Chanteuse lyrique et chef d’orchestre invitée dans le monde entier, Nathalie Stutzmann a souffert de l’arrêt brutal de son activité. Comment vit-elle ce séisme aujourd'hui ? Quel impact a-t-il eu sur sa manière d'exercer et sa soif de musique ?

Nathalie Stutzmann
Nathalie Stutzmann © Radio France / Vincent Josse

Nathalie Stutzmman a plusieurs cordes à son arc, tout à la fois contralto et chef d'orchestre, elle est aujourd'hui directrice artistique de l'orchestre symphonique de Kristiansand en Norvège, après avoir dirigé pendant dix ans l'orchestre de chambre Orfeo 55. Ce n'est pas sans difficulté qu'elle a vu ses activités musicales coupées dans leur élan.

Sans musique, sans public et sans la scène, je me sens comme une junkie sans sa drogue.

Mais retrouver la scène, après l’arrêt cinglant de la Covid 19, n’est pas si simple. Pour cette artiste dont l’agenda est plein plusieurs années à l’avance, il faut aujourd'hui affronter le flou, le vide et l’angoisse irrationnelle qui a conduit à de nombreuses annulations de concerts. Qui peut prédire dans quelle situation nous serons en octobre 2020 ? s'interroge-t-elle.

Il y a un vent de panique général qui est assez affolant. On passe nos vies à se projeter et soudain, on est dans le flou total.

En tant que chef d'orchestre, une autre contrainte majeure s'est imposée à elle : les mesures de distanciation physique qui conduisent les orchestres symphoniques à alléger leurs dispositifs. Mesure qui n’est pas sans conséquences sur le choix du répertoire. Ainsi, elle a dû revoir à la baisse un important projet autour de Beethoven, sacrifiant au passage la célèbre neuvième symphonie, trop gourmande en chanteurs. La chef d’orchestre s’explique : "Il faut qu’on soit souple et inventif sans déformer ce qu’on fait, quand ça dérange l’esthétique musicale je préfère changer de programme."

En attendant, les contraintes nourrissent son désir de jouer : "J’espère que le jour où l’on pourra se retrouver tous ensemble, on aura une telle faim que ce sera formidable".

Nous les musiciens, on utilise toutes ces émotions et ces horreurs pour les traduire en art.

Les invités
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.