"Du bleu dans la nuit" est écrit pas un journaliste, Jean-Charles Chapuzet, et ce n’est pas une fiction. Il y raconte, à la manière d’un polar, l’enquête sur l’enlèvement d’une petite fille qui s’est réellement produit en 2004.

"Du bleu dans la nuit", de Jean-Charles Chapuzet. Il y raconte, à la manière d’un polar, l’enquête sur l’enlèvement d’une petite fille qui s’est réellement produit en 2004.
"Du bleu dans la nuit", de Jean-Charles Chapuzet. Il y raconte, à la manière d’un polar, l’enquête sur l’enlèvement d’une petite fille qui s’est réellement produit en 2004. © Getty / Ogeday Dikmen

On est dans la tradition du roman de non fiction sur le modèle du fameux De sang-froid de Truman Capote. On pense également au livre récent d’Ivan Jablonka, Laëtitia. Il s’agit de raconter un fait divers, d’en exposer toutes les dimensions, en utilisant les moyens de la fiction.

"Du bleu dans la nuit" revient ainsi sur l’enlèvement de la petite Mona-Lisa

L’auteur a juste changé son prénom, elle s’appelait en fait Fanny, à Jarnac, en Charente, la ville natale de François Mitterrand. Nous sommes le 10 février 2004. L’enquête va durer précisément 25 heures que le livre retrace dans ses moindres détails, au plus près des enquêteurs.

Le texte est documenté, précis, attentif aux procédures. Il explore la personnalité de chaque enquêteur, les gendarmes locaux aussi bien que ceux de la Section de recherches de Bordeaux venus en renfort. Il décrit leur travail par le menu, les conflits entre eux, les rivalités entre services.

Il raconte également les relations avec les journalistes, l’intervention des politiques, celle de Nicolas Sarkozy en particulier, alors ministre de l’intérieur ou de Ségolène royal, alors en campagne pour les régionales, qui cherchent à instrumentaliser l’affaire dont le retentissement est national.

C’est passionnant de bout en bout.

C’est écrit comme un polar, formellement on est entre documentaire et fiction

L’auteur utilise tous les codes du polar, le suspense, le rythme, la rapidité des phrases, les rebondissements de l’enquête.

De la double enquête pourrait-on dire car l’auteur se met lui-même en scène dans son travail de recherches, en 2018, soit 16 ans après les faits. Le texte est écrit à la première personne du singulier, il raconte les investigations du journaliste sur les lieux de l’affaire, ses rencontres avec les flics et différents témoins.

Le livre a ainsi le charme d’un polar à l’ancienne avec ses atmosphères, à la Simenon, de province endormie, les surnoms que se donnent les gendarmes, le Patron, le Fox, Moustache ou Iceman.

Le récit de l’enlèvement de la gamine donne bien le ton de ce polar vrai…

Extrait :

Le soir du 10 février 2004, c’est le branle-bas de combat dans la cité charentaise. Une enfant a disparu. Pire, selon les premiers témoignages de voisins, elle a été enlevée. Un homme s’est arrêté en voiture, il est sorti de son véhicule, s’est emparé de la fille et l’a mise dans le coffre avant de s’enfuir dans un crissement de pneus. Il était 17h40. Derrière sa baie vitrée, une voisine croit d’abord à quelqu’un de la famille qui se chamaille avec la petite, puis elle comprend et hurle : « On enlève Mona-Lisa ! » Elle sort, se met à courir, mais c’est trop tard. Elle regarde le véhicule s’éloigner, les yeux fixés sur le coffre. Son fils, qui a entendu sa mère hurler, lui succède. C’est un jeune gendarme auxiliaire, il a la lucidité de mémoriser la plaque d’immatriculation. Brandon, le copain de Mona-Lisa qui faisait de la bicyclette pas très loin, est aussi témoin de la scène. Il rentre chez lui tremblotant, muet comme une carpe. Après quelques minutes, il finit par raconter à ses parents qu’un méchant a mis sa main sur la bouche de Mona-Lisa avant de la jeter dans le coffre.

L’enquête ne dure pas longtemps, le coupable est vite retrouvé, il passe rapidement aux aveux. Et il est au centre du livre

Il s’appelle Denis Besson, il a 19 ans, de nombreux délits au compteur, les gendarmes le connaissent bien. Et c’est lui qui intéresse principalement l’auteur.

Le livre reconstitue son itinéraire depuis l’enfance, décrit sa famille déglinguée, son père abusif, son placement à 15 ans dans un maison familiale, tente de comprendre ses ressorts intimes et son passage à l’acte. L’auteur a rencontré son entourage, sa mère, sa grand-mère, son ex, ses potes.

Le fait divers devient ainsi le révélateur d’un sous-prolétariat rural méconnu, de ce monde des invisibles qui survivent tant bien que mal sous la surface apparemment tranquille des petites villes sans histoires. Jusqu’au jour où un drame se produit…

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