« La Fille aux Papillons » est le deuxième roman d'une série de l’Américaine, Rene Denfeld, qui met en scène une femme, détective privée, spécialisée dans la recherche d’enfants disparus.

La Fille aux papillons
La Fille aux papillons © Getty / Talya Coviello / EyeEm

Elle s’appelle Naomi, les flics la surnomment « la femme qui retrouve les enfants ». Après les forêts de l’Oregon qui donnaient à l’épisode précédent des accents de conte fantastique, Naomi enquête cette fois-ci à Portland, dans les quartiers où survivent des dizaines de gamins des rues.

La détective privée est venue quand elle a appris la disparition mystérieuse de plusieurs jeunes filles sans domicile fixe. Certaines d’entre elles ont été retrouvées, poignardées, dans les eaux de la rivière.

La police est dans le brouillard, aucun indice, aucune piste. Naomi peut aider, mais ce qui l’intéresse surtout c’est de retrouver sa sœur. Sa sœur avec laquelle elle a été enlevée, quand elles étaient petites, à l’orphelinat, puis séquestrées des années durant. Naomi a réussi à s’échapper, elle avait alors neuf ans. Depuis, elle n’a jamais cessé de chercher sa cadette qu’elle croit toujours vivante.

Le personnage est intéressant par sa complexité, détermination et fragilité mêlées. C’est une enquêtrice subtile, solide, et une femme sous emprise de son obsession, d’une sensibilité exacerbée. À la fois rationnelle et totalement instinctive.

L’étrangeté des atmosphères

Dans le précédent volet, Rene Denfeld jouait de l’étrangeté des atmosphères. Celui-ci est entièrement réaliste.

Même si les récits qui s’entrecroisent sont, une fois encore, des histoires d’ogres et de croque-mitaines. Des hommes dont on ne sait pas grand-chose, qui enlèvent des enfants. Rene Denfeld tient cet aspect à distance et privilégie le point de vue des gamins.

Ce sont eux qui l’occupent, pas les criminels ni leurs motivations. Et le principal intérêt de ce nouveau roman tient au portrait méticuleux qu’elle fait de la vie ordinaire, quotidienne, des gosses des rues de Portland. Les stratégies qu’ils déploient pour manger, s’habiller, se laver, se trouver un abri sûr pour dormir. Les lieux qu’ils investissent. Les moyens qu’ils déploient pour survivre. Rien n’est occulté, ni la mendicité, ni la prostitution, ni la drogue, ni les passages à tabac dont ils sont victimes.

Au cœur du livre, il y a ainsi un magnifique personnage, une gamine du nom de Celia, contrainte de vivre dans la rue après avoir fui un beau-père prédateur. Un personnage si fort, si déchirant, qu’il éclipse parfois celui de l’enquêtrice. 

Rene Denfeld lui donne la parole, l’approche au plus intime. C’est elle la « Fille aux Papillons », une gamine qui se réfugie dans l’imaginaire, un monde où elle pourrait s’envoler grâce à des ailes magiques, loin de sa vie et de sa peur pour sa petite soeur, Alyssa.

Extrait :

Elle pensa à Alyssa. L’image de son beau-père s’imposa à elle, et des larmes brillèrent dans ses yeux. Elle se força à respirer à fond. Les papillons ne dorment jamais, se souvint-elle. Ils se reposent en gardant les yeux ouverts. Ça l’aida à se calmer. Elle se concentra jusqu’à ce qu’elle parvienne à se les représenter dans sa tête, volant vers elle, l’environnant de la douceur de leurs ailes. Elles couvraient ses oreilles, leur velours caressait ses joues, les antennes courbes accompagnaient d’un chuintement apaisant ses paupières qui se fermaient. Beaucoup d’autres arrivèrent en volant sous l’autoroute, constituant d’immenses nuages de douceur jusqu’à ce qu’elle en soit complètement enveloppée. Ils se posèrent sur son jean, sur ses pieds las, sur son ventre vide. Ils burent ses larmes. Ils lui firent une coiffe de couleur éclatante, et elle ne se sentit enfin en sécurité que quand elle en fut entièrement recouverte.

La Poésie du texte

Il y a une forme de poésie dans ce texte pourtant très sombre. C’est vrai, les mots sont subtils, les phrases jamais complaisantes, Rene Denfeld joue sur une forme de distance poétique pour dire une réalité insupportable, la dénoncer, appeler à réagir. Elle-même ancienne enfant des rues, devenue journaliste et enquêtrice, elle fonctionne à l’empathie et ne se résigne pas. À sa manière, son roman est très politique.

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