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Thibaut de Saint Maurice revient sur une expression qui s'est imposée ces derniers mois au début de nos mails et nos messages : "j'espère que vous allez bien". Si la politesse peut devenir suspecte, et sembler hypocrite, elle est indispe...

Thibaut de Saint Maurice revient sur une expression qui s'est imposée ces derniers mois au début de nos mails et nos messages : "j'espère que vous allez bien". Si la politesse peut devenir suspecte, et sembler hypocrite, elle est indispensable parce qu'elle est avant tout morale et conditionne la bonne entente. *

"J'espère que vous allez bien" : une politesse hypocrite ? À mon tour : J'espère que vous avez bien ce matin ! Alors certes, la formule existait avant le début de la crise sanitaire, mais depuis un an, vous l'avez remarqué, elle s'est généralisée avec des variantes : "J'espère que vous allez bien en cette période difficile, ou en cette période singulière, ou en cette période inédite" ; "j'espère que vous et vos proches êtes en bonne santé", "j'espère que vous tenez le coup"… Il y a même plusieurs articles qui s'en sont fait l'écho dans la presse et, avec à chaque fois, le même constat et rapidement la même critique :  Ce serait une formule un peu vaine qui ne dit pas grand chose On espère que les autres aillent bien, mais on le formule d'une façon qui n'est pas vraiment interrogative et qui fait qu'on n'attend pas vraiment de réponse. Bref, ça ne serait que de la politesse et en tant que tel donc, un espoir pas vraiment sincère, mais plutôt hypocrite. On espère parce qu'il faut bien, parce que ça se fait alors qu'en fait le bien des autres, sauf des proches, et dans ce cas, on n'espère pas, mais on leur demande vraiment comment ils vont, le bien des autres nous importerait assez peu. Ce qui nous importe, c'est ce qui vient en fait après dans le message.  Alors, faut-il pour autant cesser d'être poli ?  Eh bien, je ne crois pas que, contre toutes les critiques dont la politesse fait l'objet, qu'il faille pourtant ne pas sauver la politesse, la sauver tout en sachant bien ce qu'elle est, ce qu'elle peut et ce qu'elle ne peut pas, mais la sauver quand même.  Le principal reproche qu'on fait à la politesse, c'est de n'être qu'une pure forme, une simple manière, une convention et donc de ne pas être sincère, d'exprimer un souci des autres qui n'est pas authentique. Au point même que la politesse devient suspecte. Et le langage ordinaire ne s'y trompe pas. Une écoute polie, ce n'est pas vraiment une écoute intéressée et l'expression trop polie pour être honnête, parle pour elle-même alors qu'on n'est jamais trop attentionné, trop généreux ou trop serviable.  La politesse n'est donc pas une vertu. On peut être un parfait salaud et pourtant, l'être de manière polie. La politesse comme forme ne détermine pas le contenu de l'action ou du message. Il semble donc que la politesse ne soit pas l'indice de la bonté morale, elle est une pure convention qu'il serait peut être bon de déconstruire pour ne plus être victime d'une illusion qu'elle projette.  Mais d'un autre côté, qui voudrait vraiment d'une société sans politesse ?  Est-ce que c'est seulement possible ? Souvenez-vous de docteur House dans la série du même nom, qui ne s'embarrassait d'aucune politesse dans ses échanges avec les malades, avec ses collègues ou ses rares amis. Eh bien, il finit tout seul. Personne ne s'attache à lui. Nous avons besoin de politesse pour polir précisément nos relations avec les autres.  Comme le fait remarquer le philosophe André Comte-Sponville dans son Petit traité des grandes vertus, la politesse est la première des vertus, mais aussi la plus pauvre et la plus superficielle, et peut-être même, au fond, qu'elle n'en est pas vraiment une à part entière. Mais elle est tout de même la première au sens chronologique, parce que c'est celle qu'on apprend en premier à nos enfants. Et au sens logique aussi, parce que c'est celle qui engendre les autres.  Elle est indispensable parce qu'elle est le début de la construction morale à travers laquelle nous allons apprendre à devenir meilleur Une sorte de dressage purement formel, certes, mais qui est la condition d'une transformation de soi, d'une considération des autres. Elle ne suffit pas, mais ell