Cette semaine, ce n’est pas une nouveauté que vous nous proposez, mais un plaisir de lecture renouvelé depuis des années : une nouvelle enquête, intitulée "Le manège des erreurs", du fameux commissaire Montalbano, le héros d’Andrea Camilleri, décédé en juillet 2019 à l’âge de 93 ans…

Détail de la couverture "Le manège des erreurs", d’Andrea Camilleri
Détail de la couverture "Le manège des erreurs", d’Andrea Camilleri © Fleuve Noir

Je n’ai pas résisté. Je ne me lasse pas de la saveur des aventures de Montalbano qui fait partie de ces personnages devenus familiers, dont on prend des nouvelles de livre en livre. Toujours avec plaisir. 

Andrea Camilleri a marqué l’histoire du roman policier, sa série, traduite dans le monde entier, restera comme un classique du genre.

Elle a commencé en 1994, avec La forme de l’eau. Une trentaine de volumes ont été publiés depuis. Et elle n’est pas achevée puisque 5 épisodes sont encore inédits en français.

Pourquoi ne se lasse-t-on pas de cette série ?

Grâce à sa langue principalement. Andrea Camilleri est sicilien, né à Porto Empedocle, qu’il a rebaptisée Vigata dans ses romans.

Depuis le début, il s’attache à rendre le « parler » traditionnel de l’île, celui qu’il entendait là-bas quotidiennement. Et pour cela il a inventé une langue à partir de l’italien et du sicilien, truffée de particularismes aussi bien au niveau des tournures et des expressions que de la syntaxe.

Et il faut saluer le travail d’orfèvre du traducteur, Serge Quadruppani, pour le faire entendre en français.

Le succès de la série tient aussi à son personnage, le commissaire Montalbano

Effectivement, Montalbano est une formidable réussite, bourru, sarcastique, un rien cynique même. Regard au laser et intelligence au couteau. Impossible de résister à son humour. Ni à son goût de la bonne chère. Dans ce nouvel épisode on salive à le voir s’occuper d’un plat de pâtes ‘ncasciata, cuites au four avec de la viande, du fromage, de l’aubergine, des petits pois, des oeufs durs et de la mortadelle.

À chaque nouvel épisode, c’est un plaisir de le retrouver, de voir ce qu’il devient.

Son nom est inspiré de celui de l’écrivain espagnol Manuel Vasquez Montalban

Oui, Camilleri appréciait beaucoup ses romans et son personnage, le célèbre détective Pepe Carvalho. Sans doute aussi s’est-il inspiré de Maigret. Camilleri avait une grande admiration pour Simenon.

Montalbano évolue au fil de la série. Et il y a une certaine mélancolie à le voir doucement vieillir. Dans ce nouvel épisode, il s’en inquiète sérieusement, comme  ce soir où, rentré chez lui, il s’assoit pour contempler la mer…

Extrait :

Il fut pris d’un léger accès de mélancolie à la pinsée qu’en d’autres temps, il se serait sûrement fait une longue séance de natation. Maintenant, ce n’était plus de son âge. Et Livia aussi… La dernière fois qu’il l’avait vue, il avait areçu un coup de poignard au coeur. Les rides sous les yeux, les fils blancs dans les cheveux… Comme ils étaient vrais, les vers de ce poète qu’il aimait : Comme elle pèse sur ces branches la neige, Comme elles pèsent les années sur les épaules que tu aimes. Les années de la jeunesse sont des années lointaines. Il se secoua. Il se laissait aller à l’auto-commisération, qui était justement le signe de la vieillesse. N’était-ce pas plutôt la solitude qui commençait à lui peser plus que la neige sur les branches ? Mieux valait se concentrer sur l’enquête en cours.

Quelle est donc cette enquête en cours qui fait l’intrigue de ce nouveau roman ?

Elle est double. Montalbano et son équipe sont confrontés à une série d’enlèvements mystérieux de jeunes femmes, toutes employées de banque. Le problème, c’est qu’on les retrouve quelques heures après, elles ont été chloroformées, mais l’agresseur ne leur a strictement rien fait. Quel est son but ? En parallèle, la disparition d’un vendeur de matériel électronique dont le magasin a été incendié inquiète aussi beaucoup le commissaire.

L’intrigue est particulièrement retorse, très bien menée. Montalbano va accumuler les erreurs avant de découvrir la vérité. On tourne les pages, et comme d’habitude, on rit, parfois aux éclats, même si le fond est d’une grande cruauté. Camilleri est le maître de la comédie noire.

  • Le manège des erreurs de Andrea Camilleri. Traduit de l’italien (Sicile) par Serge Quadruppani, paru aux éditions Fleuve noir
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