"Les Roses de la nuit" est le quatorzième roman traduit en français de cet auteur islandais, Arnaldur Indridason, consacré à son héros, Erlendur Sveinsson, mais la version originale date de 1998.En France, les aventures du fameux commissaire de police de Reykjavik ont commencé avec La Cité des jarres, publié en 2005.

Détail de la couverture des "Roses de la nuit" d'Arnaldur Idridasson
Détail de la couverture des "Roses de la nuit" d'Arnaldur Idridasson © Métailié noir

Mais il s’agissait du troisième volume de la série. Avant, il y avait eu Les Fils de la poussière, traduit l’an dernier. Et aujourd’hui, voici donc enfin le deuxième, Les roses de la nuit.

Tout au long de la série, Indridason va enrichir son personnage, désormais célèbre dans le monde entier. Mais tous les éléments sont déjà là qui font de cet homme une sorte de reflet de l’âme islandaise. Erlendur, la cinquantaine, est profondément ancré dans les paysages, l’histoire, les valeurs traditionnelles de son pays. Il est né dans les fjords de l’est, c’est un paysan, peu à l’aise avec la ville et la modernité. Il regrette le passé, et traîne sa mélancolie dans les rues de Reykjavik où il est venu s’installer comme nombre d’Islandais. C’est aussi un solitaire, il a quitté sa femme qui l’a tenu loin de ses enfants, avec lesquels il a de graves problèmes. Sa fille se drogue et son fils boit.

Erlendur, en islandais, veut dire « étranger »

Il est étranger à sa ville et à son époque. Ce qui lui vaut de se faire chambrer, par son second, Sigurdur Oli, passé par l’université américaine et très à l’aise avec le nouveau visage mondialisé du pays.

Un roman traduit 21  ans après sa publication... Erlendur est déjà cet ours fragile et bourru que l’on adore. Il a cette épaisseur, cette complexité, cette compassion pour les paumés, pour ceux qui perdent pied, qui font l’essentiel de son charme.

L’intrigue se noue dès la première phrase

Le corps nu d’une très jeune fille est découvert dans un cimetière de Reykjavik, sur la tombe de Jon Sigurdsson, un homme politique du XIX° siècle, artisan actif de l’indépendance de l’Islande alors rattachée au royaume du Danemark. Prostituée, mêlée au trafic de drogue, cette jeune fille est, comme Sigurdsson, originaire des fjords de l’ouest. Y aurait-il un lien ?

L’enquête, passionnante et subtilement conduite, violente et tendue, mais sans abus du rebondissement pour le rebondissement, conduira Erlendur et ses collègues à rencontrer quelques figures bouleversantes parmi les victimes de l’urbanisation à marche forcée et du bulldozer de la mondialisation libérale qui peuplent l’oeuvre d’Indridason. Avec eux, le lecteur pénètre les arcanes du trafic de drogue et de la spéculation immobilière qui explosent à cette époque à Reykjavik.

On trouve déjà, dans ce roman, les grandes questions qui traversent la série tout entière

Indridason écrit du roman noir, dans la veine du réalisme social. Il est influencé par le couple d’écrivains suédois, Sjöwall et Wahlöö qui, dans les années 60, ont réussi un formidable portrait de leur pays, de son évolution politique et sociale, des contradictions de ce qu’on a appelé le « modèle suédois ».

Indridason peint quant à lui une Islande qui est passée en quelques décades d’un monde de petits paysans et de pêcheurs à une société urbaine parmi les plus riches de la planète. La question de l’identité islandaise, de la langue aujourd’hui colonisée par l’anglais, des conséquences humaines et sociales du boom économique, sont au coeur de sa série. Et c’est ce qui la rend passionnante.

Dans Les Roses de la nuit, Indridason met en particulier en scène les répercussions de la réglementation sur les quotas de pêche qui date des années 80. Au départ, pour protéger les réserves de poissons, chaque bateau se voit autorisé un quota. Le pêcheur en est propriétaire et peut le transmettre ou le vendre. Dans le roman, on voit ces quotas devenus objets de spéculation, rachetés par de riches investisseurs. Avec pour conséquence la désertification des petits ports côtiers. Après avoir vendu leurs quotas, les pêcheurs s’en vont pour s’installer à Reykjavik où habitent aujourd’hui plus du tiers de la population islandaise.

Les Roses de la nuit est ainsi à la hauteur de cette série qui a fait de l’Islande, et contre toute attente, un des phares du roman noir !

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