Ce soir c'est France Inter + de Tribunal des flagrants délires, l’émission culte de Claude Villers qui, chaque jour, de septembre 1980 à juin 1983 interrogeait le prévenu-invité. Plus de 350 personnalités sont passées en jugement sur France Inter. Le 1er octobre 1982, Jean Yanne est appelé à la barre.

Jean Yanne
Jean Yanne © AFP

Claude Villers : "Accusé, levez-vous, déclinez vos nom, prénom, âge et qualité... "

Sur sa qualité, Jean Yanne répond : "J'ai toutes les qualités". 

Claude Villers : "Accusé, Jean Yanne, vous êtes inculpés de désinformation et de propagation de fausses nouvelles, car vous écrivez l'Histoire de façon très personnelle, entre autres, avec votre dernier film qui a pour titre Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ. Vous êtes également inculpés d'excès de vitesse parce que nous trouvons que vous écrivez cette histoire trop vite, ce qui, en latin, se dit curriculum vite fait. Et vous êtes également inculpé d'attentat aux bonne mœurs et de nécrophilie puisque vous vous amusez avec une langue morte, c'est parfaitement dégueulasse !"

Claude Villers : "Vous vous appelez Jean Yanne, de votre vrai nom Jean Gouyé, vous êtes né le 18 juillet 1933 aux Lilas, en Seine-Saint-Denis. Vous avez fait vos études au lycée Chaptal à Paris, puis au Centre de formation des journalistes (CFJ). Vous avez été journaliste à la RTF Numéro 1, à Radio Télé Luxembourg en 1952, et chansonnier aux Trois Baudets. Puis, sous avez été animateur à Europe 1, de 1959 à 1961. Ensuite, vous êtes passé à l’ORTF de 1961 à 1964 et à Radio Télé Luxembourg de 1964 à 1969. Et puis là, vous êtes partis dans le domaine du cinéma..."

Mai 1968

A la question de Claude Villers : "Vous avez dit au juge d'instruction que l'on vous avait volé beaucoup de choses dans la vie. Entre autres, en 1968, vous aviez lancé tellement de devises sur les ondes que vous les retrouviez sur les murs de Paris."

Jean Yanne a répondu : "Je n'ai pas dit qu'on m'avait volé beaucoup de choses. Je dis simplement que c'est vrai que pendant mai 1968, j'étais un des seuls à ne pas faire la grève. J'avais d'ailleurs une bonne raison parce que si je faisais la grève, je n'étais pas payé. Par conséquent, j'avais trouvé plus confortable de ne pas être gréviste et de continuer à faire des émissions. Et pendant toute la durée de mai 1968, on faisait une émission sur RTL où on avait un certain nombre de personnages, dont un type qui s'appelait le CRS Bourdin. Et on lançait évidemment des slogans, bien sûr. Comment comme on était les seuls à être diffusés, les gens reprenaient nos slogans, entre autres. Il y avait : 

"Ni Dieu, ni maître-nageur"

C'était un truc dont j'étais assez fier. J'ai eu d'autres idées : pour les chansons, j'avais trouvé "Quand elle faisait sa lessive, elle était tellement lascive..." Je trouvais que cette rime était d'une telle richesse. Dans une chanson pour Line Renaud, j'ai été attaqué par l'ambassade du Portugal parce que j'avais écrit "Quand tu danses le fado…" et on m'a dit "Ça se danse pas le fado, ça se chante !"

Mais sinon, nous sommes bien sûr les témoins de notre époque et évidemment, il faut bien reconnaître les choses telles qu'elles sont : 

Mai 1968 était une grande farce. On ne peut pas en parler maintenant avec émotion. 

Le syndicalisme est évidemment un pouvoir dangereux, mais heureusement, il est compensé par le fait que les syndicalistes passent plus de temps à manifester qu'à agir. Donc, pour un sketch, j’étais parti de l'idée que si les syndicats prenaient l'argent des cotisations et le plaçaient en Bourse à le faire fructifier, ils auraient plus de résultats qu'en manifestant. Avec cet argent, ils pourraient prendre des participations dans les usines et finalement les posséder ! "

Loyauté, liberté et... Julio Iglesias

Claude Villers : "A la question du juge d'instruction sur votre qualité préférée chez un homme, vous avez répondu : "la loyauté" et à celle sur votre qualité préférée chez une femme : 

La loyauté aussi parce qu'un homme ou une femme, c'est sensiblement la même chose.

Claude Villers : "Vous dites que votre idéal de bonheur est "la liberté, la liberté totale qui permet de faire ce qu'on a envie de faire exactement au moment où l'on a envie de le faire". Parce que bien sûr, il y a la liberté générale : vivre dans un pays libre, ne pas craindre d'être emprisonné et ne pas avoir peur des gendarmes ou de la Gestapo. 

Mais, il y a la liberté qui consiste à dire non, ce truc là m'emmerde, je ne le ferais pas."

A la question : Il y a-t-il des hommes que vous admirez particulièrement ? Vous avez répondu : 

"Julio Iglesias, évidemment ! Il est grand, il est beau, il chante, il écrit, et il embrasse bien. Il traverse la vie avec une inconscience absolue, il a des maisons à Miami. Il a écrit sa vie : j'ai lu son livre : absolument admirable. Il y a un chapitre entier où il raconte comment il s'habille : "Je mets d'abord ma cravate..." C'est extraordinaire !"

Les sonneries militaires

Pendant l'émission, il est souvent question de l'armée. Après avoir rappelé qu’il a fait son service militaire pendant la Guerre d'Algérie : "c’est nul, on a perdu !" Jean Yanne évoque les sonneries militaires : "Toutes les sonneries ont des chansons. Quand le général arrive, on peut penser à : "un général, c’est une légume, ça mange, ça boit, ça chie, ça fume..." Il n'y a pas un seul militaire qui ne connaît pas ça. Et le général le sait très bien lui aussi. Ce qui fait qu'il arrive en face de 1500 types qui sont en train de penser ça. Lui-même ne peut pas ne pas y penser. Il ne peut pas ne pas se dire : « il n'y a pas seul type en ce moment qui ne soit pas en train de se foutre de ma gueule. Je vais les saluer. Je vais me mettre au garde à vous… » 

Coca-cola

Parmi les choses que Jean Yanne regrette, il y a par exemple, "des films, des émissions, des textes pour la publicité : "J'ai écrit pour la publicité et j'ai même fait un jingle pour Coca-Cola. J'avais mis "sain et délicieux". Mais le type voulait pas que je me mette "frais et délicieux". Alors je lui ai dit : "mais une bouteille, ce n'est pas toujours frais, et si elle est tiède, elle est quand même saine… Mais on m’a répondu d’éviter le mot "sain".
 

Sur son prix d'interprétation à Cannes en 1972

Pierre Desproges : "Vous souvenez-vous de ce que vous avez répondu dans une émission au sujet de votre rôle dans le film Nous ne vieillirons pas ensemble de Maurice Pialat avec Marlène Jobert ? Et en particulier au sujet de cette scène où vous êtes seul au volant de cette voiture avec les yeux gonflés de douleur ?"

Jean Yanne : "Oui, j'ai dit que j'avais collé mon texte sous le volant et qu'évidemment, pour pouvoir le lire, ça me faisait les yeux. Parce que c'est la vérité. Tout comme, je suis mort plusieurs fois au cinéma, mais c'est pas vrai, je ne suis pas vraiment mort.  Alors on sait bien que les dames qui pleurent, on leur colle de la glycérine dans les yeux. "

Pierre Desproges : "Mais en faisant cela, vous ne jouez pas le jeu. Par exemple, si on demande à Yves Montand, il répond : "Oui, jouer un rôle, c'est énormément de travail, je me suis mis dans la peau du personnage pendant trois semaines, je n'ai pas mangé etc. 

Jean Yanne : "J'ai eu un prix d'interprétation pour ce film où j'avais des scènes où j'étais couché sur le dos avec Marlène Jobert à côté de moi. Mon texte était punaisé au plafond ! Et après je la prends dans mes bras, ce que j'avais à dire était dans le mur derrière elle. Plutôt qu'un Premier prix d'interprétation masculine à Cannes, j'aurais dû avoir un premier prix de lecture !"

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