout seul » chante-t-elle. Ce ne sont pas seulement les traumatismes de l’enfance qui hantent sa voix, ni ses amours destructrices avec d’affreux bons-hommes. Ce sont aussi les discriminations raciales. Voilà la vérité que chantait Billie Holiday. 

Si elle était surveillée par le FBI ce n’était pas que pour la drogue. Ces chansons parlaient de la ségrégation et provoquaient des émeutes à New-York comme le rapporte, dans le film, le jazzman Charlie Mingus.  

Elle, la première femme noire en tournée avec un orchestre blanc, interdite dans les hôtels et rentrant dans les salles de spectacle par la cuisine, se saisira un jour de ce terrible poème « Strange fruit »… 

Extrait « Strange Fruit »

Publié en 1937 « Strange fruit » évoque le corps d’un Noir pendu à un arbre, image de lynchage courante dans le sud des Etats-Unis. Quand elle le chante la bouche de Billie se tord, sa voix se fend et une partie de la salle se vide. Cette interprétation plus encore que le texte change le cours de l’histoire et ouvre la voix. Avec Billie Holiday la musique est désormais un cri. 

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