Retour sur deux ans d'émissions cultes : de 1976 à 1978. Quand une psychanalyste prenait la parole à la radio : "Lorsque l’Enfant paraît" : six à dix minutes, pas plus, disait-elle pour « rendre un peu de bon sens dans la relation parents-enfants ».

Françoise Dolto (ici en septembre 1981) présentait la séquence "Lorsque l'enfant paraît" sur France Inter
Françoise Dolto (ici en septembre 1981) présentait la séquence "Lorsque l'enfant paraît" sur France Inter © Getty / Louis MONIER/Gamma-Rapho

Les réponses apportées par Françoise Dolto aux problèmes de l’enfance ont été choisies parmi les 375 heures d’enregistrement en fonction de leur pertinence et du traitement du sujet.

Il faut l’imaginer dans son fauteuil violet, derrière son bureau, dans son cabinet rue Saint-Jacques à Paris, avec deux micros : Jacques Pradel lit les lettres sélectionnées par sa fille, Catherine Dolto, et Françoise les commente et répond aux questions. 

Les thèmes abordés dans cette émission : la rentrée scolaire, l'école maternelle, le danger. 

►►► ÉCOUTER - Françoise Dolto #2 : Une psychanalyste à la radio 

►►► ÉCOUTER - Françoise Dolto # 3 : la sexualité des enfants

►►► ÉCOUTER - Françoise Dolto # 4 : Parler de la mort à son enfant

Extraits de ces entretiens

"Quand il n'y a pas de jalousie de l'enfant qui naît, c'est très mauvais signe. L'enfant précédent doit montrer de la jalousie parce que c'est pour lui un problème  : c'est la première fois qu'il voit tout le monde admirer quelqu'un de plus jeune que lui. Il faut faire le bébé pour être admiré ? Alors qu'il croyait que c'était en devenant une grande personne, un grand garçon une grande fille, qu'il serait bien vu... C'est un problème".

Le bon sens, c'est de savoir que l'enfant qui a une réaction insolite, a toujours une raison.

Les caprices de l'enfant

"On parle des "caprices" de l'enfant. Les caprices s'installent parce qu'on les appellent des caprices. En fait, quand un enfant présente tout à coup une réaction insolite qui gêne tout le monde(beaucoup de mamans le savent parce qu'elles se débrouillent assez bien avec ces débuts de caprice) c'est de comprendre ce qu'il se passe. Un enfant ne veut plus avancer dans la rue. Mais : peut-être ne veut-il pas les chaussures qu'il a ? Peut-être ne veut-il pas aller de ce côté-là ? Peut-être marche-t-on trop vite ? […] Les caprices, à mon avis, c'est quelque chose qui vient d'une incompréhension de l'enfant. Il ne se comprend plus parce que l'adulte ne se comprend plus

Préparer l'enfant à l'entrée à l'école

"Je crois que ça vient de la préparation. Pas plus tard que l'été dernier, j'étais dans le jardin et j'entendais dans celui d'à côté (on ne me voyait pas) une petite fille qui applaudissait l'arrivée de son parrain. C'était une fête, la voiture arrivait, il venait en vacances... Ce monsieur descend de voiture, il voit la petite : 

- "Oh, comme tu as grandi ! Oh bah tu vas bientôt à l'école !" 

Alors elle lui dit d'un air ravi et pleine de son importance : 

- Oui, je vais entrer à l'école !

- Ah bah tu vas voir ! Tu vas voir que c'est pas drôle ! Il faudra rester tranquille, il ne faudra pas courir ! Tiens, tu vois, tu mets tes doigts dans ton nez, il ne faudra pas faire ça ! Et tes petits camarades, il faudra te défendre, tu sais ils vont te tirer les nattes ! Comment ? Tu vas garder tes nattes ? Il faut te couper les cheveux !"

Vraiment, le tableau de l'horreur... la petite était dans la fête avant l'arrivée de son parrain, on ne l'a plus entendue.

Voilà une enfant qui, par le discours d'un parent qui voulait la taquiner, probablement, simplement, a été complètement effondrée. Et je suis sûre que cette enfant a gardé des traces parce que, deux mois après, elle avait sa rentrée... 

Quand un enfant refuse d'aller à l'école

Il y a aussi des enfants qui attendent la rentrée avec impatience et puis, ils arrivent à l'école, ils sont pris en troupeaux, ils ne s'y attendaient pas. Je crois qu'il y a des écoles, heureusement, qui accueillent autrement les enfants, mais pas toutes. Et ces enfants, quand ils reviennent, que leurs mamans viennent les chercher,  sont très anxieux le deuxième jour - et le troisième jour ils ne veulent pas y aller. Je crois qu'il y a une progression à faire. Il ne faut pas prendre de front à un enfant qui a une certaine phobie de l'école qui s'installe.

Autre chose : le papa pourrait peut-être un jour, sur son travail, pour aller chercher ou pour conduire l'enfant à l'école le matin. Mais je dois dire qu'il y a beaucoup d'enfants, parce qu'ils doivent aller à l'école, sont obligés d'aller d'abord aller chez une gardienne - ce qu'ils faisaient pas avant, la maman ne travaillait pas. Et là, il y a beaucoup de choses auxquelles ils ne s'attendaient pas. Il faut se lever de très bonne heure ( alors que pour eux l'école, c'était aller avec d'autres, et jouer) - et puis, pas du tout. La maman ne les avait pas prévenus qu'ils iraient chez la gardienne, de la gardienne à l'école, que la gardienne viendrait les chercher, et qu'ils ne verraient la maman que le soir. 

Je crois qu'il faut dire aux enfants ce qu'il va se passer sans leur faire craindre, en leur montrant qu'on est avec eux.

Les enfants ont besoin de ça. Si un enfant est éteint à l'idée d'aller à l'école, je crois que la maman ou le papa peut beaucoup les aider en leur disant "tiens, je t'ai apporté une image, ou un ticket de métro, quand tu t'ennuiera à l'école, tu l'auras dans ta poche, c'est Papa qui t'a donné le ticket de métro. Tu auras déjà plus confiance". Des choses comme ça. 

Les petits ont encore besoin de la présence des parents à l'école. Ce milieu où les parents ne sont pas, c'est insolite. 

Il faut que les parents se fassent représenter par quelque chose qu'ils ont donné à l'enfant, pour qu'il ait confiance en lui. Et puis ça passera.

Pourquoi les enfants ne savent pas raconter ce qu'ils ont fait à l'école

Il y a encore une chose qu'il faut dire aux parents : c'est que l'enfant ne peut pas parler de ce qu'il s'est passé à l'école, ils ne le savent pas. Quand il est dans son milieu familial, il ne peut parler que de ce qu'il se passe dans le milieu familial, de ce qu'il pense actuellement. L'enfant est très présent dans le présent. On lui demande "Qu'est ce qu'il s'est passé à l'école ?" et on le gronde parce qu'il ne peut rien raconter. 

Il faut le savoir :  c'est juste quand il est dans l'école qu'il pourra raconter, dans l'entrée de l'école, mais pas plus tard quand il est dehors et quand il est dans la famille.

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