La rentrée encore !! Et de nouveau ça conteste, ça revendique et ça proteste et pourtant on décompte depuis 1958, 22 réformes de l'éducation alors que faire, enfin ?

Ecole : pourquoi ça coince en permanence ?
Ecole : pourquoi ça coince en permanence ? © Getty / Skynesher

Depuis 1968, 22 réformes de l’éducation nationale ont eu lieu. Elles ont fait descendre 20 millions d’élèves dans la rue. Des réformes que l’on doit à des personnes aussi différentes que Michel Debré, Edgar Faure, René Haby, Alain Savary, Jean-Pierre Chevènement, Alain Devaquet, Lionel Jospin, François Bayrou, Xavier Darcos, Francois Fillon etc… La dernière réforme en date est signée Jean-Michel Blanquer et elle déclenche la furie des enseignants. 

Le contrôle continu 

Juliette Perchais : « C’est une bonne chose, cela va dans le sens d’une évolution mondiale. Mais ce dont on peut discuter, c’est de la manière dont la réforme s’est conduite. En Finlande, par exemple, on prend le temps. En amont d’une réforme, on voit comment on peut la mener, on repère les blocages, et on cherche comment les lever. 

Pour reformer leur collège, qui est devenu une sorte de collège unique comme le nôtre, ils ont mis 5 ans. Les Finlandais ont commencé par le Nord de leur pays dont les établissements sont plus homogènes. Les décideurs ont observé comment cela fonctionnait pendant deux ans. Puis progressivement ils ont appliqué la réforme en descendant vers le Sud de la Finlande et ils ont terminé par Helsinki, un lieu plein de défis. » 

Michel Fize : « Michel Blanquer, comme ses prédécesseurs, n’osera pas supprimer le bac. Dans un premier temps j’étais plutôt content de voir du contrôle continu. 40% de contrôle continu alors que Monsieur Fillon s’était cassé les dents sur 10% en 2005… Le ministre actuel a compris que ce qu’il appelle le travail continu est une meilleure alternative, mais son contrôle continu, ce sont des mini-sessions, des mini-bacs, donc on est en train de démultiplier les épreuves du bac. 

Ce n’est pas ça, le contrôle continu. Et d’ailleurs quand on est un peu utopiste comme moi, on pourrait envisager un bac sans note. Il faudrait apprécier les résultats de l’élève mais aussi sa personnalité, ses efforts, ses capacités d’organisations notamment dans le cadre de travail de groupe, son sens de l’initiative, ses capacités d’écoute ou pas. Tout un ensemble d’évaluations sans note. Mais là, on part d’une bonne idée, le contrôle continu à un dégraissage du bac au mois de juin. »

Les polyexclus : ils sont 1500 et ne tiennent pas en classe. Que faire avec eux ? 

Juliette Perchais : « On doit donner plus de moyens. »

Michel Fize : « Je ne suis pas favorable pour envoyer un élève qui pose problème dans des classes relais sans demander l’accord de la famille. On oublie que la méthode d’enseignement produit aussi de la violence. 

On sait maintenant qu’il n’y a pas d’élève mauvais, mais des élèves pour lesquels le système n’est pas fait. Il existe des jeunes pour lesquels la méthode pédagogique uniforme ne leur convient pas. Si on prend les travaux d’Howard Gardner sur les sept intelligences. Si on applique et que recherche chez chacun l’intelligence qu’il recèle … Il n’y aurait plus de mauvais élèves, plus d’échec. Il faut adapter l’enseignement et les méthodes pédagogiques à la personnalité des élèves. »

Le dédoublement des classes

Michel Fize : « Dédoubler, c’est bien, mais si on ne change pas les méthodes, et le regard sur l’élève, ça ne marche pas. En diminuant les effectifs des classes, on devrait en profiter pour éduquer autrement. On devrait dédoubler des classes de 4e et de 3e : c’est l’âge ou on a le plus besoin d’autonomie. »

Marion Armengod : « Sur le papier, c’est génial, mais dans les faits pas du tout. Il y a un problème structurel : il n’y a pas assez de salles de classe pour accueillir deux classes à la place d’une. Surtout, il n’y a pas assez d’enseignants : dans un département comme la Seine-Saint-Denis, on envoie un contractuel qui n’a pas de formation dans l’autre groupe ! » 

Juliette Perchais : « Le dédoublement est une très bonne chose. Mais encore une fois c’est lancé dans des conditions déplorables. Les enseignants se dépatouillent seuls. »

La suite à écouter...

  • Guillemette Faure, journaliste et essayiste, co-auteure de : Pourquoi les enfants de profs réussissent mieux (Ed Les Arènes).
  • Marion Armengod, journaliste, a enseigné dans le 93. Auteure de : Ils ont tué l’école. Tout ce que les profs ne peuvent pas dire (Ed du Seuil).
  • Juliette Perchais, enseignante en banlieue parisienne. Auteure de : L'Éducation n’est pas une science exacte (Ed Kero).
  • Michel Fize, sociologue, auteur de : L'École à la ramasse (Ed L’Archipel).

LIVE : CLEA VINCENT & CAMILLE BAZ BAZ

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