Un roman noir qui se situe juste à la fin de la guerre, pendant la période de l’épuration. L’histoire se déroule sur une journée, le 10 septembre 1944, à la fin de l’été qui a ensanglanté le Vercors, haut lieu de la Résistance. 600 combattants et 200 civils ont trouvé la mort dans la bataille.

Détail de la couverture de "La sacrifiée du Vercors" de François Médéline
Détail de la couverture de "La sacrifiée du Vercors" de François Médéline © 10/18

Georges Duroy, commissaire de police près le délégué général à l’épuration est venu chercher une prisonnière pour la transférer à Lyon.

Mais il va en fait passer sa journée à résoudre un meurtre avec l’aide d’une jeune photographe américaine, correspondante de guerre du magazine Life.

Au matin en effet, le corps d’une jeune femme a été retrouvé dans une clairière, les cheveux brutalement coupés. Elle a été violée, puis assassinée. Elle avait 24 ans, était institutrice, fille et sœur de résistants.

Sur le plateau, il ne reste plus grand monde, les maquisards ont levé le camp. Ne restent que les habitants et une poignée de FFI, tous très jeunes.

Difficile alors de mener une enquête sereine dans un contexte pareil…

C’est tout l’enjeu de cette histoire. L’attention se porte vite sur un Italien, qui pourrait faire un coupable idéal. Mais les deux enquêteurs n’y croient pas et tentent de comprendre ce qui s’est réellement passé. Au risque d’écorner l’image héroïque de certains résistants, glorieux soldats et pauvres humains tout à la fois.

Comment alors concilier justice et mémoire des martyrs tombés pour la libération de la France ?

Cette histoire, complètement fictive, croise pourtant celle de l’auteur et de sa famille.

À la fin du roman, dans un épilogue intitulé Péroraison, il est précisé qu’après la mort de l’ancien commissaire Duroy, en 2005, sa fille cadette, Claude, a trouvé un coffre dans le grenier de son père. Tous les rapports de Georges Duroy à la Délégation à l’épuration y étaient consignés. Claude, précise le texte, a eu trois fils, dont un François, devenu romancier.

François Médéline revient ainsi sur sa propre histoire familiale. Son roman est inspiré des rapports de son grand-père et motivé par son désir d’écrire sur la période de l’épuration. L’objet était d’interroger la figure du héros en ces temps troublés et de questionner le grand récit national, forcément politique et mythique, qui était alors en train de se construire.

L’entreprise était risquée à partir du moment où l’auteur avait choisi d’écrire une fiction…

Tout le problème était de se tenir à bonne distance de cette histoire si proche de lui. Il y réussit très bien et d’abord par l’écriture : un style sec, des phrases courtes, concentrées sur les gestes et les actes, dans la tradition du roman noir américain.

Je vous propose d’en entendre un exemple, dans cet extrait d’une scène éprouvante, quand le suspect italien, Fucilla, est rattrapé par ses poursuivants et leurs chiens, accompagnés de la jeune photographe, Judith…

Extrait :

L’index de Robert presse la queue de détente. Le chien lâche prise. Le deuxième coup de feu part. Le projectile touche. Il transperce l’omoplate de l’homme. La puissance d’impact fait vriller son buste. Fucilla pivote sur ses hanches et son bassin entraîne ses deux jambes dans un tourbillon. Puis l’Italien reste figé une demi-seconde. Il est de face quand Judith croise son regard dans l’objectif. Les tatouages recouvrent ses bras, il en a même dans le cou. Le projectile a brûlé son marcel au niveau de son pectoral droit. Il n’y a pas encore de sang. L’homme bascule et s’effondre sur le dos. Ses lunettes volent. Le chien couine.

Il y a quelque chose de cinématographique dans cette écriture

Les gestes et les actions sont décomposés, on est, tout au long du roman, au plus près des personnages et de leurs actes.

François Médéline ne cherche pas à élargir la perspective, il resserre strictement son roman sur cette histoire, une parmi d’autres. Et, à travers elle, capte l’atmosphère de l’époque. 

Ses héros sont d’abord des hommes et des femmes pris dans la tourmente, complexes, contradictoires, imparfaits. Jamais d’un seul bloc, taillés dans le marbre. L’émotion surgit alors, et avec elle la force de ce très beau roman.

  • La sacrifiée du Vercors, de François Médéline, est paru aux éditions 10/18.
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